L’ex-député conservateur Steven Fletcher livre un vibrant plaidoyer

L’ancien député et ministre conservateur Steven Fletcher a livré un vibrant plaidoyer pro-choix devant le comité parlementaire mixte sur l’aide médicale à mourir. Il a imploré les groupes représentant des personnes handicapées opposées à cette aide de ne pas imposer leur point de vue aux autres.

« Je demande aux personnes handicapées qui ont des réserves envers ceci de se montrer plus empathiques envers ceux qui souffrent. Quand des gens souffrent et se laissent mourir de faim dans des résidences pour personnes âgées, dans un hôpital ou à la maison, les forcer à vivre cette souffrance dans la terreur ne rend pas ma vie à moi meilleure en tant que personne handicapée. Ça me rend juste triste. On doit reconnaître cela. Les gens souffrent. Et imposer nos opinions à quelqu’un d’autre n’est pas canadien. »

M. Fletcher sait de quoi il parle. Il a raconté comment, après avoir frappé un orignal avec sa voiture à l’âge de 23 ans, il s’est retrouvé à l’hôpital, maintenu en vie par des machines pendant trois mois, conscient, mais incapable de bouger ou parler. Ce qu’il appelle « de la torture bien intentionnée ».

« J’étais incapable de bouger du cou jusqu’aux pieds. Incapable de sentir le toucher, incapable de sentir le plaisir ou la douleur. Aucun contrôle sur mes fonctions corporelles. J’allais avoir besoin d’aide 24 heures par jour, sept jours par semaine pour le restant de mes jours. »

Dès qu’il a été capable de parler, il a mandaté son avocat d’écrire qu’on ne lui fasse plus jamais subir cela. C’était il y a 20 ans, un peu après le jugement Rodriguez de la Cour suprême ayant maintenu l’interdiction au suicide assisté, et bien avant celui de février dernier par lequel la Cour a changé d’avis. Son avocat l’a averti qu’une telle demande était probablement illégale.

Le témoignage de M. Fletcher était en quelque sorte dirigé vers le Conseil des Canadiens avec déficiences (CCD), qui comparaissait en même temps que lui. Le CCD s’est opposé à l’aide médicale à mourir au nom de la protection des plus vulnérables. Maintenant que cette aide est inéluctable, le CCD exige des garde-fous importants, notamment que toutes les demandes soient tranchées non pas par un médecin, mais par un comité indépendant dirigé par un juge.

M. Fletcher n’aime pas cette idée. « Un accès retardé est un accès refusé. » Cette exigence irrite aussi le groupe Mourir dans la dignité. Sa représentante, Linda Jarret, est aussi venue expliquer comment elle désire avoir l’option de mettre fin à ses jours lorsque sa sclérose lui rendra la vie trop difficile. « Nos maladies et nos handicaps nous ont déjà rendu la vie difficile. N’ajoutez pas à notre fardeau en compromettant nos choix et notre autonomie », a-t-elle lancé.

Lorsqu’il était encore au Parlement (M. Fletcher a été défait en octobre), il a présenté en vain deux projets de loi pour légaliser l’aide médicale à mourir. Son message aux parlementaires jeudi soir était simple : faites-en le moins possible. À son avis, Ottawa pourrait même ne pas adopter de loi du tout et s’en remettre aux critères établis dans la décision de la Cour. Il estime que tout le reste relève de la compétence des provinces.

Je demande aux personnes handicapées qui ont des réserves envers ceci de se montrer plus empathiques envers ceux qui souffrent. Quand des gens souffrent et se laissent mourir de faim dans des résidences pour personnes âgées, dans un hôpital ou à la maison, les forcer à vivre cette souffrance dans la terreur ne rend pas ma vie à moi meilleure en tant que personne handicapée. Ça me rend juste triste. On doit reconnaître cela. Les gens souffrent. Et imposer nos opinions à quelqu’un d’autre n’est pas canadien.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 29 janvier 2016 09 h 53

    Admiration et Gratitude+++

    Cher Steven, ressentez profondément de la haute gratitude pour ce que vous êtes et ce que vous avez accompli. Merci pour vos deux projets de loi. Merci pour votre précieuse participation à ce Comité mixte sur AMAM. Proche de vous et de vos positions, ayant œuvré comme travailleur social dans un Centre de réadaptation physique, pendant 30 années.

    Je me réjouis avec vous que la CSC, dans son jugement unanime du 6 février dernier, reconnait que le droit à la vie ne comprend plus l'obligation de vivre à tout prix. Ce qui me réjouit aussi, c'est que les nouveaux droits des personnes en fin de vie ou à la fin de leur vie vont apporter aux soignants et à leurs établissements de nouvelles obligations. Ce qui nous réjouit enfin, c'est que nous entrons de + en + dans l'univers des soins personnalisés et appropriés et proportionnés de fin de vie.
    Ce qui me réjouira, c'est que les réseaux des Soins palliatifs se donneront comme fondement de leur philosophie l'ouverture et l'inclusivité, s'éloigneront davantage du déni de la nouvelle réalité, inviteront et non éviteront ceux qui ne pensent pas comme eux, consulteront davantage leurs membres, se laisseront habiter de plus en plus par la compassion, la solidarité, l'autodétermination, le libre-choix.

    Cher Steven, je prends plaisir à vous souligner que l'Office des personnes handicapées du Québec, le Comité provincial des malades, le Regroupement provincial des comités des usagers et ... ont approuvé le Projet de Loi 52. En plus de la très grande majorité des professions et des organismes concernés.

    Oui. Que le Parlement intervienne minimalement et sans équivoque, en cohérence avec le Jugement de la CSC. Que les ministres de la Santé des Provinces et des Territoires s’unissent pour une intervention concertée et optimale.

    continuez d’être proactif durant les 4 prochains mois. Le Comité a besoin de votre expérience et de votre expertise, nous aussi. Gratitude+++


    http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/blog.p