Les libéraux publient des données retenues par les conservateurs

Bien que le tableau du ministre Scott Brison distingue les sommes coupées parmi les diverses agences ou divisions des ministères fédéraux, les sous-catégories demeurent vagues.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Bien que le tableau du ministre Scott Brison distingue les sommes coupées parmi les diverses agences ou divisions des ministères fédéraux, les sous-catégories demeurent vagues.

Le gouvernement libéral continue de révoquer les décisions qu’il reprochait à ses prédécesseurs. Le fédéral a remis vendredi au directeur parlementaire du budget une ventilation partielle des compressions imposées à l’appareil fédéral par les troupes de Stephen Harper depuis 2012 — et tenues secrètes jusqu’ici.

« C’est une priorité pour nous de rétablir une culture de transparence comme gouvernement, et donc c’était important de rendre publique cette information », a fait valoir le président du Conseil du Trésor, Scott Brison, vendredi.

Son ministère venait d’envoyer au directeur parlementaire du budget la ventilation prévue par les conservateurs lorsqu’ils ont entamé en 2012 l’examen stratégique qui leur a permis à terme de retrancher 5,2 milliards de dollars aux dépenses ministérielles. L’ancien directeur parlementaire du budget (DPB), Kevin Page, s’était battu — en vain — contre les conservateurs jusqu’en Cour fédérale pour obtenir ces données. « Dans le monde d’aujourd’hui, ça ne fait aucun sens, c’est un anachronisme que de penser qu’un gouvernement a le droit de cacher aux Canadiens cette information qui, au final, leur appartient », a dénoncé le ministre Brison, en se targuant de faire un geste important et « pas juste symbolique ».

L’ouverture du gouvernement libéral a été saluée par le nouveau DPB, Jean-Denis Fréchette. « C’est très, très agréable de voir qu’il ouvre la porte à une collaboration. » Mais M. Fréchette a noté que les chiffres offerts par le fédéral contiennent peu de détails. « L’objectif de notre analyse, c’est de regarder l’impact de ces coupes-là sur les niveaux de service. Dans le document, il n’y a pas de données qui nous permettent de regarder cet impact », a-t-il souligné au Devoir.

Bien que le tableau du ministre Brison distingue les sommes coupées parmi les diverses agences ou divisions des ministères fédéraux, les sous-catégories demeurent vagues. Ainsi, les données montrent que le ministère de laSécurité publique a perdu 687,9 millions par année — dont 24,4 millions ont été retranchés au Service canadien du renseignement de sécurité, 295 millions à Service correctionnel Canada, 195 millions à la Gendarmerie royale du Canada et 143 millions à l’Agence des services frontaliers. Mais le document se contente d’indiquer que l’Agence a « rationalisé les services internes » pour économiser 63,9 millions, « transformé les services internes » pour économiser 22,6 millions, et « transformé les programmes » pour épargner 31,6 millions.

Idem aux Affaires étrangères, où les dépenses ont été réduites de 157 millions grâce à une « réduction de la structure de gestion » ou en ayant choisi de « simplifier le réseau national » du ministère. On apprend qu’Ottawa a coupé 14,6 millions avec une « réduction de l’empreinte immobilière » et 5,6 millions avec la « fermeture de missions » — sans plus d’informations. Quant à la décision des conservateurs de se retirer du protocole de Kyoto, elle aura fait économiser… 596 000 $ au Trésor canadien.

M. Fréchette prend toutefois au mot le ministre Brison, qui lui a promis d’être « plus collaboratif », et il tentera une nouvelle fois d’obtenir une évaluation de l’incidence des compressions conservatrices et une ventilation des postes coupés.

Les conservateurs se sont faits avares de commentaires. Les libéraux sont maintenant au pouvoir, a affirmé le député Alain Rayes. « Je m’attends à ce qu’ils prennent les meilleures décisions possible dans l’intérêt des Canadiens. » Les néodémocrates, dont le chef Thomas Mulcair s’était joint à M. Page pour réclamer les données en Cour fédérale, ont salué cette décision « normale » des libéraux. « Ce qu’on trouve remarquable, c’est que l’ancien gouvernement conservateur ait refusé de les partager », a argué le député Peter Julian.

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 20 février 2016 04 h 11

    Moi, ce que je voudrais savoir...

    Moi ce que je voudrais savoir, c'est la somme totale allouée depuis 1995 par les gouvernements fédéraux successifs, incluant bien sûr le dernier qui était conservateur, à la communication intérieure mensongère et à la propagande internationale qui a pour objectifs, un, de convaincre à l'international de la parfaite virginité politique du Canada envers trois peuples pré-britanniques dont les langues et les cultures sont sans cesse plus méprisées par ce pays et deux, de montrer aux Canadiens et Québécois que tout est fait pour s'opposer aux périls auxquels ceux-ci font face.
    Je veux parler des Amérindiens, des Inuits et bien entendu, des Québécois et alors même que je pleure le sort historique qui fut celui des Acadiens, des Métis de l'Ouest et des Franco-Canadiens...
    Eux tous dont les quelques communautés encore existantes peinent à faire respecter les droits de leurs membres.

    Merci de m'avoir lu.

  • Bernard Terreault - Abonné 20 février 2016 10 h 03

    la question

    Ils dévoilent les secrets des conservateurs. Mais après deux ans de pouvoir et quelques mauvaises décisions, renonceront-ils vraiment aux cachotteries pour essayer de masquer leur propres erreurs?