Les «jeeps» canadiens seront bien armés

Simples « jeeps » ou machines de guerre ? Le caractère inoffensif des véhicules blindés légers que le Canada vendra à l’Arabie saoudite est mis en doute. Environ 700 des appareils destinés au royaume saoudien seront équipés d’un système de tourelle-canon pouvant tirer des missiles guidés antichars. En campagne électorale, pourtant, autant Stephen Harper que Justin Trudeau avaient assuré que le contrat ne consistait qu’à fournir des capacités de transport.

C’est le quotidien The Globe and Mail qui a relayé une information jusqu’ici inconnue au Canada, mais diffusée dès 2014 en Europe. L’entreprise belge CMI a décroché un contrat de 4,9 milliards de dollars pour fournir à la canadienne General Dynamics Land Systems des systèmes de tourelle-canon qui seront installés sur 700 des véhicules blindés légers destinés à l’Arabie saoudite. Le site Internet de CMI explique que la tourelle 105 HP vendue « propose une capacité d’engagement exceptionnelle sur terrains difficiles, une capacité HE de feu indirect d’une portée de 10 kilomètres, et […] permet de détruire des blindés lourds à une distance de plus de cinq kilomètres ».

Le contrat décroché par General Dynamics suscite la controverse depuis son annonce en 2014, à cause du bilan peu reluisant de l’Arabie saoudite en matière de respect des droits de la personne. En vertu d’une loi canadienne datant de 1947, un fabricant de matériel militaire doit obtenir l’aval du gouvernement fédéral avant d’exporter ses produits vers les pays « où les droits de la personne de leurs citoyens font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile ».

David Perry, analyste militaire à l’Institut canadien des affaires mondiales, estime que l’ajout d’une tourelle-canon devrait paradoxalement calmer les craintes citoyennes. « Si vous achetez un canon qui a la capacité de tirer des missiles antichars, ce n’est pas le genre de chose que vous utiliserez contre des civils. […] Alors, cela me suggère que ces véhicules seront plutôt utilisés à des fins de défense contre d’autres véhicules blindés. »

L’Arabie saoudite est critiquée ces jours-ci à cause d’une exécution de masse d’opposants au régime, qui enflamme le Moyen-Orient.

À cause d’ententes de confidentialité, on ignore exactement combien de véhicules seront achetés, mais certains parlent de milliers. Le contrat de 15 milliards de dollars est censé créer ou préserver 3000 emplois à London (Ontario).

Le Globe and Mail prétend que les acheteurs saoudiens recevront une formation en sol canadien pour utiliser les véhicules blindés. L’entreprise a refusé de confirmer cette information ou d’offrir davantage de détails. « General Dynamics Land Systems-Canada offre des formations taillées sur mesure aux clients qui contractent ce service », s’est borné à écrire un porte-parole.

David Perry rappelle que c’est une pratique courante dans l’industrie militaire d’offrir de la formation aux acheteurs. Si cela est si peu fréquent au Canada, c’est que l’industrie canadienne fabrique surtout des composantes. General Dynamics est pratiquement la seule à manufacturer un produit fini.

En campagne électorale, Stephen Harper avait soutenu que le contrat « n’est pas un contrat d’armement », mais un contrat de « véhicules de transport militaire ». Justin Trudeau avait déclaré à l’émission Tout le monde en parle : « Ce ne sont pas des armes, ce sont des jeeps ! » Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a refusé de commenter les nouvelles informations jeudi.

Cela suggère que ces véhicules seront plutôt utilisés à des fins de défense contre d'autres véhicules blindés

7 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 janvier 2016 08 h 16

    Aucun risque raisonnable d'utilisation contre des populations civiles?

    Sept cents (700) véhicules blindés seraient équipés d'une tourelle-canon pouvant tirer sur des chars d'assaut. Il faudra voir! Et les autres, de quoi seront-ils équipés? Est-ce que le fait de recevoir cet type de tourelle empêche l'ajout de mitrailleuses et canons à jets d'eau susceptibles d'être utilisés contre des populations civiles? Peuvent-ils encore servir de transport de troupes? Plus généralement, armer une dictature favorise-t-il le dictateur et son armée ou l'opposition interne? Enfin, les invasions militaires servent souvent d'abord et avant tout à consolider le pouvoir du gouvernement envahisseur à l'intérieur de son propre pays, par exemple la volonté d'un dictateur de rassembler autour de lui une population qui autrement lui échapperait. Ces invasions déclenchent alors des guerres modernes faisant beaucoup plus de victimes chez les civils des deux camps que chez leurs militaires.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 8 janvier 2016 09 h 24

    Tient donc...

    Un véhicule de transport blindé peut être considéré comme du matériel militaire sans être l'armement.

