Non au consentement préalable pour les malades de l’Alzheimer non lucides

Devrait-on accorder aux personnes condamnées à la démence le droit de demander qu’un médecin les aide à mourir lorsqu’elles ne seront plus lucides ? La Société Alzheimer du Canada estime que non.

« L’aide médicale à mourir ne devrait être considérée que lorsque la personne est jugée capable de consentir », a déclaré Mimi Lowi-Young, la présidente-directrice générale de la Société, qui comparaissait lundi devant le comité parlementaire mixte qui doit suggérer au gouvernement des façons d’encadrer l’aide médicale à mourir.

Plusieurs parlementaires se demandent si une personne qui reçoit un diagnostic d’Alzheimer (ou de toute autre maladie devant à terme altérer sa lucidité) devrait avoir le droit de dire qu’elle voudra qu’on la tue lorsque, par exemple, elle ne reconnaîtra plus ses proches ou sera incapable de se nourrir par elle-même. Le corollaire d’un tel droit est qu’un médecin administrerait la mort à quelqu’un qui n’est plus en mesure d’exprimer son consentement ou, pire, de dire qu’elle a changé d’avis. Inversement, l’interdire pourrait amener certaines personnes se sachant condamnées à devancer leur mort pendant qu’elles sont encore autorisées à la demander.

Selon Mme Lowi-Young, « quand on sait que l’évolution de la démence varie grandement d’un patient à l’autre, et quand on sait qu’il est possible que les valeurs et les croyances d’un patient puissent avoir changé au fil du temps, nous recommandons que les directives médicales anticipées, incluant l’aide médicale à mourir, ne soient pas respectées dans les cas où la personne n’est plus lucide au moment où le professionnel de la santé poserait le geste. Le risque est trop élevé. »

Plaidoyer pour les soins palliatifs

Pour sa part, la Société canadienne du cancer (SCC), qui comparaissait aussi, a martelé sans relâche que le Canada avait besoin d’une stratégie nationale de soins palliatifs. Son porte-parole, Gabriel Miller, a systématiquement refusé de répondre aux questions sur l’aide médicale à mourir.

Si cette réticence a plu aux députés conservateurs du comité qui tapent sur le clou des soins palliatifs depuis le début des audiences, elle a exaspéré plusieurs libéraux. « Je suis surpris, a lancé le sénateur Serge Joyal, qu’une société aussi importante que la Société canadienne du cancer, que nous tous autour de cette table avons probablement appuyée financièrement à un moment ou un autre […], et considérant que le cancer est la première cause de décès au Canada et qu’on peut présumer que bien des gens qui demanderont de l’aide médicale à mourir seront atteints du cancer, que vous n’ayez pas de position là-dessus. Je trouve ça étrange. […] Est-ce parce que vous ne voulez pas faire peur aux Canadiens ? »

M. Miller a reconnu « qu’il y a une préoccupation que cet enjeu peut diviser les gens. […] Évidemment, vous vous inquiétez de la manière dont cela sera reçu par vos sympathisants quand vous comptez sur les dons, mais il y a aussi une ambivalence sincère dans nos rangs. […] La lutte contre le cancer est déjà un travail colossal, nous n’avons pas nécessairement envie de régler tous les problèmes mortels de l’univers. »

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