L’Ouest fustige les maires qui s'opposent au pipeline Énergie Est

Décriée dans les provinces de l’Ouest, l’opposition des maires de la région de Montréal au projet d’oléoduc Énergie Est a ravivé le débat sur la péréquation au pays. Les réactions outrées contre le Québec et la position des élus municipaux ont donné lieu à une guerre de mots entre le maire Denis Coderre et des politiciens de l’ouest du pays.

Vendredi, le maire Coderre a répliqué au premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, qui la veille avait fortement réagi à l’annonce des maires de la métropole québécoise. Fervent défenseur du projet d’oléoduc, Brad Wall avait écrit sur son compte Twitter: « Je suis convaincu que les maires de la région de Montréal vont poliment rembourser leur part des 10 milliards de paiements de péréquation auxquels l’ouest du pays a contribué. »

Ces propos ont incité Denis Coderre à faire ce commentaire sur son propre compte Twitter : « Population de la Communauté métropolitaine de Montréal : 4 millions… Population de la Saskatchewan : 1,13 million… », puis « Subventions fédérales que Saskatchewan reçoit pour financer ses projets viennent aussi des contribuables québécois (50 pour cent vivent dans la CMM) ». Le maire Coderre a terminé ce message avec le mot-clic #ditesMerci.

Denis Coderre s’est aussi moqué du chef du parti albertain Wildrose, Brian Jean, qui reprochait au maire de Montréal d’avoir autorisé le déversement d’eaux usées dans le fleuve, mais de dire non au pipeline. Alors que Brian Jean faisait valoir que, dans le dossier du pipeline, il fallait prendre des décisions en fonction de la science, le maire Coderre a ressorti sa blague sur les Pierrafeu lors d’une entrevue radiophonique : « Ce sont probablement les mêmes personnes qui pensent que Les Pierrafeu, c’est un documentaire. »

 

Fausse route

Pour sa part, le maire de Calgary, Naheed Nenshi, estime que le maire Coderre fait fausse route. « Il se trompe. C’est aussi simple que ça, a-t-il dit en entrevue à CBC. C’est plus facile de contrôler une fuite de pipeline qu’un déversement provenant d’un train. Il le sait. » Selon lui, le projet Énergie Est permettrait aussi à l’ensemble du pays de bénéficier d’une plus grande indépendance en matière d’approvisionnement en pétrole.

En matinée vendredi, la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a soutenu que les maires manquaient de vision à long terme en refusant de reconnaître que l’oléoduc Énergie Est profitera à l’ensemble des Canadiens.

À l’issue d’une rencontre avec son homologue de l’Ontario à Toronto, vendredi, la première ministre albertaine a soutenu qu’on « affaiblit toutes les régions du pays » en niant que le secteur des ressources naturelles fait partie intégrante de l’économie canadienne.

Rappelons que jeudi, les maires de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui regroupe 82 municipalités comptant en tout 3,9 millions de citoyens, a dit non au projet de pipeline Énergie Est, alléguant qu’il représentaitd’importantes menaces environnementales tout en offrant peu de retombées au Québec en matière d’économie et d’emplois.

Un projet qui divise

TransCanada plaide que ses oléoducs sont plus sécuritaires et plus écologiques que le chemin de fer pour transporter du pétrole, un argument repris par la première ministre Notley, néodémocrate élue en mai dernier après 43 ans de gouvernements conservateurs en Alberta.

L’oléoduc projeté permettrait d’acheminer chaque jour jusqu’à 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers une raffinerie d’Irving à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en plus d’approvisionner les raffineries de Suncor à Montréal et de Valero à Lévis. Le premier ministre libéral du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, est un ardent partisan de ce projet.

Au Québec, le projet Énergie Est doit faire l’objet d’une évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avant que le gouvernement libéral de Philippe Couillard ne se prononce.

La première ministre libérale de l’Ontario, Kathleen Wynne, a rappelé quant à elle, vendredi, que plusieurs des conditions imposées par sa province pour soutenir le projet « commencent à être prises en compte ».

39 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 janvier 2016 14 h 10

    Et elle

    Et elle manque de vision à long terme en oubliant que du pétrole ça ne se boit pas.

    PL

    • Maryse Veilleux - Abonnée 22 janvier 2016 19 h 05

      Non mais il cause quand même de l'ivresse quand on est au pouvoir!... hi hi hi!

