Huit nouvelles enquêtes sont ouvertes

L’armée a présenté son premier rapport d’étape lundi pour détailler ses progrès quant à l’élimination des comportements sexuels inappropriés dans ses rangs.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’armée a présenté son premier rapport d’étape lundi pour détailler ses progrès quant à l’élimination des comportements sexuels inappropriés dans ses rangs.

La Défense nationale avait promis de serrer la vis pour les inconduites sexuelles dans ses rangs, et ses efforts commencent à porter leurs fruits. Les ressources mises en place ont permis d’ouvrir huit nouvelles enquêtes. Mais signe que le problème de cette culture « hostile » au sein des Forces armées n’est pas facile à cerner, la Défense reconnaît qu’elle n’a toujours pas réussi à définir ce qui constitue un tel comportement inacceptable.

Pourtant, les problèmes de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles dans l’armée préoccupent grandement les troupes, puisque, en quatre mois, le centre créé pour répondre au fléau a reçu près de 250 « contacts ». Des appels téléphoniques ou des courriels émanant de 189 membres des Forces armées canadiennes (FAC) et quelques dizaines de leurs proches. Ces personnes étaient tout autant des hommes que des femmes, à parts égales. De ce nombre d’appels à l’aide ou à l’information, 27 ont été transmis à la police militaire, qui a ensuite entrepris 8 enquêtes criminelle savec l’accord des plaignants. Ceux-ci avaient le choix de se tourner vers les autorités civiles, mais tous ont choisi de suivre le processus militaire, selon la Défense.

Les autorités militaires estiment que ces statistiques présentent de bonnes et de mauvaises nouvelles. « Avoir des cas au sein de notre organisation est inacceptable, parce que les gens ne sont pas traités avec respect », a déploré la contre-amirale Jennifer Bennett, qui dirige l’équipe chargée de répondre à cet enjeu. Mais l’armée s’attend à ce que les plaintes et les enquêtes se multiplient, et le voit d’un bon oeil puisque cela permettra de cerner les problèmes et d’y remédier. « Nous sommes encouragés par le fait que les gens se manifestent, et que l’on enquête et qu’on puisse agir. Parce que, quand les gens gardent le silence, non seulement ils souffrent, mais on n’a aucun moyen de mettre un terme au comportement [problématique] ni de les soutenir. »

L’armée a présenté son premier rapport d’étape lundi pour détailler ses progrès quant à l’élimination des comportements sexuels inappropriés dans ses rangs. Un compte rendu qui fait suite au rapport accablant de l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps qui concluait, le printemps dernier, qu’il règne au sein des FAC un « climat de sexualisation » qui en fait un environnement de travail « hostile » pour les femmes et les personnes homosexuelles. Une situation qu’a promis d’éradiquer l’armée. Mais près d’un an plus tard, la Défense ne compte toujours pas de définition de ce que constituent le harcèlement sexuel et l’agression sexuelle. Le rapport de l’armée ne fait état d’« aucun progrès sur cet aspect », ce qui « est gravement préoccupant », reconnaît le document.

Problème de culture ?

La contre-amirale Bennett a précisé que ce qui fait défaut, c’est une définition en langage courant, plutôt que la définition bureaucratique du gouvernement. Bien que l’armée ait fait face à quelques réticences quant aux changements de comportement exigé de ses membres, Mme Bennett reste optimiste, car la Défense va « combattre cet enjeu sur plusieurs fronts » en éduquant tant ses troupes que ses recrues. Mais Mme Bennett a également admis que certains avaient été étonnés d’apprendre que leurs propos étaient jugés inacceptables, ces individus rétorquant que les FAC étaient « censées être implacables et qu’utiliser des termes durs faisait d’eux des combattants ». La juge Deschamps a fait état de « la prolifération fréquente de jurons ou d’expressions très humiliantes » et de « blagues à caractère sexuel ».

« Est-ce que ça va se faire rapidement ? Non. Mais on part sur de bonnes bases », a affirmé la contre-amirale Bennett, convaincue que, d’ici « quelques années », l’enjeu sera réglé.

Bien que la juge Deschamps ait parlé d’un problème de culture au sein des FAC, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan — un ancien militaire —, a estimé de son côté que « ce n’est pas la culture militaire précisément » qui est en cause. « Il y a une tolérance zéro face à tout type de mauvais comportement ou de harcèlement », a-t-il dit, en se disant à son tour « encouragé de voir que davantage de personnes dénoncent [les comportements déplacés]». Ce qui permettra de quantifier le fléau et d’y répondre. La Défense demandera en outre à Statistique Canada de sonder en avril ses membres permanents et les réservistes afin de « déterminer l’ampleur du problème ».

Mais les néodémocrates sont convaincus que ces cas répandus d’agression sexuelle ou de harcèlement sexuel ne sont pas seulement circonstanciels. « Il faut que la machine se mette en branle à grande vitesse, mais ce n’est pas qu’une question de répression et d’enquête, c’est une question de ressources et c’est une question de changement de culture », a déclaré la députée Hélène Laverdière. « Et pour ça, il faut avoir un plus grand nombre de femmes au sein des Forces armées. » Le NPD souhaiterait que 25 % des troupes canadiennes soient constituées de femmes, contre 15 % actuellement.

Le conservateur Pierre Paul-Hus estime quant à lui qu’un changement de culture est inévitable, puisque « la société civile évolue » et que « l’ensemble des gens qui font partie des forces armées viennent de cette société civile ». D’autant plus qu’une chaîne de commandement est « très efficace » et que « les gens ne pourront pas résister longtemps » au redressement ordonné par les hauts gradés de l’armée.

15%
Pourcentage des femmes qui font partie des FAC. Selon la Défense, plus de 9 400 femmes étaient engagées dans la Force régulière, et plus de 4 800, dans la Première réserve, en janvier 2014.
1 commentaire
  • Colette Pagé - Inscrite 2 février 2016 10 h 14

    L'apparence d'impartialité !

    Il faut sortir les enquêtes des mains de l'armée là ou règne l'omerta.

    Les plaintes de natures sexuelles devraient être soumises à la police.

    Par la suite en cas de condamnation ll incomberait au tribunal militaire de sanctionner sur le plan professionnel la conduite des militaires indignes.

    Autrement, l'impartialité et l'apparence d'impartialité ne seront pas respectées.