Les sanctions canadiennes contre l’Iran sont levées

Le gouvernement Trudeau a officiellement emboîté le pas à la communauté internationale vendredi et levé la majorité de ses sanctions contre l’Iran. Un geste appuyé par le NPD et le Bloc, mais dénoncé par les conservateurs.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, en avait fait l’annonce il y a dix jours. Il l’a confirmée à sa sortie des Communes vendredi. « Aujourd’hui, le Canada retire ses sanctions contre l’Iran en conformité avec l’ONU, en conformité avec l’entente qui a été conclue avec l’Iran pour qu’il n’y ait pas de prolifération nucléaire. […] Nous allons aussi rétablir les relations diplomatiques avec l’Iran étape par étape, les yeux grand ouverts, car nous continuons d’avoir de graves inquiétudes sur les droits de la personne en Iran et le rôle que l’Iran joue dans la région, notamment envers nos alliés, y compris Israël. »

L’ancien gouvernement conservateur a coupé ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2012 en fermant son ambassade à Téhéran, estimant que le régime posait « la menace la plus importante à la paix et à la sécurité mondiales ». Un embargo commercial quasi total avait suivi en 2013.

« C’était une erreur de croire que l’isolation vaut mieux que le dialogue. […] Quand vous êtes en désaccord avec un régime, il faut dialoguer d’une façon qui pourrait obtenir des résultats positifs », a fait valoir le ministre Dion.

Le gouvernement libéral a retiré la majorité de ces sanctions, hormis celles contre une poignée d’individus. Et les permis d’exportation « seront examinés au cas par cas », prévient Ottawa, et seront « normalement refusés » pour des marchandises « considérées comme sensibles du point de vue de la sécurité » — des demandes d’exportation d’articles nucléaires, militaires ou qui pourraient aider au développement de missiles.

Une décision « extrêmement décevante », de l’avis du conservateur Tony Clement. Son parti « reste très sceptique quant aux intentions de l’Iran avec son programme nucléaire », qui a déjà « trompé l’Occident dans des négociations passées ». « Nous devons toujours juger ce régime en fonction de ses actes, pas de ses paroles », a argué M. Clement.

Mi-figue mi-raisin pour Bombardier ?

Le ministre Dion avait noté, la semaine dernière, que la levée de sanctions contre l’Iran permettrait à Bombardier de tenter de faire affaires avec Iran Air, qui souhaite rafraîchir sa flotte.

L’entreprise aéronautique a « salué » l’annonce du fédéral, vendredi. « On comprend que ça ouvre la porte, a réagi sa porte-parole Isabelle Rondeau. Mais on doit prendre connaissance des mesures en question pour bien comprendre l’impact et les implications que ça aura quant à notre capacité d’aller sur le marché iranien. »

Or, en ouvrant ce nouveau marché à l’avionneur canadien, Ottawa pourrait-il se sentir moins obligé de fournir le milliard de dollars réclamé pour aider le programme CSeries de Bombardier ? « Il ne faut pas mélanger tous les dossiers », a rétorqué le ministre Dion, sans pour autant préciser les intentions de son gouvernement.

Le Bloc québécois estime qu’Ottawa doit aider Bombardier. « C’est bien beau que des marchés s’ouvrent, mais si à un moment donné t’es pas capable de les développer parce que t’es à terre, c’est pas mieux », a noté le député Luc Thériault.

La néodémocrate Hélène Laverdière croit que le Canada fait « un pas dans la bonne direction » en suivant ses alliés. Mais les libéraux ont trop tardé, selon elle, et c’est « un délai de la part du Canada de quelques semaines qui peut nuire à Bombardier ».