Énergie Est enflamme les Communes

La chef conservatrice, Rona Ambrose, et le premier ministre Justin Trudeau s’apprêtaient à entrer en Chambre pour la première période de questions de l’année, lundi au Parlement.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La chef conservatrice, Rona Ambrose, et le premier ministre Justin Trudeau s’apprêtaient à entrer en Chambre pour la première période de questions de l’année, lundi au Parlement.

Le Parti conservateur a fait son nid dans le débat entourant le projet d’oléoduc Énergie Est. La chef par intérim du parti, Rona Ambrose, croit, comme ses collègues de l’Ouest, qu’après avoir profité pendant des années de la péréquation, le Québec doit maintenant avaler la couleuvre Énergie Est. Il en va de « l’unité nationale ».

Au premier jour de la reprise des travaux parlementaires, les conservateurs ont fait du controversé projet de pipeline un de leurs chevaux de bataille en se plaçant comme les grands défenseurs des travailleurs du secteur énergétique de l’Ouest. « Le Canada a toujours été un pays où les gens se serrent les coudes quand les temps sont durs. En fait, c’est justement ce qu’est censé être l’esprit de la péréquation, a fait valoir Rona Ambrose lundi. Quand les gens qui paient une grande part de la péréquation en ont besoin, et qu’ils ont besoin de l’appui de ceux qui la perçoivent, et qu’ils ne sentent pas ce soutien en retour, ce n’est pas la façon canadienne de faire les choses. […] D’autres régions du pays leur disent maintenant que ce qui pourrait justement aider leur avenir et les aider à avoir un emploi un jour — soit le pipeline Énergie Est —, ce n’est pas quelque chose qu’ils veulent appuyer », a déploré la chef intérimaire du PC et députée albertaine.

Les Albertains et les Saskatchewanais sont inquiets, a relaté Mme Ambrose, en prévenant par la même occasion que la guerre de mots que se livrent le maire de Montréal Denis Coderre et les politiciens des Prairies « menace l’unité nationale ». « Ce projet ne devrait pas diviser le pays », s’est-elle désolée, en sommant le premier ministre Justin Trudeau de se porter publiquement à la défense des projets d’oléoducs. « Il doit le faire, car comme ça, il enverra un message à son ami Denis Coderre, à ses amis de Queen’s Park, que c’est important pour le pays. »

Le premier ministre n’a pas obtempéré, aux Communes, en réitérant plutôt que son gouvernement consulterait les provinces, les villes et les communautés pour s’assurer d’avoir « une acceptabilité sociale, de la surveillance, la responsabilité environnementale […] pour sortir nos ressources sur le marché de façon responsable, parce que c’est ce qu’il faut au XXIe siècle ». Son ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, n’a pas non plus précisé l’opinion que se fait le gouvernement libéral du projet Énergie Est.

Mais le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a rejeté l’idée que l’exploitation des ressources naturelles menace l’harmonie du pays. « La péréquation est un processus de solidarité canadienne qui n’a rien à voir avec nos débats. Quand [Mme Ambrose] ajoute que ça met en cause l’unité canadienne, le Canada est beaucoup plus fort que ça. Le Canada ne sera pas mis en cause parce qu’on a des débats tout à fait normaux au sujet de pipelines. »

Le sort d’Énergie Est scellé?

Le chef bloquiste, Rhéal Fortin, s’est réjoui de la sortie du maire de Montréal puisqu’il « vient de régler la question », selon lui, en retirant cette « acceptabilité sociale » dont les libéraux ont toujours dit qu’ils auraient besoin pour donner le feu vert à un projet d’oléoduc.

Mais Denis Coderre n’a pas rassuré le chef du NPD, Thomas Mulcair, qui a accusé le premier ministre de renier sa promesse de soumettre tous les projets d’oléoducs présentement à l’étude à de nouvelles normes d’évaluation environnementale. Trois mois après son élection, le gouvernement libéral n’a rien fait. La preuve, selon M. Mulcair, qu’il « a renoncé à sa promesse ». « M. Trudeau doit donner suite à son engagement — personne ne l’a forcé à le faire », a scandé le leader néodémocrate. Le ministre Carr a réitéré qu’il y aurait une « phase de transition » pour ces projets en cours d’examen, sans toutefois en préciser la teneur ni à quel moment elle entrerait en vigueur.

Quant au maire Coderre, le premier ministre a indiqué à sa sortie des Communes qu’il avait « hâte » de le rencontrer « bientôt ». Ce tête-à-tête, prévu ce mardi matin, n’a rien à voir avec la prise de position du maire contre Énergie Est, selon le bureau de M. Trudeau. Il s’agit plutôt d’une rencontre de routine comme celles qu’a tenues M. Trudeau avec les maires d’autres métropoles depuis son arrivée au pouvoir.

12 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 26 janvier 2016 05 h 13

    Fauteurs de troubles?


    L'opposition officielle va devoir revoir ses stratégies pour suggérer ce qui est bon ou mauvais pour le Canada.

    Le Parti Conservateur semble toujours avoir ces pauvres réflexes associés au développement excessif, coûteux et trop nocif des énergies fossiles.

    Le Canada peut innover au lieu de salir:

    Pourquoi ne pas lancer le grand projet de construire dix nouvelles villes canadiennes de taille moyenne (100,000 h.) qui seraient reliées à la capitale de chaque province non pas par un autoroute mais par un train à énergie propre? Des villes qui pourraient grandir jusqu'à accueillir 100,000 h. supplémentaires.

