Trudeau, la personnalité ayant le plus marqué l’actualité

Justin Trudeau a obtenu une victoire électorale éclatante après avoir remonté la pente dans les sondages.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Justin Trudeau a obtenu une victoire électorale éclatante après avoir remonté la pente dans les sondages.

L’année 2015 aura été mémorable pour Justin Trudeau. Il a obtenu une victoire électorale éclatante après avoir remonté la pente dans les sondages, devenant à la fois le premier fils d’un premier ministre à diriger à son tour le gouvernement et le premier chef d’un parti fédéral à hisser sa formation de la troisième place au sommet du pouvoir.

Depuis, il a fait le tour du monde et est devenu une vedette internationale. Tout cela dans les trois derniers mois de l’année.

Et maintenant, il devient la personnalité ayant le plus marqué l’actualité au Canada en 2015. Et contrairement aux élections du 19 octobre chaudement disputées, ce n’était pas vraiment une surprise.

« Trudeau a été le premier choix des rédacteurs en chef et des directeurs de l’information à travers le pays », explique Stephen Meurice, rédacteur en chef de La Presse canadienne : en effet, 87 % des directeurs des salles de presse du pays ont estimé que Justin Trudeau était la personnalité ayant le plus marqué l’actualité cette année.

Rachel Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique albertain qui a mis fin au règne de quatre décennies de la dynastie conservatrice en Alberta, est arrivée loin derrière. Elle a été choisie par seulement 7 % des directeurs de l’information sondés.

Le petit Aylan Kurdi, cet enfant syrien dont le corps sans vie retrouvé sur une plage turque a donné un visage humain à la crise des réfugiés et qui s’est imposé malgré lui dans la campagne électorale canadienne, a obtenu un vote de moins que Mme Notley.

Le choix s’est fait « sans hésitation », a écrit Carl Fleming, directeur de la rédaction du Cape Breton Post. « Tout le monde parle de Justin. »

Les élections représentent toujours un événement important dans l’actualité, mais c’est la nature historique de la victoire de Justin Trudeau qui a été si remarquable pour les directeurs des salles de presse du pays.

« La victoire de Trudeau a été historique à plusieurs niveaux », a dit Tim Kucharuk, un reporter d’expérience à la radio CKRW-The Rush à Whitehorse.

« Le premier à être passé du statut de troisième parti à celui de parti du gouvernement, le premier à compléter le duo père-fils en tant que premier ministre. Il nous a servi certaines des répliques les plus citées de l’année : les “ voies ensoleillées (sunny ways) et “ le Canada est de retour ”. Sa victoire a radicalement changé Ottawa après 10 ans de pouvoir conservateur. »

D’autres ont été impressionnés par la façon dont Justin Trudeau, qualifié avec mépris de beau garçon à la tête vide par la machine d’attaque des conservateurs et qui traînait dans les sondages au début de la campagne, a réussi à dépasser les attentes et laissé ses adversaires expérimentés loin derrière dans un nuage de poussière.

Exploits

« Les attentes étaient si basses pour ce fils d’un dirigeant canadien emblématique que ses rivaux ont déjà dit en se moquant qu’il gagnerait des points dans l’opinion publique seulement “ en montant sur scène en portant un pantalon  », rappelle Margo Goodhand, éditrice de l’Edmonton Journal. « Cible d’une campagne de mépris soigneusement orchestrée, en troisième place dans les sondages, Justin  s’est défendu et a obtenu une victoire majoritaire éclatante, renversant une dynastie [conservatrice] de 10 ans et devenant le 23e premier ministre du Canada. Pas trop mal pour le “ gars à la belle chevelure ”. »

Maurice Cloutier, rédacteur en chef de La Tribune à Sherbrooke, a estimé que Justin Trudeau avait mené « une campagne audacieuse » en doublant le Nouveau Parti démocratique (NPD) sur sa gauche, avec ses promesses d’enregistrer des déficits modestes et de stimuler l’économie par des investissements considérables dans les infrastructures.

