Queen’s Park a fait fi d’une demande d’excuses il y a six ans

La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a présenté des excuses officielles devant l’Assemblée législative, lundi, pour un règlement de 1912 qui interdisait l’enseignement et l’utilisation du français dans les écoles primaires.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne La première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a présenté des excuses officielles devant l’Assemblée législative, lundi, pour un règlement de 1912 qui interdisait l’enseignement et l’utilisation du français dans les écoles primaires.

Avant de demander pardon pour le sort réservé aux Franco-Ontariens au siècle dernier, lundi, le gouvernement libéral de la province a fait la sourde oreille à des voeux d’excuses officielles pendant au moins six ans, a appris Le Devoir.

La première ministre Kathleen Wynne a tourné lundi une page sombre de l’histoire en reconnaissant que l’Ontario avait eu tort d’interdire, de 1912 à 1927, l’usage du français à l’école, privant ainsi toute une génération de francophones de leur langue et de leur culture. Un geste « méprisant à l’égard de l’identité et de l’égalité des Franco-Ontariens », a-t-elle souligné.

Mais son gouvernement aurait pu agir bien plus tôt : la ministre des Affaires francophones, Madeleine Meilleur, avait reçu dès 2010 une demande visant à obtenir des excuses officielles pour le Règlement 17. Elle n’est pas allée de l’avant avec de telles démarches.

Le 4 juin 2010, dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie, la ministre des Affaires francophones explique que « la question d’excuses formelles en est une qui est complexe » en réponse à un citoyen demandant que le gouvernement fasse son mea-culpa. « Elle nécessite une analyse en profondeur, ce que je m’engage à faire. Une fois cette dernière complétée, je serai en mesure de fournir une réponse plus substantielle à votre demande », explique la ministre. Celle-ci n’a jamais donné suite à ces engagements.

Citant un horaire chargé, Mme Meilleur a refusé notre demande d’entrevue, lundi. Plus tôt dans la journée, elle avait toutefois qualifié le geste de Mme Wynne d’« historique ». « Il y a des familles qui ont été touchées d’une façon presque indélébile par ce Règlement, a-t-elle rappelé en entrevue à TFO. Je ne pense pas que le mal puisse être réparé. Des gens ont perdu leur langue. Mais des excuses vont aider. »

 

Un mythe fondateur

Adopté en 1912 en réponse à la hausse rapide du poids démographique des francophones, le Règlement 17 interdisait l’utilisation du français comme langue d’enseignement ou de communication après la 2e année. Dès son adoption, les francophones s’organisent et livrent une lutte acharnée pour leurs droits scolaires. Face à bon nombre d’enseignants et d’écoles qui refusent d’obtempérer, le gouvernement retire le financement des écoles qui persistent à enseigner le français. Les institutrices — c’était surtout des femmes — se voient même retirer leurs brevets.

« Malgré le fait qu’ils n’avaientplus d’argent, malgré le fait qu’ils n’existaient plus juridiquement, les conseils scolaires et les enseignantes ont persisté », soutient le politologue François Charbonneau, coauteur du livre Le siècle du Règlement 17. « C’était une crise nationale. Le gouvernement québécois a même autorisé en 1915 ses propres commissions scolaires à envoyer de l’argent en Ontario. » La « crise scolaire » des « blessés d’Ontario » fait d’ailleurs les manchettes du Devoir à maintes reprises à cette époque et de vastes campagnes de financement sont orchestrées.

Après 1927, Queen’s Park cesse d’appliquer le règlement, qui conserve toutefois force de loi jusqu’en 1944. Avec le temps, cette lutte est devenue l’un des mythes fondateurs de l’identité franco-ontarienne.

Les 615 000 francophones de la province ont aujourd’hui accès à des écoles primaires et secondaires et des collèges de langue française. Des programmes en français sont offerts dans huit universités bilingues. Tout en applaudissant les excuses du gouvernement Wynne, les principaux groupes franco-ontariens demandent maintenant la création d’une université francophone à part entière, une démarche défendue par le NPD et le Parti progressiste-conservateur. « Ces excuses doivent être suivies d’actions concrètes pour enrayer l’assimilation, dont la création d’une nouvelle université de langue française gérée par et pour les francophones », insiste Geneviève Borris, coprésidente du Regroupement étudiant franco-ontarien. Le gouvernement doit donner suite à un rapport sur la question au cours des prochains mois.

2 commentaires
  • Christian Gagnon - Abonné 23 février 2016 11 h 47

    Et les excuses des autres provinces du ROC?

    Je trouve que la réaction de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal est très à propos:

    http://ssjb.com/excuses-de-kathleen-wynne-aux-fran

    À peu près à la même époque, toutes les provinces du Canada anglais ont limité ou carrément interdit l'enseignement en français. Quand donc imiteront-elles l'Ontario en admettant leurs torts? À lire les commentaires des lecteurs sur les sites de nouvelles anglophones, ce n'est pas demain la veille...

  • Serge Morin - Inscrit 23 février 2016 14 h 37

    Des excuses sans réparations
    Bof