Les conservateurs s’inquiètent maintenant du contrat qu’ils ont signé

C’est son gouvernement qui a approuvé la vente de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite, mais le conservateur Tony Clement somme désormais le nouveau gouvernement libéral de justifier ce même contrat. Car les circonstances ont changé, argue M. Clement, qui veut s’assurer que les véhicules canadiens ne sont pas utilisés contre la population saoudienne.

M. Clement n’est pas le premier à réclamer que le gouvernement fédéral démontre, preuves à l’appui, qu’il a obtenu l’assurance que l’Arabie saoudite ne se servirait pas des blindés canadiens pour sévir contre sa population. Mais jusqu’à l’élection d’octobre dernier, le propre parti de M. Clement refusait de rendre publics de tels documents.

Le porte-parole des conservateurs en matière d’affaires étrangères maintient que le contrat octroyé à l’entreprise ontarienne General Dynamics Land Systems est « une bonne affaire ». Mais seulement si les termes de l’entente conclue en janvier 2014 sont encore les mêmes aujourd’hui. « Le contrat était basé sur le fait que l’équipement serait utilisé pour repousser des agresseurs ou contre des organisations terroristes. De façon explicite, il ne devait pas être utilisé contre la population d’Arabie saoudite », a fait valoir Tony Clement mardi, justifiant au passage la décision de son propre gouvernement.

Nouvelle donne

Or, depuis, les circonstances ont changé. L’Arabie saoudite a exécuté 47 opposants au régime début janvier, note M. Clement, qui appelle les libéraux à dévoiler l’évaluation des droits de la personne menée par le fédéral avant d’autoriser le contrat avec le pays du golfe Persique. En vertu d’une loi canadienne, le gouvernement doit donner son aval à la vente de matériel militaire vers des pays « où les droits de la personne de leurs citoyens font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ».

C’est cette preuve que veut voir Tony Clement. Pourtant, le gouvernement conservateur dont il faisait partie a toujours refusé de la divulguer, ou même de dire si une telle évaluation a été faite.

« Les libéraux ont fait campagne en promettant d’être plus transparents et de faire preuve de davantage d’ouverture face au public canadien », a lancé M. Clement en invitant le nouveau gouvernement à joindre le geste à la parole.

Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a fourni la même réponse que celle offerte par les conservateurs depuis un an : « Pour des raisons de confidentialité commerciale, le ministère ne commente pas les demandes de permis d’exportation. »

« Il n’y a pas de confidentialité commerciale à un rapport sur les droits de la personne », a répliqué Tony Clement.

Les conservateurs s’étaient aussi fait reprocher d’avoir approuvé la vente de blindés à un pays ayant un si piètre bilan en matière de respect des droits de la personne. En campagne électorale, Stephen Harper martelait encore que le Canada pouvait dénoncer les pratiques de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne tout en faisant du commerce avec le pays. « On peut faire les deux. » Lorsque le fédéral a donné le feu vert au contrat de General Dynamics, le blogueur Raïf Badawi était déjà en prison et condamné aux coups de fouet depuis un an.

Changements de cap

Ce n’est pas la première fois que Tony Clement change de ton quant aux décisions de son gouvernement. En novembre, il admettait qu’il aurait peut-être dû, lorsqu’il était ministre de l’Industrie, mener de plus vastes consultations avant de rendre facultatif le formulaire long du recensement.

La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a de son côté appuyé la tenue d’une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Son gouvernement conservateur a refusé pendant dix ans de tenir une telle enquête réclamée par les Premières Nations.

M. Clement ne croit pas que les électeurs voient ces changements de cap d’un mauvais oeil. « Ce qui serait plus problématique, ce serait qu’on dise que chacune des choses qu’on a faites au gouvernement était parfaite, quand ce n’est évidemment pas le cas. »

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 janvier 2016 01 h 35

    Tous des clônes du capitalisme internationale

    Ou étaient ils, subjugués par le premier ministre qui s'amusait comme un petit fou avec la politique internationale, que de dérapages parfois, surtout si les gens ont des égos, gros comme le lac st jean, enfin quand nous regardons ce qui se passe au Québec ils ne sont pas les seuls, quelle époque narcisique, qui est en train de tout détruire, se pourrait-il que l'on les a tous formés a partir du même moule

  • Maryse Veilleux - Abonnée 13 janvier 2016 06 h 57

    Bien sûr!

    Ils ajoutent une clause contre qui l'équipement en question sera utilisé, non mais, premièrement je ne les crois pas du tout, deuxièmement si cela est vrai, cela démontre à quel point ils sont cancres, ne serait-ce que de croire que cette entente sera respectée.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 janvier 2016 08 h 27

    Le complexe militaro-industriel est un cancer

    Dès que ce complexe devient important, ses démarcheurs auprès des gouvernements réclament des guerres afin de maintenir les emplois.

    C’est ce qui se passe aux États-Unis et c’est ce qui attend le Canada si on laisse cette industrie se développer.

    En mars 2015, la Suède a décidé de ne pas renouveler son accord de coopération militaire signé avec l’Arabie saoudite en raison du bilan peu reluisant de ce pays en matière des droits de l’homme.

    La Grande-Bretagne a annoncé cette année, l’annulation d’un contrat visant à former les gardiens de prison saoudiens.

    L’Époque du ‘Si on n’en vend pas , d’autres le feront’ tire à sa fin.

    Le gouvernement Harper n’avait pas de stratégie industrielle. Sa ‘stratégie’, c’était l’anéantissement de l'État devant les désirs de l’industrie. Il est temps que les Libéraux en adoptent une et nous disent la place qu’il compte faire à l’industrie de la guerre.

  • Pierre Valois - Abonné 13 janvier 2016 09 h 22

    Quel cancre celui-là

    L'ex-ministre Clement vient de sortir de sa torpeur. Il ne fallait quand même pas posséder plus qu'une attestation de la terminaison de ses études primaires pour comprendre que de vendre des jeeps (non armés mais tout préparés pour l'être)à l'Arabie Saoudite allait contre les intérêts des saoudiens eux-mêmes et qu'ils allaient en être les premières victimes.

    Depuis quand, un gérant de banque passe-t-il un fusil à l'un de ses clients vociférant pour partir avec la caisse en pensant plutôt que ce dernier ira calmer sa colère en allant chasser le tétras des savannes.

    Vraiment M. Clément, faire de l'opoosition dépasse le seuil minimal d'intelligence qu'il faut avoir pour occuper la banquette sur laquelle vous êtes assis.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 13 janvier 2016 17 h 52

      Hi hi hi!... les tétras de savannes... elle est bonne, je vous adore!

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 janvier 2016 12 h 24

    Stéphane Dion fossoyeur du Québec comme J.Chrétien

    maintenant comme P.Couillard croit a la grandeur des Saoudiens,les pieds dans le plat pas loin de la trappe :tous admirables et admirés,oui chef. J-P.Grisé