M. Cloutier croit également que M. Trudeau a réussi à tourner à son avantage une campagne électorale exceptionnellement longue — un marathon de 11 semaines qui, croyaient les conservateurs, allait mettre en évidence les faiblesses du jeune « Justin ».

Plus encore, il a réussi à obtenir la majorité des sièges au Québec, un exploit qui n’avait été accompli par aucun parti à la tête du gouvernement fédéral depuis 1988. C’était également le meilleur résultat des libéraux fédéraux depuis que Pierre Elliott Trudeau a balayé la province aux élections de 1980.

« Il a mené une campagne électorale sans faille, juge Michel Lorrain, vice-président de l’information et de la programmation à Cogeco Diffusion. Le retour en force des libéraux au Québec a surpris tout le monde. »

Mais plus que tout, le récit de l’ascension de Justin Trudeau constitue une très bonne histoire en soi.

Il a ressuscité son parti donné pour mort en 2011, quand les libéraux n’ont obtenu que 34 sièges et ont été relégués derrière le NPD pour la première fois de l’histoire. Il a résisté au barrage de publicités négatives des conservateurs qui disaient qu’il n’était « pas prêt ». Il a survécu à la pression d’une campagne aux enjeux élevés dans laquelle tout faux pas aurait pu signifier la fin du Parti libéral du Canada.

Et il a fait cela sans tomber dans la vulgarité et les petits jeux politiques, restant toujours positif et projetant un optimisme jeune et insouciant qui a donné l’impression que ses adversaires étaient vieux et grincheux.

Depuis les élections, Justin Trudeau a été salué partout sur la planète pour avoir respecté sa promesse de former un cabinet paritaire « parce qu’on est en 2015 », et pour avoir ouvert les frontières du Canada aux réfugiés syriens. Il a aussi assisté à toute une série de sommets internationaux, ce qui lui a valu une couverture médiatique flatteuse et, dans un cas, des cris d’admiratrices féminines en pâmoison.

« Le récit de la trajectoire de Trudeau a été surprenant et spectaculaire alors qu’il a mené les libéraux de l’arrière jusqu’à la tête du gouvernement, a commenté Paul Samyn, rédacteur en chef du Winnipeg Free Press. Sa campagne a signifié que nous avons eu une véritable course à trois pour le pouvoir, et son tour de piste victorieux a attiré l’attention mondiale d’une façon que nous n’avions jamais vue pour un premier ministre canadien. »

« C’est un peu un conte de fées, n’est-ce pas ? », résume Elisha Dacey, directrice de la rédaction du journal Metro à Winnipeg. « Le fils d’un premier ministre populaire [mais aussi honni] reprend le flambeau là où son père l’avait laissé et met en place immédiatement des changements de culture politique au bureau du premier ministre […] qui se feront sentir pendant des années. C’est un récit enlevant de retour de l’arrière vers l’avant qui modifie le paysage politique canadien. »

17 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 21 décembre 2015 11 h 21

    Qui fait la nouvelle?

    Soudainement les journalistes découvrent qu'ils influencent l'actualité. Mais ce sont eux qui font la nouvelle. 80% d'entre eux l'ont soudainement découvert.

  • Jean Gay - Abonné 21 décembre 2015 11 h 26

    Trudeau est la personnalité ayant le plus marqué l’actualité

    Monsieur Joan Briden, vous écrivez à propos de Justin Trudeau : << Le premier fils d’un premier ministre à diriger à son tour le gouvernement >>.
    Auriez-vous oublié les deux frères Johnson ?

    Jean Gay, abonné

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 décembre 2015 14 h 17

      Les PM des provinces ne sont pas des vrais PM...

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 décembre 2015 14 h 41

      «Auriez-vous oublié les deux frères Johnson?» - Jean Gay

      Un point pour vous, M. Gay.

      D'Ailleurs.. Je n'apprécie pas tellement qu'on soit premier ministre de père en fils.. Cela me rappelle un peu trop le fonctionnement de la monarchie...

      - Cm

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 décembre 2015 07 h 18

      «Cela me rappelle un peu trop le fonctionnement de la monarchie... »
      Sauf qu'il a été «élu».

