Trudeau assouplit la limite de 10 milliards

Le premier ministre, Justin Trudeau, n’a pas reculé sur une autre promesse ; la baisse d’impôt promise à la classe moyenne a été adoptée mercredi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau, n’a pas reculé sur une autre promesse ; la baisse d’impôt promise à la classe moyenne a été adoptée mercredi.

Le premier ministre Justin Trudeau a été contraint de reconnaître mercredi que les déficits auxquels il présidera pendant son mandat pourraient dépasser la barre psychologique des 10 milliards de dollars par année. Ce qui était compris comme une promesse libérale n’est désormais plus qu’un « objectif » que le gouvernement « espère » atteindre.

« On a toujours visé des déficits modestes, a expliqué Justin Trudeau au cours d’une conférence de presse de fin de session parlementaire. On a dit qu’on espérait que ce serait autour de 10 milliards. On va voir si on va pouvoir tenir à ce niveau-là, mais les deux points cibles sont que notre ratio dette/PIB continue à diminuer chaque année et que notre équilibre budgétaire soit rétabli dans la dernière année de notre mandat. »

Le programme électoral du Parti libéral indique que « le gouvernement fédéral enregistrera un modeste déficit à court terme de moins de 10 milliards de dollars au cours des deux prochains exercices financiers ». L’ampleur des déficits libéraux est d’actualité d’une part parce que le ministère des Finances a revu à la baisse ses perspectives économiques, et d’autre part parce que la refonte de la grille fiscale ne se fera finalement pas à coût nul pour Ottawa, a-t-on appris cette semaine. Elle entraînera une perte annuelle de revenus de 1,2 milliard. Ces deux éléments pourraient alourdir le déficit libéral anticipé de quatre ou cinq milliards par année.

Depuis quelques jours déjà, les conservateurs talonnent les libéraux pour connaître l’ampleur du déficit à venir. « Nous savons déjà que le déficit sera plus gros que prévu. C’est déjà une promesse rompue », a lancé à la Chambre des communes la critique en matière de Finances, Lisa Raitt.

Baisse d’impôts

M. Trudeau ne s’est pas excusé du coût non prévu de sa réforme fiscale. Le plan libéral abaisse de 22 % à 20,5 % le taux d’imposition pour la tranche de revenus comprise entre 45 000 $ et 90 000 $ tout en augmentant de 29 % à 33 % celui s’appliquant aux revenus supérieurs à 200 000 $. Le Parti libéral avait promis que cette réforme ne ferait que déplacer 3 milliards de revenus d’une catégorie de contribuables à une autre. « Si les partis d’opposition veulent proposer qu’on monte davantage les impôts des plus riches ou qu’on les baisse moins pour la classe moyenne, ils n’ont qu’à offrir ces possibilités », a-t-il lancé, frondeur.

Mercredi, le Parti conservateur a voté contre la motion libérale instaurant le changement, qui contenait aussi le rabaissement du plafond de cotisations annuelles aux Comptes d’épargne libres d’impôt (CELI) de 10 000 $ à 5500 $. « On sait maintenant que l’ajustement fiscal instaurera un déficit structurel qui ne pourra être comblé qu’en haussant les impôts des petites entreprises […] ou encore en abaissant le plafond de cotisations des CELI », a déploré Mme Raitt.

À la surprise générale, le NPD a voté en faveur de la motion, même s’il la descend en flammes à chaque occasion. Le NPD estime que la réduction d’impôt bénéficiera surtout aux plus riches parce que ceux gagnant plus de 90 000 $ en bénéficieront aussi. « Un député qui gagne 167 400 $ par année reçoit le maximum de réduction d’impôts que M. Trudeau décrit comme étant pour la classe moyenne. Une famille avec deux enfants qui gagne 45 000 $ par année ne reçoit pas un sou », déplore le chef Thomas Mulcair.

Pourquoi alors avoir voté en faveur ? « Il y avait des éléments pour lesquels nous étions en faveur, entre autres la diminution du plafond du CELI de 10 000 à 5500 $. On n’était pas fondamentalement opposé non plus à la création d’un nouveau palier d’imposition pour les revenus de plus de 200 000 $», a expliqué le critique en matière de Finances, Guy Caron. Pourtant, en campagne électorale, le NPD s’était opposé à la hausse de l’impôt sur les plus nantis.

Selon l’Agence du revenu du Canada, il y avait en 2014 près de 27 millions de contribuables et 18 millions d’entre eux (68 %) ont déclaré des revenus inférieurs à 45 000 $. De ce nombre, toutefois, 10 millions n’ont pas payé d’impôt. Le NPD se bat pour ces quelque 8 millions de contribuables restants en proposant plutôt de réduire de 15 % à 14 % le taux s’appliquant à tous les revenus inférieurs à 45 000 $. Le bénéfice maximal serait alors de 200 $ par personne, contre 679 $ avec la proposition libérale.

Les libéraux font valoir que ces personnes seront compensées avec la future Allocation canadienne pour enfant (ACE) qui sera inversement proportionnelle aux revenus familiaux. À cela, M. Mulcair a répondu que « M. Trudeau ne peut pas présumer de ce que le Parlement va faire au printemps, dans trois mois, dans six mois, dans un an », oubliant que les libéraux détiennent une majorité à la Chambre des communes.

On a dit qu’on espérait que ce serait autour de 10 milliards. On va voir si on va pouvoir tenir à ce niveau-là [...].

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 10 décembre 2015 07 h 45

    Le français à Bytown

    "On va voir si on va pouvoir tenir à ce niveau-là." - Monsieur le premier ministre Justin Trudeau

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2015 12 h 32

    Il y a un article plus bas sur le nouveau réalisme

    En faites un article de ismes qui explique le pont de vue de ceux qui défendent l'idéologisme de la pensée rationnel de l'esprit vs les lumières du politique.

    Que peut-on tirer comme conclusion sur le libéralisme du fédéralisme Trudeauisme quand ça sévit sur la colline du parlementalisme d'Ottawa.

    Experts, à vos claviers pour nous expliqué si le courant de la rivière des Outaouais va changé de côtés après cette dernière élection fédéral.