    Si le fabricant offre une option d'ajout de canon, ou tout autres ajouts matériels qui permet une quelconque destruction létale on n'est plus devant un véhicule de transport..., on est devant une pièce d'armement.

  • Bernard Dupuis - Abonné 8 janvier 2016 09 h 43

    Si vite démasqués!

    Cela ne m’étonne pas de voir les fédéralistes et canadianistes Trudeau et Dion renier leurs principes fondamentaux relativement aux respects de droits de l’homme dès la première occasion. Ils sont plus à l’aise de fustiger les Québécois qui luttent pour libérer leur peuple que de condamner un pays comme l’Arabie Saoudite qui pratique les décapitations barbares et la torture. Les Québécois qui prônent la liberté sont des xénophobes et ceux qui briment les droits de l’homme sont de bons amis. En passant, que faisait Philippe Couillard, médecin patenté, dans ce pays passé maître dans «l’art» de la torture?

    Dion ne réussit à convaincre personne lorsqu’il justifie la position canadienne en disant que les «jeeps» serviront à défendre le pays et non à attaquer sa population. Ou bien M. Dion ignore totalement ce qui se passe dans ce pays depuis des lustres, ou bien il fait preuve d’une évidente mauvaise foi. Peut-être fait-il preuve des deux à la fois. C’est comme dire que les nazis fabriquaient du gaz zyklon B pour se défendre contre les juifs.

    Je ne pensais pas que Trudeau et Dion seraient démasqués si rapidement. Ils préfèrent condamner le républicanisme de la chartre québécoise des valeurs plutôt que de dénoncer un pays qui s’adonne à qui mieux mieux aux pires «saloperies» humaines.

    Bernard Dupuis, 8/01/2016.

    • Lucien Cimon - Inscrit 8 janvier 2016 10 h 37

      L'Ontario a investi beaucoup pour les libéraux qui forment le gouvernement; elle doit être remerciée.
      15 milliards de dollars...
      C'est combien des principes?
      Lucien Cimon

    • Bernard Dupuis - Abonné 8 janvier 2016 12 h 13

      À Lucien Cimon

      Je ne peux pas souscrire à votre cynisme. Premièrement parce que ce cynisme ignore les progrès moraux et politiques qui se sont parfois produits dans l’histoire. Nous pourrions donner de nombreux exemples. Pensez à Mulroney et à son organisation du boycottage du gouvernement raciste en Afrique du Sud. Ce boycottage ne s’appuyait-il pas sur le principe du respect des droits de la personne? Penser aussi au général de Gaulle qui refusait de capituler devant les Allemands à cause du principe du respect de la souveraineté des états.

      Ensuite, ce cynisme est contradictoire. Il affirme que les principes ne valent rien. Or, si tous les principes ne valent rien, alors le principe qui affirme que «tous les principes ne valent rien» se détruit lui-même. Socrate ne fut-il pas le premier à faire ce genre réfutation du cynisme?

  • Yves Corbeil - Inscrit 8 janvier 2016 10 h 17

    Surpris? bien voyons donc.

    L'argent l'emporte sur la raison et les droits humains. La religion économique, celle qui unit toute la planète, celle qui a fait tombé toutes les barrières, du moins celles en haut de la pyramide de chaque pays à quelques exceptions près. Les riches sont solidaires pour faire du cash peu importe le drapeau.

  • Michel Morisset - Inscrit 8 janvier 2016 14 h 04

    Inquétiant

    Voici ce que l'on découvre sur les caractéristiques du canon de la tourelle 105 HP.

    Désolé pour le texte en anglais.

    "The Cockerill CT-CV 105HP turret incorporates the Cockerill 105mm high-pressure gun with an advanced autoloader to deliver high lethality at very light weight"

    Tous les munitions normalisées 105 mm OTAN 105 sont compatibles avec ce canon.

    De plus la compagnie CMI offre le Falarick 105 qui lui peut atteindre une cible à 5 km.

    Les munitions perforantes pour char d'assault possèdent des têtes à uranium appauvrie. L'utilisation de ce type d'armes est d'une toxicité radiaoactive aberrante.

    De plus il exite une munition M1204 CANISTER qui est une arme anti-personnelle avec plus de 1000 billes d'acier.

    Le gouvernement Trudeau et plus particulièment M. Trudeau et M. Dion nous doivent des explications.

    Sommes-nous passés du Jeep, à la tourelle CT-CV 105HP pour finalement atteindre les munitions à uranium appauvrie et les armes anti-personnelles?

    Voici le document (en anglais) des spécifications de la tourelle CT-CV 105HP.

    www.cmigroupe.com/fr/repository/download/47

    C'est un dossier trop important pour être abandonné.