      PL

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 décembre 2015 08 h 19

      Sauf qu'il a été «élu» - PL

      Élu.. Sur la notoriété et le capital politique de son père.

      Ce n'est pas très exactement ce que l'on pourrait appeler «des chances égales».

      Même dans une simple coopérative d'habitation il est interdit de faire entrer plusieurs membres d'une même famielle sur le conseil d'administration. Quelques notions de base de démocratie ne vous ferait pas de tort je crois.

      -Cm

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 décembre 2015 08 h 58

      Autre point..

      Les libéraux été «élus» dans une monarchie constitutionnelle, avec 39,5% des voix. Ce qui ne respecte pas le principe de la majorité absolue.

      À moins, bien sûr, que vous soyez d'accord avec le principe qu'un parti puisse prendre le pouvoir avec moins de 50% +1 des votes.

      - CM

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 décembre 2015 08 h 44

      «À moins, bien sûr, que vous soyez d'accord avec le principe qu'un parti puisse prendre le pouvoir avec moins de 50% +1 des votes.»

      Non, pas particulièrement ni obligatoirement ni autrement. Vu que... à plus que deux partis en lice, il est très difficile de séparer le vote en deux, plus ou moins un.

      Une autre chose de certaine : Je préfère donner le pouvoir à un parti qui récolte le plus de votes que celui qui en récolte le moins. Jamais je ne donnerai le pouvoir à un parti qui ne «ramasse» que 10% des votes, à moins que le plus près suivant en ait 9, que ce soit dans une monarchie constitutionnelle ou une république.

      Peu importe le temps prit pour faire un marathon, c’est le premier arrivé qui gagne, les autres (même s’ils chiquent la guenille) sont «perdants». Faut s’habituer, y a toujours plus de perdants que de gagnants… Y en a même qui en font une carrière.

      Bonne journée.

      PL

      P.S. Nous ne sommes pas en système de «majorité absolue». Et si jamais un jour nous devenons une République, nous ne le deviendrons pas plus, à moins que les «tierces» partis s'effacent. Là… nous diviserons les votes (de ceux qui votent) fifty fifty. Bien sûr, certain continueront de compter les votes de ceux qui ne votent pas. On ne se refait pas. Tant qu'il y aura des brancards, il y en aura pour ruer dedans. Bye.

      «Élu.. Sur la notoriété et le capital politique de son père.»
      J'ai l'impression que plusieurs ont voté pour lui «malgré» son père. Y a toujours deux facettes à chaque médaille. Les «monolithes» en politique, ça n'existe pas. Et c'est pour cela que les «idéologies monolithiques» ne pognent pas longtemps. Remarquez ce qui est arrivé à Harper : Après avoir été «In», il est maintenant «Out» ! C'est la vie.

      Jamais personne ne défera le système afin que 10% dépasse 90%, à moins d'aligner 10 partis qui se divisent à 9% le reste. C'est pas demain la veille.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 décembre 2015 10 h 45

      «Jamais je ne donnerai le pouvoir à un parti qui ne «ramasse» que 10% des votes»-pierre lefebvre

      Si je vous comprend bien, non seulement vous connaissez les résultats des élections d'avance, alors que personne n'avait prévu ni la vague orange en 2011, ni la victoire de trudeau 2015.. Mais vous seriez disposé à voter pour un parti corrompu, simplement parce qu'il semble être en avance dans les sondage..

      Comme on dit..

      À chacun sa moralité..

      - Cm

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 décembre 2015 13 h 52

      Je dirais plutôt que je suis un homme moyen dans la moyenne et que je ne prend pas pour un Messie ou un évangéliste. Comme on dit...

      Et 10% contre 90% sont les dernier résultats des élections, non pas des prochaines. Faut bien s'appuyer quelque part si on ne veux pas tomber dans les prédictions farfelues.

      Je vous laisse à vos affaires (encore une fois).