    Il y a beaucoup de bons architectes, de bons ingénieurs qui proposent de revoir la manière de concevoir l'espace dans des villes du XXIe siècle.

    Et construire autrement en utilisant de plus en plus des énergies vertes. Pourquoi pas?

    Une saine compétition pourrait s'installer au Canada et réaffirmer cette unité canadienne.

    De nouveaux savoir-faire pourraient émerger et être éventuellement exportés dans d'autres pays.

    N'oublions pas que le Canada reçoit à chaque années plus de 200,000 nouveaux immigrants qui ont trop souvent le malheureux réflexe d'aller se greffer à de grands centres urbains dont les infrastructures n'arrivent plus à les absorber.

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa)

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 26 janvier 2016 05 h 57

    Contradiction et une suivante

    Mme Rona, votre péréquation on vous la laisse, et vous nous laissez nos impôts, taxes, cotisations de chômage et pensions que l'on vous fait parvenir chaque année.
    On vous laisse vos rocheuses et le Lac Louise que l'on ira visiter en touriste à notre guise.
    Laissez-nous notre territoire propre, sans pipeline qui serpente et dégouline entre nos villes, écoles et installations sanitaires.

    Aujpurd'hui vous dites que: " Monsieur Caderre doit se fier aux scientifiques plutôt qu'à la petite politique locale pour préserver l'unité du pays"
    n'est-ce pas votre gouvernement qui s'en est pris à tous les programmes scientifiques que les gouvernements précédents avaient mis en place ?
    Tous les programmes de recherches abolis. Tous les ministères et les postes scientifiques qui produisaient des rapports et des statistiques qui allaient à l'encontre des politiques de votre gouvernement Harper, abolis.

    Maintenant vous dites Madame que M. Coderre devrait considérer le projet TransCanada en se basant sur la "science", plutôt que sur de la petite politique locale.
    Mais quel culot vous avez! Vous avez discrédité les scientifiques en abolissant leurs postes et leur ministère et maintenant vous nous dites basez-vous sur les analyses scientifiques. Vous nous prenez réellement pour des cons.
    Continuez donc a boycotter les bananes Chiquita parce qu'ils ne veulent pas de votre pétrole sale. On voit où se situent vos priorités; de la ressource alimentaire contre du pétrole sale, vous pouvez bien vouloir passer votre pipeline parmi nos enfants. Combien de leurs millions iront dans vos poches ?

    Vous avez du culot.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 26 janvier 2016 06 h 17

    Nul n'est tenu à l'impossible

    On ne peut faire passer n'importe quoi, n'importe où et n'importe comment pour raison d'unité nationale et de péréquation. La vallée du St-Laurent n'est pas n'importe quoi et l'oléoduc doit y être très sécuritaire: les enjeux d'eau potable et de protection de l'environnement y sont énormes. Nous n'avons rien à nous reprocher. Ce n'est pas de la faute de personne, albertains inclus, si l'Alberta n'a pas d'accès à la mer, si son produit est bitumineux, très polluant et dangereux pour l'humanité lorsque surconsommé, si les rives et le fond de plusieurs rivières québécoises sont trop molles pour supporter un oléoduc, si s'y trouvent 8 millions de personnes, s'il y a une faille dans l'écorce terrestre et si la technologie existante est conséquemment non suffisamment sécuritaire. Pour le moment, que l'Alberta oublie l'oléoduc et se contente quand même vendre, ne l'oublions jamais, quasiment tout le pétrole canadien. Elle aimerait peut-être en plus et à meilleur prix, mais c'est pour le moment impossible.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 26 janvier 2016 08 h 35

    Tous pour un et contre le Québec!

    Qu'est-ce que l'unité nationale? En plus, tout ça juste pour que les actionnaires puissent empocher plus, au détriement des canadiens. Les jobs que promettent ces menteurs chroniques ne sont que temporaires. Qu'allez-vous offrire à vos enfants? Rien, sauf une province souillée qui n'a pas de plan d'avenir.
    Vous faites tache d'huile dans les prairies qui ne sont plus exploitable pour l'agriculture.

    Deux cultures et deux langues qui ne se mélangent pas plus que l'eau et l'huile.

    Non, c'est non! Votre pipeline on le fera sauter si il le faut.
    Garder votre saleté chez-vous!

  • Benoit Thibault - Abonné 26 janvier 2016 08 h 52

    Mme Ambrose met du pétrole sur le feu

    Quelle ironie que sont les arguments de Mme Ambrose. Elle active le feu plutôt que de soutenir un éventuel débât de fond. C'est tout le contraire que de prendre des décisions sur la science. C'est un réflexe déjà vu chez les conservateurs et sans doute bon pour les coffres du parti.
    Aucune leçon à recevoir d'eux au même titre que les pétrolières ont caché les risques de changements climatiques depuis le millieu des années 80.

    Avec le refus d'Énergie Est le Québec n'empêchera pas la production de prétrole des sables bitumineux, il va seulement entrainer leur plafonnement. C'est sans doute difficile, mais l'Albertra aura à remettre des taxes, après tout même les pays de l'OPEP sont à envisager de cesser de subventionner la consommation pour que leur population paye le juste rix de ce qu'il consomme.

    Évitons la fuite en avant préconisé par les conservateur qui ne ferait qu'augmenter d'avantage le solde de la carte de crédit environnnementale.