Bennett pense que la GRC a mal compté

La ministre fédérale des Affaires autochtones met en doute le travail de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dans le dossier des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées. Carolyn Bennett reprend à son compte les allégations des communautés autochtones selon lesquelles dans bien des cas, des meurtres ont été catalogués comme des suicides ou des accidents par les autorités pour classer l’affaire plus vite.

« Ce que nous disons, c’est que l’enjeu qui a été décrit comme les femmes disparues ou assassinées est une tragédie beaucoup plus large que cela, a lancé Mme Bennett mardi midi. Quand vous entendez les histoires qu’on a entendues — à propos de quelqu’un dont la mort par un coup de feu à l’arrière de la tête est classée comme un suicide, quelqu’un mort avec les mains attachées dans le dos dont le décès est appelé suicide, cette façon de caractériser les cas comme des accidents, comme seulement des surdoses de drogue alors qu’on sait que dans cette communauté, il y a des “ hot shots ”, des livraisons intentionnelles de surdoses —, vous devez en conclure que c’est beaucoup plus grand [que ce qu’on dit]. »

Mme Bennett a parlé d’une « preuve empirique » [basée sur de nombreux témoignages] que « le problème est plus large ».

La GRC a conclu qu’entre 1980 et 2012, près de 1200 femmes autochtones ont été assassinées (1017 cas) ou ont disparu (164) au Canada. Il y aurait encore 225 de ces cas qui ne sont pas résolus. Le gouvernement de Justin Trudeau a promis de tenir une enquête publique sur ce phénomène. Mme Bennett et sa collègue à la Condition féminine, Patty Hajdu, viennent de réaliser une tournée informelle des communautés pour prendre conseil sur la forme que devrait prendre cette enquête. Mais les deux semblent tenir pour acquis que le nombre de cas en question est beaucoup plus élevé que ce qu’a calculé la GRC.

« Nous n’avons pas un nombre exact, a reconnu Mme Hajdu. Mais nous avons entendu Dawn Lavell-Harvard [la présidente] de l’Association des femmes autochtones du Canada [qui] estime, à partir de recherches, que le nombre est plutôt autour de 4000. »

Des enquêtes rouvertes

Mme Bennett a aussi admis ne pas connaître le chiffre exact tout en ajoutant qu’à son avis, le débat est ailleurs. Reprenant la formule d’un livre, Mme Bennett a parlé des autochtones comme d’une « population de proies » dont la situation est le résultat de la « colonisation, des écoles résidentielles, de la maltraitance des enfants, des systèmes d’aide à l’enfance, le manque de logement ». « C’est un très gros problème et si on ne regarde que le nombre d’assassinées ou de disparues désignées comme telles, on ne s’attaquera pas au problème dans toute son ampleur et sa profondeur. »

Mme Bennett s’est bien défendue de critiquer le travail des policiers, affirmant que « la GRC a fait de son mieux en consultation avec les autres corps policiers pour arriver au chiffre de 1200 ». Elle semble néanmoins appuyer les proches des disparues qui demandent à ce que les dossiers soient rouverts.

« Ce sont les cas qui ont été appelés des suicides, des accidents que les familles veulent voir rouverts parce que la minute où la police a dit qu’il s’agissait d’un suicide ou d’un accident ou d’une cause naturelle ou d’une surdose, il n’y a pas eu d’enquête. »

La ministre s’est aussi par ailleurs fait l’écho des communautés autochtones qui critiquent un système judiciaire partial à leur égard. « Il y a un thème récurrent et c’est celui de l’application inégale de la justice, que ce soit la qualité des enquêtes, le fait que c’est appelé un meurtre ou pas, les accusations qui sont portées, les négociations de plaidoyers, des dates de procès reportées, des sentences, de la peine, a dit Mme Bennett. Il semble que les familles pensent que tout cela est différent lorsque la victime est autochtone. »