      PL

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 décembre 2015 22 h 35

      Mais encore... Si je suis «disposé à voter pour un parti corrompu» et que 90% de la population sont plus ou moins d'accord avec moi, ça dit quoi de la population en général et de la moyenne des gens ?

      90% de la population ont «tors» et 10% ont «raison»? Étrange pays où «vous» vivez.
      Moi... Je ne fais pas dans les groupes de pression, je suis trop «normal» avec un degré de «moralité» dans la grosse moyenne (à 90%).

      Bye.

      PL

  • Christian Montmarquette - Abonné 21 décembre 2015 14 h 26

    Personnalité de l'année : «La défaite de Harper»

    Il semble que les médias apprécient la peopolisation et la politique marketing du vedettariat, ce qui libère de l'analyse en faisant rouler autant la presse à imprimer.

    Il est si facile à un insipide bien entouré d’apparaître comme un génie du progressisme après 10 de d'un rétrograde réactionnaire comme Harper.

    Alors que question de priorités, Trudeau aura fait passer la légalisation du cannabis et sa propre mise mise en scène médiatique avant le retrait de la loi C-51 et des l'abolition des règles scélérates de l'assurance chômage.

    Ce à quoi il faut absolument ajouter, que jamais Trudeau n'aurait pu gagner la partie en misant sur un programme progressiste, si le NPD et Jack Layton n'avaient pas préparer préparer de longue dans les esprits au changement. En ce sens, cette victoire libérale est donc tout autant une victoire morale néodémocrate.

    D'autant plus qu'en ce qui me concerne, les libéraux sont bien plus des «opportunistes» que de véritables progressistes, car n’est pas d’aider le peuple que d’emprunter sur le dos du peuple pour épargner les entreprises de faire leur juste part.

    Même si je suis d'accord avec plusieurs des mesures proposées par Trudeau. Je crois qu'il a choisi les plus faciles et les plus rentables politiquement; comme celle d'aider 25,000 Syriens dans la misère, plutôt que d'éliminer la misère des misérables de son propre pays.

    Or donc, en ce qui me concerne, ce qui a le plus marqué 2015 n'est pas tant l'élection de Justin Trudeau, mais la défaite si espérée de Stephen Harper et des conservateurs.

    Christian Montmarquette

  • Jean Lapointe - Abonné 22 décembre 2015 07 h 04

    A quoi ça sert de mettre les nouvelles en rang?

    «Et maintenant, il devient la personnalité ayant le plus marqué l’actualité au Canada en 2015. (Joan Bryden)

    Et puis après? Ce nest pas ce qui va le rendre plus intelligent.

    Je me demande bien à quoi ça sert ce genre de «palmarès?

    A quoi ça sert de mettre les nouvelles comme les personnes en rang comme à l'école?

    J'avoue que je ne vois pas très bien pourquoi on nous donne une telle «nouvelle».

    A quoi veut-on en venir?

    Est-ce que c'est pour encourager Justin Trudeau ou pour l'encenser?

    Est-ce qu'il y a un prix attaché à un tel concours?

    N' y a-t-il pas plus important à faire?

    Comme il y a des gens qui se consacrent à une telle activité, il doit bien y avoir une raison derrière?

    Mais quelle peut bien être cette raison?

    Quel est le but poursuivi? A quoi et à qui ça sert?


    J'aimerais bien qu'on m'explique.

    • Raymond Labelle - Abonné 22 décembre 2015 13 h 12

      À chaque année les médias aiment nommer une personnalité de l'année - ça fait de la nouvelle. C'est un prétexte à bilan. Ça remplit les espaces laissés vides par l'absence de nouvelles et les vacances de plusieurs journalistes dans le temps des Fêtes.

  • Louise Gagnon - Inscrite 22 décembre 2015 13 h 06

    À dire la vérité.

    La majorité des québécois de mon entourage s'y sont retrouvés avec joie et ont confiance en ce qui va se passer:
    - un changement d'âge, de façon de paraître et d'agir,
    - un changement de culture générale : homme=femme,
    - un style qui démontre de la simplicité, de la véracité et de l'authenticité.
    À suivre...