Trudeau accusé d’en faire trop… et pas assez

Le gouvernement Trudeau a « passé trois mois à consulter nos alliés », s’est défendu le premier ministre. Et la réponse canadienne a été saluée, a-t-il martelé.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouvernement Trudeau a « passé trois mois à consulter nos alliés », s’est défendu le premier ministre. Et la réponse canadienne a été saluée, a-t-il martelé.

Le premier ministre Justin Trudeau a dû défendre sa mission contre le groupe armé État islamique sur deux fronts, de retour à la Chambre des communes. Si les faucons conservateurs l’ont accusé de ne pas en faire assez — en abandonnant les bombardements —, les colombes néodémocrates, de leur côté, lui ont reproché d’en faire trop — en envoyant davantage de soldats canadiens entraîner les troupes locales sur la ligne de front.

Le gouvernement libéral a procédé à l’annonce fort attendue des suites de la mission militaire canadienne contre le groupe EI la semaine dernière, alors que les députés étaient en relâche parlementaire. De retour aux Communes mardi, le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique attendaient les troupes de Justin Trudeau de pied ferme.

« La lutte contre le groupe EI est une lutte qui est juste, mais le premier ministre nous retire de cette lutte. S’il ne veut pas se battre contre des terroristes, quand au juste va-t-il se battre ? » a lancé d’entrée de jeu la chef intérimaire conservatrice, Rona Ambrose. « Faire de la formation est utile, mais ce n’est pas se battre », a-t-elle déploré en accusant les libéraux de ne pas fournir leur part d’efforts au sein de la coalition internationale en abandonnant les bombardements entamés sous le précédent gouvernement conservateur.

Or, le gouvernement Trudeau a « passé trois mois à consulter nos alliés », a rétorqué le premier ministre. Et la réponse canadienne a été saluée, a-t-il martelé en citant un colonel américain, porte-parole de la mission des États-Unis contre le groupe EI : le monde « ne réglera pas ce problème à coups de bombardements, n’est-ce pas ? Ça n’arrivera jamais ». Le colonel Steve Warren a plutôt statué qu’il y avait suffisamment d’avions de chasse d’engagés, selon le compte rendu de M. Trudeau, et qu’il « ne faut pas oublier qu’il nous faut entraîner ces forces de sécurité irakiennes ». « Le Canada répond aux besoins de nos alliés », a insisté le premier ministre.

Mais les critiques ne se sont pas arrêtées là. Dans le camp adverse, Thomas Mulcair a déploré que le gouvernement libéral envoie davantage de soldats canadiens entraîner les forces locales. Un mandat qui pourrait les mener sur les lignes de front où ils ont été la cible de tirs ennemis dans le passé. « Le premier ministre peut-il expliquer comment il peut appeler cela une “mission de non-combat”, alors qu’en fait, il y aura davantage de risques pour nos troupes aux premières lignes ? […] Pourquoi le premier ministre a-t-il élargi la mission militaire, alors qu’il a promis plutôt aux Canadiens qu’il allait la réduire ? » a accusé le chef du NPD.

Justin Trudeau a cette fois-ci adopté un discours plus militariste, arguant que le Canada n’avait jamais eu peur d’aller au front. « Sur les plages de la Seconde Guerre mondiale, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, les Canadiens n’ont jamais fui leurs responsabilités. »

Début des débats

Le premier ministre n’a pas fini d’avoir à se défendre, tant à gauche qu’à droite. Son gouvernement devrait entamer le débat sur sa mission militaire ce mercredi aux Communes. Les libéraux n’ont pas encore précisé à quelle date se tiendrait le vote des députés sur la question, ni si les troupes libérales — majoritaires à la Chambre basse — seraient forcées de voter selon la ligne du parti.

Justin Trudeau annonçait, lundi dernier, qu’Ottawa retirerait comme prévu ses six avions de chasse d’Irak et de Syrie d’ici la semaine prochaine, mais que ses deux avions de surveillance Aurora et son appareil de ravitaillement Polaris demeureraient déployés dans la région pour épauler les alliés. Le gouvernement libéral triplera le nombre de forces spéciales affectées à la formation de troupes locales en Irak — à 210 membres —, et 300 soldats supplémentaires seront envoyés dans la région pour des tâches peu explicitées.

Déficit prolongé?

Le gouvernement Trudeau a aussi essuyé les feux nourris de l’opposition au sujet du déficit, maintenant qu’il s’engage à rétablir l’équilibre budgétaire « à long terme » plutôt que d’ici quatre ans. « Pendant notre temps [mandat], on espère, mais ça va être un peu plus difficile avec l’économie », a indiqué en français le ministre des Finances, Bill Morneau.

Les conservateurs reprochent au gouvernement de dépenser l’argent qu’il n’a pas, comme ces 113 millions de dollars pour doubler à 70 000 le nombre d’emplois d’été pour les jeunes.

« C’est un geste totalement hypocrite, puisque ces mêmes jeunesvont devoir payer ces dépenses à crédit dans un avenir rapproché, a lancé le député conservateur Maxime Bernier. Ce gouvernement peut-il arrêter de s’entêter et retourner à l’équilibre budgétaire le plus rapidement possible pour les générations futures ? »

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, et celui du Bloc québécois, Rhéal Fortin, déplorent que le gouvernement renie sa promesse à peine quatre mois après l’élection. « Les déficits annoncés maintenant auraient pu être annoncés en campagne électorale, mais probablement que les libéraux n’auraient pas gagné autant de sièges », a résumé M. Fortin.
Hélène Buzzetti
5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 17 février 2016 07 h 35

    Les symboles!

    Je n'ai pas entendu d'applaudissements bien nourris des alliés au sujet cette politique du gouvernement Trudeau! Ce dernier ne semble toujours comprendre pas l'importance des symboles dans les relations internationales. Les avions de combat canadiens n'auraient pas dû être retirés. Mais promesse électorale bornée oblige!

    Michel Lebel

    • Raymond Labelle - Abonné 17 février 2016 15 h 01

      La promesse d'arrêter les bombardements est formellement respectée mais objectivement, l'effort augmente - plus de soldats et globalement plus de fonds consacrés à l'effort sous diverses formes. Et une intervention davantage sur le terrain des vaches que des airs. Globalement, un effort accru donc.

      On ne le lui reprochera pas - depuis les élections il y a eu Paris, Djakkarta, le Burkina Faso et la pression des alliés. Les électeurs peuvent comprendre.

    • Michel Lebel - Abonné 17 février 2016 17 h 44

      @ Raymond Labelle,

      Mon problème est que j'ai de la difficulté à prendre Justin Trudeau au sérieux. J'ai toujours l'impression qu'il joue à être premier ministre, qu'il pose comme acteur de deuxième ordre. Et qu'il lit ou joue des textes qu'il ne semble pas bien posséder. Alors sa stratégie pour lutter contre l'EI ne me convainc pas. Chacun son impression du personnage!

      M.L.

  • P. Raymond - Inscrit 17 février 2016 13 h 25

    Quelle hypocrisie

    De la part des conservateurs arborant tous les automnes le coquelicot signifiant : plus jamais la guerre.

  • Raymond Labelle - Abonné 17 février 2016 15 h 01

    S'il se fait critiquer pour en faire trop et pas assez....

    ...ça pourrait être parce que sa position est plutôt équilibrée.