L’aide canadienne plus efficace que le prétendaient les conservateurs

Les initiatives appuyées par le Canada en Haïti entre 2006 et 2013 ont été «dans l’ensemble pertinentes et efficaces», selon un rapport qui détonne quant aux dires du gouvernement conservateur de l’époque. 
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse Les initiatives appuyées par le Canada en Haïti entre 2006 et 2013 ont été «dans l’ensemble pertinentes et efficaces», selon un rapport qui détonne quant aux dires du gouvernement conservateur de l’époque. 

Les initiatives appuyées par le Canada en Haïti entre 2006 et 2013 ont été « dans l’ensemble pertinentes et efficaces », a conclu le gouvernement canadien dans sa grande évaluation de la coopération Canada-Haïti pour cette période. Un constat qui tranche avec celui que posait il y a trois ans l’ancien ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino.

Daté de janvier 2015, le rapport synthèse préparé par le ministère pour évaluer la coopération 2006-2013 dresse un bilan relativement positif des interventions canadiennes.

Au total, le Canada a versé 1,037 milliard en aide durant la période visée, chiffre qui comprend l’assistance humanitaire offerte dans la foulée du tremblement de terre de janvier 2010. Les experts du ministère ont révisé 47 des 170 projets mis en oeuvre durant les huit années couvertes par l’évaluation. Celle-ci a été réalisée entre mai 2013 et mars 2014.

L’annonce de la tenue d’un tel réexamen avait soulevé un tollé international en janvier 2013. De retour d’un bref passage en Haïti, l’ex-ministre Fantino avait en effet affirmé que le peu de progrès réalisé par Haïti en matière de développement obligeait Ottawa à geler son aide le temps de procéder à un examen en profondeur. Des diplomates américains et de l’ONU avaient dénoncé les propos de M. Fantino.

M. Fantino, qui a été défait aux dernières élections, avait pris en exemple la problématique des déchets à ciel ouvert pour illustrer à quel point la situation générale était mauvaise. « Le taux de chômage est très élevé en Haïti, avait-il dit. Il y a des centaines de milliers d’hommes et de femmes très capables qui pourraient s’impliquer et nettoyer. Il y a des déchets partout ! » Le ministre avait invité les Haïtiens à se « prendre en main », comme le font les Canadiens qui participent à des activités de nettoyage de leur quartier.

Selon l’actuelle ambassadrice du Canada en Haïti, Paula Caldwell-St-Onge, les déclarations de M. Fantino et le fait qu’aucun nouveau projet n’a été approuvé pendant deux ans n’ont pas nui à la relation entre Port-au-Prince et Ottawa. « Je n’ai jamais entendu de critiques, disait récemment en entrevue avec Le Devoir celle qui est en poste depuis octobre 2014. On a fait une évaluation comme on le fait pour d’autres pays, et on a décidé de se réengager [en juin dernier, le gouvernement a annoncé une nouvelle stratégie d’aide à long terme] », résume-t-elle.

Le fait que le gouvernement analyse l’efficacité de ses interventions de coopération internationale est habituel : l’évaluation faite en Haïti aurait même dû se tenir en 2010, mais elle a été reportée à cause du séisme.

Effets bénéfiques

Contrairement à M. Fantino, les évaluateurs ont donc jugé que l’argent versé par le Canada a eu des effets bénéfiques réels.

En santé, on soutient que la coopération canadienne a aidé Haïti à « se doter d’une politique nationale de la santé et à réduire la mortalité maternelle ». En éducation, elle aurait « amélioré le taux de fréquentation et de rétention des filles et des garçons ».

Dans le secteur du développement économique durable, la construction d’infrastructures financées par le Canada « devrait avoir des retombées économiques à l’avenir ». On souligne « l’introduction de microcrédit pour aider la production alimentaire à petite échelle » parmi les bénéfices dans le secteur de la sécurité alimentaire.

Des progrès ont aussi été observés en gouvernance, où la coopération canadienne « a contribué de façon tangible à augmenter le suffrage universel [malgré le cafouillage actuel pour élire le nouveau président, deux élections ont été tenues entre 2006 et 2013] et à créer un espace pour l’exercice des droits civiques et fondamentaux », indique-t-on.

Le document ajoute que « la coopération Canada-Haïti a permis de contribuer à des progrès en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, y compris la diminution de la mortalité maternelle et infantile depuis 2006 ».

Progrès à venir

Bien sûr, tout n’est pas rose dans la Perle des Antilles. Le rapport souligne notamment la faiblesse du secteur public, dont la petite taille est l’une des causes des « immenses inégalités sociales ».

On fait valoir que la « dépendance quasi exclusive » aux organisations internationales ou au secteur privé fait en sorte qu’il est très difficile de renforcer les « systèmes du gouvernement », ce qui nuit aux capacités d’interventions du Canada.

D’autres lacunes sont mises en lumière : la faiblesse de l’État haïtien réduit les chances de maintenir à long terme les programmes mis en place, surtout en santé et en éducation ; la « transition vers un État de droit » est ardue ; « plus d’efforts doivent être faits afin de renforcer le système de justice » ; la protection de l’environnement pourrait être mieux assurée, etc.

Ces éléments d’insatisfaction ont nourri la réflexion autour de l’élaboration de la stratégie 2015-2020, qui est axée autour de la croissance économique, de la gouvernance, de la primauté du droit et de la santé.

1,037 milliard
C’est la somme versée par le Canada entre 2006 et 2013. En tout, 170 projets ont été mis en œuvre en huit ans, et 47 d’entre eux ont été révisés par le ministère.