Trudeau en mission de paix auprès de l’ONU

Le secrétaire général des Nations unies était en visite à Ottawa jeudi alors que le gouvernement Trudeau planche sur une nouvelle politique d’implication dans les missions de paix.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le secrétaire général des Nations unies était en visite à Ottawa jeudi alors que le gouvernement Trudeau planche sur une nouvelle politique d’implication dans les missions de paix.

Le premier ministre Justin Trudeau a profité de la visite à Ottawa du secrétaire général des Nations unies pour réitérer son désir de réengager le Canada sur la scène internationale. Ce réengagement, a-t-il indiqué, passera par une plus grande participation aux missions de maintien de la paix et une nouvelle tentative de siéger au Conseil de sécurité de l’ONU. Des propos qui sonnent comme de la musique aux oreilles de Ban Ki-moon.

« Nous sommes en train de discuter avec l’ONU et regarder comment nous allons pouvoir nous réengager dans ce projet de maintien de la paix par l’ONU à travers le monde, là où le Canada — on le sait — a un rôle très positif à jouer », a déclaré M. Trudeau pendant la conférence de presse commune avec M. Ban sur la colline parlementaire.

Le Canada a déjà été fortement impliqué dans les missions internationales de maintien de la paix : dans les années 1990, il y a eu des pointes où il fournissait jusqu’à 3000 Casques bleus. Mais le précédent gouvernement conservateur s’était complètement retiré de ces missions avec pour résultat qu’à l’heure actuelle, le Canada ne déploie que 113 personnes, dont 84 policiers. En date du 31 août dernier, l’ONU gérait 16 missions de paix comptant un peu plus de 106 000 soldats et policiers.

La veille de sa rencontre avec M. Trudeau, Ban Ki-moon avait déclaré dans une entrevue avec la CBC qu’il était « très excité du fort engagement du premier ministre Trudeau » et qu’il « désire renforcer et solidifier ce partenariat ».

Le gouvernement Trudeau planche en ce moment sur une nouvelle politique d’implication dans les missions de paix. Il espère non seulement répondre aux demandes ponctuelles et immédiates lorsqu’un conflit éclate, mais aussi mettre à la disposition de l’ONU un certain nombre de ressources spécialisées qui pourraient être déployées au besoin. Ban Ki-moon est d’ailleurs accompagné pendant son périple canadien d’Hervé Ladsous, le responsable des opérations de mission de maintien de la paix.

L’ONU apprécie l’apport canadien en Casques bleus à cause de leur capacité à parler français, ce qui est très utile dans plusieurs théâtres d’opérations africains. « Je reconnais l’intérêt d’avoir des forces francophones ou bilingues. Il y a beaucoup d’intérêt pour la qualité des commandants canadiens qui peuvent aider dans ces situations-là », a pris la peine de souligner M. Trudeau.

Le premier ministre a aussi indiqué que dans la foulée du récent scandale des agressions sexuelles commises par des Casques bleus en République centrafricaine, le Canada a été invité à déployer plus de femmes. Il pourra répondre à cette requête parce « qu’on a fait d’énormes avancées comparé aux autres pays en matière de parité ».

Il y a deux semaines, les Nations unies ont confirmé six nouveaux cas de sévices sexuels commis par des Casques bleus européens sur des enfants. Dans un cas, une fillette de sept ans aurait posé des gestes sexuels en échange d’eau et de biscuits. Il y a eu 69 cas du genre dans les 16 missions onusiennes en 2015, et 51 en 2014.

Un siège au Conseil de sécurité ?

Par ailleurs, le premier ministre a indiqué que le Canada sollicitera un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. « J’ai indiqué au secrétaire général que je considère que de vouloir se réengager aux Nations unies implique de vouloir reprendre une place au Conseil de sécurité. Nous sommes en train de regarder les différentes occasions dans les années à venir […] et nous allons avoir plus à dire quand nous aurons déterminé notre approche. »

Ce club sélect est composé de cinq membres permanents et de dix membres temporaires qui, par rotation, obtiennent des mandats de deux ans. Le Canada y a déjà siégé à six reprises depuis 1948. En 2010, la communauté internationale a pour la première fois boudé la candidature du Canada, alors dirigé par Stephen Harper.

La volonté de Justin Trudeau de présenter une candidature canadienne ne signifie pas pour autant que cela se produira sous peu, nuance-t-on en coulisses. Sur les dix sièges disponibles au Conseil de sécurité, seulement deux peuvent être occupés par des pays de l’Europe de l’Ouest, groupe dont font aussi partie le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les pays se concertent donc avant de déposer une candidature afin d’en maximiser les chances de succès. Traditionnellement, le Canada ne sollicite un siège que tous les dix ans, ce qui porterait le prochain rendez-vous à 2020. L’annonce pourrait en être faite cet automne, question de laisser quelques années aux diplomates pour faire leur campagne de charme.

1 commentaire
  • Gaétan Fortin - Inscrit 12 février 2016 10 h 24

    Le Canada et l'ONU

    Il n'est pas sans intérêt de rappeler que le Canada a été à l'origine de la création
    de la première force d'intervention de l'ONU. Au Proche-Orient, en l'occurrence,
    l'UNEF - FUNU. Commandée par le général Burns - Montréalais bilingue.

    La participation canadienne à l'ONUC - au Congo - fut moins glorieuse.