Paul Martin dévoile aujourd'hui son premier discours du Trône

Ottawa — Le premier ministre Paul Martin livrera, aujourd'hui, le premier discours du Trône de son gouvernement, un exercice réalisé avec, en toile de fond, la forte probabilité d'une élection générale printanière. Le discours que prononcera la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, au Sénat, comme le veut la tradition, tracera les objectifs de la vision à long terme que souhaite Paul Martin pour le Canada, plutôt que le programme prévu pour une session parlementaire qui risque d'être très courte.

Si les rumeurs persistantes se confirment, le premier ministre devrait déclencher des élections tôt ce printemps, probablement dès le mois d'avril. Cet éventuel scrutin général risque d'être présent, en arrière-plan, dans tous les aspects du discours. Les engagements, qui viseront des cibles sur tous les fronts, resteront toutefois vagues. M. Martin sait qu'il doit livrer un budget et une plate-forme électorale dans les mois qui viennent, et ce, en tentant de satisfaire le plus d'électeurs possible.

Grands thèmes

Dans ce premier discours du Trône, M. Martin recyclera, en quelque sorte, les grands thèmes qu'il a développés tout au long de sa campagne à la direction du Parti libéral du Canada. Ce sont ces mêmes thèmes qui étaient au centre d'un document de réflexion intitulé «Marquer l'histoire: La politique de la réussite», rendu public au lendemain du couronnement de M. Martin, et qu'il qualifie lui-même «d'ambitieux programme».

Pour ce qui est de connaître exactement les engagements précis, leur ampleur et les coûts de toutes ces promesses, les contribuables devront attendre encore quelques semaines, jusqu'au dépôt du budget, à la fin du mois de février ou début de mars. Si l'on en croît le message que le gouvernement Martin a voulu faire passer, depuis son arrivée en poste le 12 décembre dernier, la marge de manoeuvre financière d'Ottawa est limitée.

Les attentes, cependant, sont très grandes, et le gouvernement Martin semble en être conscient. En conférence de presse, la semaine dernière, le premier ministre admettait lui-même qu'il n'avait pas l'intention de livrer un discours du Trône rempli de promesses à court terme qu'il ne pourrait pas tenir. Ainsi, on peut sans se tromper avancer qu'il sera question, dans le discours du Trône, de renforcer les fondations sociales, de construire une économie forte, et d'assurer l'influence et le rôle du Canada dans le monde. S'il répète sans retenue ces trois thèmes dès qu'il en a l'occasion, M. Martin s'est fait avare de détails quant à la façon dont il atteindra ses objectifs.

Encore cette semaine, en conférence de presse, il évitait d'entrer dans les détails. Questionné, par exemple, sur l'importance des politiques en faveur du développement de la petite enfance, M. Martin affirmait que son gouvernement «demeure fortement en faveur des ces politiques». «La santé et l'éducation sont des priorités, mais il y en a une série d'autres», affirmait-il, notant au passage les personnes handicapées et le vieillissement de la population, par exemple.

Dans l'entourage du premier ministre, on fait valoir que M. Martin, qui doit livrer son premier discours au Parlement comme premier ministre demain, comme le veut la procédure, laissera entrevoir plus de substance. Il y sera question de santé, d'éducation et de politiques pour réduire la pauvreté des enfants, mais aussi de détails sur d'autres thèmes chers au premier ministre, comme son très attendu plan fiscal pour aider les villes ou encore sa stratégie pour améliorer les conditions de vie des autochtones.

Le discours du Trône de aujourd'hui marquera également le début de la session parlementaire. On connaît déjà une bonne partie du programme législatif du gouvernement, qui s'est engagé à ressusciter de nombreuses mesures amorcées par Jean Chrétien.

La priorité sera donné au projet de loi créant un commissaire à l'éthique indépendant, au projet de loi concrétisant le redécoupage de la carte électorale, et au projet de loi permettant la vente de médicaments génériques aux pays en voie de développement, notamment pour lutter contre le sida. M. Martin s'est aussi engagé à réintroduire le projet de loi dépénalisant la possession simple de marijuana, bien qu'on ne sache toujours pas si la mesure sera modifiée.