  • André Poirier - Abonné 22 janvier 2016 15 h 49

    Insultante

    Nous savons ce que nous faisons et bravo à ceux qui s'opposent à la pollution, au réchauffement climatique.
    Moi, ma vision c'est que vous gardiez cette pollution chez-vous.
    Avez-vous assez d'hôpitaux chez vous pour soigner tous ceux qui en sont atteints.
    Vous ne passerez pas chez nous à dos d'âne pour vous faire plaisir.
    Nous ne sommes pas cons.
    Gardez vos visions pour vous.

    • Pierre Fortin - Abonné 24 janvier 2016 12 h 49

      À la COP21 de Paris, Justin Trudeau a pris l'engagement de réunir les premiers ministres provinciaux « dans les 90 jours » pour adopter une politique canadienne qui respecte l'esprit des conclusions de la conférence et qui vise une décarbonisation de l'économie.

      Or nous serons bientôt à l'échéance de ce délai. Quelle contribution madame Notley et les autres mal engueulés qui tonnent contre le Québec comptent-ils apporter au redressement des conditions climatiques que leur politique économique a largement servi à détériorer?

      Madame Notley doit prendre position et nous dire clairement si elle choisit de faire partie du problème ou plutôt de sa solution. L'engagement canadien de Paris ne semble pas peser bien lourd à ses yeux dans la balance de la politique nationale.

      Ici au Québec, une majorité claire refuse de s'engager pour les cinquantes prochaines années dans un projet qui ne lui rapportera que des risques environnementaux majeurs et des déversements qui ne manqueront pas d'arriver.

      Madame Notley doit nous dire comment son gouvernement néo-démocrate entrevoit l'avenir de l'Alberta et déclarer cleirement si elle adhère ou non aux conclusions de la COP21.

  • Colette Pagé - Abonnée 22 janvier 2016 16 h 06

    Le Québec "bashing"

    Après la conférence de Paris, il est surprenant que la PM n'ait pas encore
    compris que l'énergie fossile polluante n'a plus sa place et que sa province devrait penser à diversifier son économie.

    Voilà ce qui s'appelle avoir une vision d'avenir.

    Quant à ceux et à celles qui en profitent pour faire du "Quebec bashing" il faut les laisser faire car rien ne les arrêtera. Pourtant il n'y a pas si longtemps c'était la déclaration d'amour. Rappelons-nous le dernier référendum.

    Après les transferts fiscaux, d'autres arguments suivront. Pour 33 emplois créées au Québec vaut-il la peine de prendre le risque de voir rivières et nappes phréatiques polluées ? Le passé a démontré que la fiabilité du réseau n'est pas fiable.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 janvier 2016 16 h 15

      À trois cent déversements de pipeline contre 2 accidents de train, les preuves ne peuvent être pourtant plus claire. Et pourtant...
      PL

    • Maryse Veilleux - Abonnée 22 janvier 2016 19 h 08

      Oui, mais comment y arriver quand les citoyens sont encore à faire le plein de leurs voitures, sans changer leurs comportements de consommateurs, alors qu'ils sont sur une Ile où se trouve un système de transport en commun assez élaboré, dont un métro... Certe il initiera des projets suite à COP21 mais, comment vont réagir les citoyens lorsque cela touchera leur confort?

    • Raymond Labelle - Abonné 23 janvier 2016 21 h 44

      "À trois cent déversements de pipeline contre 2 accidents de train, les preuves ne peuvent être pourtant plus claire. Et pourtant..."
      PL

      En effet. De plus, un déversement dans le Saint-Laurent aurait des conséquences biens plus catastrophiques, et il est déjà établi que nous ne sommes pas aptes à faire face à une telle éventualité.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 janvier 2016 10 h 50

      Et les bateaux continuent de voguer.. À date... rien ne se passe. Heureusement.
      Mais... des déversements et des trains qui brûlent, on en a vu, plusieurs.

      La question qui se pose maintenant est : Qu'est-ce qui «fonctionne» et qu'est-ce qui «ne fonctionne pas» ? Celle-ci n'est pas d'avoir peur d'avoir peur, c'est quelles sont les «preuves» ? Et elles sont «là».

      Bonne journée.

      PL

  • Raymond Labelle - Abonné 22 janvier 2016 16 h 11

    Mme Notley a-t-elle accusé la première ministre de Colombie-Britannique de manquer de vision?

    La Colombie-Britannique résiste au passage de pipelines sur son territoire. Mme Notley a-t-elle accusé la première ministre de Colombie-Britannique de manquer de vision?

    Après tout, un pipeline par la Colombie-Britannique, n'est-ce pas un chemin plus court pour aller de l'Alberta à la Chine et à l'Inde qui, logiquement, devraient représenter les plus gros marchés du pétrole albertain?

    Évidemment, il est encore plus visionnaire de se diriger vers une économie sans pétrole...

    • Claire Lavigne - Inscrite 23 janvier 2016 06 h 45

      Exactement le commentaire que je voulais écrire!.J'aimerais connaître l'argument le plus "fort" que la C.B. a émis pour qu'il soit rendu vers l'est maintenant.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 janvier 2016 09 h 22

      N'y a-t-il pas des trains qui vont vers l'Ouest ? Je j'ai bonne souvenance, nous avons creusé les Rocheuses pour nous rendre au Pacific. Plusieurs chinois morts peuvent en témoigner. Ces tunnels sont-ils tellement bouchés que ces trains doivent maintenant faire le tour par l’Est ?
      Mais… Que transportent-ils ces trains ? Que des visiteurs au Lac Louise ?

      Notley, fait face au Nord et regarde à gauche.

      PL

  • Martin Dupuis - Inscrit 22 janvier 2016 16 h 20

    Etroitesse d'esprit

    Quelle etroitesse d'esprit de la part du maire Coderre. Montreal et le Quebec tout entier ont tellement a y gagner mais malheureusement la theorie du "ne pour un p'tit pain" semble avoir la preference.

    • Pierre Lalongé - Abonné 22 janvier 2016 19 h 45

      Je ne comprends pas ce que le Québec aurait à gagner à faire passer 1,1 millions de barils de pétrole des sables bitumineux vers les marchés extérieurs tout en prenant les plus grands risques pour notre environnement et notre eau potable.

    • Gerald Chouinard - Inscrit 22 janvier 2016 20 h 14

      L'esprit le plus étroit ne voit pas aussi loin que les autres! Le Canada bénéficierait peut-être à court terme mais se tire dans le pied à long terme en contribuant aux modifications de climat dont le monde entier doit et veut éviter. Quand au Québec, d'où tenez-vous qu'il aurait "tellement" à y gagner? Personne n'a rien vu de tel à part vous.

    • Jacques Lamarche - Abonné 23 janvier 2016 04 h 10

      Pour gagner quoi, M. Dupuis? Quelques emplois! Pour faire du troc entre plus de péréquation et plus de pollution!

      L'avenir de nos enfants mérite mieux!

      M. Coderre mérite toutes mes félicitations pour résister haut et fort au discours intimidant et désolant de l'industrie du pétrole canadien!

    • Jean-François Trottier - Abonné 23 janvier 2016 08 h 35

      La "richesse" de l'Alberta est de produire le pétrole le plus dabgereux qui soit à des coûts que nous, québécois, payons amplement : le déséquilibre économique causé par le pétrole est une nuisance pour le développement du QUébec et il n'a été que justice que l'Alberta nous retourne une petite partie de ces gains.
      Ça ne fait pas du Québec un B.S. pour autant, et même si c'était le cas on connaît les stupidités que les riches peuvent dire sur les B.S., supidités qui coûtent cher en mésentente mais aussi en contrôles parfaitement inutiles.

      Ici, la mésentente est claire, Il faut manquer totalement de "vision" pour ne pas réaliser qu'elle est structurelle à ce pays bâclé, conçu pour brimer au profit des puissants, mais bon, ce n'est pas le sujet...ou à peine.

      Le Québec était sur le point d'accéder à une industrie extrêmement diversifiée dans les années 80 et 90. Nous sommes retourné à une économie de matières premières "grâce" aux Libéraux et à leur Projet Nord, envieux qu'ils étaient de l'or noir, mais aussi parce qu'Ottawa a été obnubilé par ce profit à court terme. Illusions, bêtise, manque total de "vision", en fait myopie de comptable qui ne regarde que la colonne des profits du mois, ou encore ceux de la caisse éledtorale sans voir le gros bon sens.

      Il est temps de passer à autre chose. Tout mais pas ce pétrole!