L’Alberta la rédemptrice

L’Alberta était depuis des années le cancre de la lutte contre les changements climatiques au Canada. Mais désormais dotée d’un plan pour apporter sa contribution, la province de l’Ouest a été accueillie en héroïne lundi à la rencontre fédérale-provinciale sur le climat.

Les provinces ont, tour à tour, salué les efforts du gouvernement albertain, qui permettront, selon elles, d’enfin se débarrasser de l’« oeil au beurre noir » dont souffrait le Canada sur la scène internationale. D’autant que le nouveau venu Justin Trudeau a promis de faire de l’environnement l’une de ses priorités.

Déjà, le premier ministre fédéral a organisé cette rencontre avec ses homologues provinciaux, une première du genre en près de sept ans. Justin Trudeau voulait faire le point, à quelques jours de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris.

Bien que le plan national de lutte contre les changements climatiques ne soit pas encore ficelé, les dirigeants provinciaux étaient optimistes à l’idée d’aller discuter d’environnement avec leurs collègues internationaux, compte tenu du plan dévoilé par la première ministre albertaine, Rachel Notley, la veille.

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a tenu, d’entrée de jeu, à « saluer le virage de l’Alberta », qui a promis d’imposer une taxe sur le carbone et de plafonner les émissions de gaz à effet de serre des sables bitumineux.

Un changement de cap important, qui permet au Canada tout entier de défendre son bilan environnemental. « Si nous sommes pour exporter nos produits qui vont ressortir de nos projets énergétiques et de nos ressources naturelles, il faut démontrer à la communauté internationale que nous faisons ce que nous pouvons pour nous joindre à eux dans le combat des changements climatiques », a fait valoir Brian Gallant, du Nouveau-Brunswick.

« Nous avions un oeil au beurre noir depuis longtemps, en matière d’enjeux environnementaux, et nous ne le méritions pas », a ajouté Christy Clark, de la Colombie-Britannique. « On a maintenant la chance de montrer au monde ce qu’on faisait depuis toutes ces années. Et je crois qu’ils vont être un peu surpris, mais ce sera une belle surprise, j’espère. »

Philippe Couillard est du même avis : il faut vanter les efforts qui sont passés sous le radar trop longtemps. Le monde associe le Canada aux sables bitumineux. « Mais le Canada est aussi le troisième producteur mondial d’hydro-électricité », a noté le premier ministre québécois. « Maintenant avec l’annonce de l’Alberta, près de 80 % de la population [canadienne] sera dans un régime de fixation du prix du carbone. Cette histoire n’est pas connue. Elle doit être connue, elle doit être dite », a affirmé M. Couillard.

Un discours repris en soirée par Justin Trudeau, qui a fait valoir que le Canada aurait un ton nouveau sur la scène internationale. « Dans les années antérieures, le Canada a eu plusieurs voix différentes qui se contredisaient un petit peu. Le fédéral disait une chose, les provinces une autre et les ONG une troisième. » Cette fois-ci, ce sera une « approche cohérente et cohésive », a promis le premier ministre.

Le mouton noir saskatchewanais

Le consensus n’était cependant pas unanime. Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a reconnu qu’il fallait s’attaquer au réchauffement du climat, mais sans pour autant menacer tout un pan de l’économie canadienne, a-t-il martelé, en rappelant que des dizaines de milliers d’emplois avaient déjà été perdus dans l’industrie énergétique. « Nous devons aller à Paris avec un plan. Mais assurons-nous que ce plan comprend bien l’ensemble des effets qu’il aura pour la Saskatchewan, l’Alberta, les familles canadiennes qui dépendent du secteur énergétique pour gagner leur vie », a déclaré lundi midi M. Wall, l’un des derniers premiers ministres de droite au pays. En soirée, à l’issue de la rencontre avec Justin Trudeau, il n’avait pas changé de discours, mais il précisait désormais que « ces deux choses ne s’excluent pas mutuellement ».

Les provinces se sont réjouies d’une nouvelle ère de collaboration avec Ottawa, mais elles ont prévenu avant la rencontre que le grand frère fédéral devrait travailler de concert avec elles plutôt que de leur imposer un modèle unique pour atteindre les cibles qui seront établies à la suite de la Conférence de Paris. Ottawa et les provinces se réuniront de nouveau, dans les trois mois suivant la rencontre de la semaine prochaine. La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, a dit espérer que « le travail qui a déjà été promis ou entrepris par les provinces, les ententes que nous avons conclues, puisse servir de charpente pour la suite ».

Les objectifs fixés à Paris devront se faire en fonction des efforts antérieurs de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, ont dit les dirigeants de ces trois provinces.

Flexibilité

Justin Trudeau a bel et bien entendu leurs demandes. « Le Canada se doit de présenter une approche qui est à l’image des Canadiens, c’est-à-dire diverse. Nous avons dix provinces et trois territoires qui ont des géographies, des économies très différentes. Et ce que j’ai dit depuis le début, c’est que nous nous devons de respecter les provinces dans leurs approches pour réduire les GES », a affirmé le premier ministre fédéral, à la suite de la rencontre en soirée. Une rencontre fédérale-provinciale qui sera suivie d’autres du genre, a-t-il affirmé. Car il était « plus que temps » qu’Ottawa et les provinces se réunissent ainsi.

La rencontre était truffée de symboles : organisée au Musée de la nature d’Ottawa, elle a débuté avec une séance d’information par deux experts scientifiques du ministère de l’Environnement présentée aux premiers ministres et diffusée pour les médias. « Les répercussions des changements climatiques se font déjà ressentir et augmenteront en raison d’une augmentation du réchauffement. L’adaptation sera nécessaire pour gérer les risques », a résumé le Dr Greg Flato.

Avec Hélène Buzzetti

8 commentaires
  • André Nadon - Abonné 24 novembre 2015 05 h 44

    Plus que le client en demande.

    À voir l'enthousiasme de Philippe Couillard envers ses homologues et Justin Trudeau, je ne puis que me méfier.
    Il y a de gros intérêts en jeu, entre autres, le pétrole et son exportation par la seule voie maintenant disponible: le Québec.
    Le Canada a déjà dit non à l'Hydro-électricité du Québec dans les Maritimes,à T.N. et en Ontario pour des raisons de contrôle.
    Couillard en cédera-t-il une partie du contrôle à l'autel de la bonne entente entre Canadiens?
    Restons vigilants!

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 24 novembre 2015 06 h 37

    Protocole de Kyoto ?

    On se félicite du virage de l'Alberta ?
    On se félicitait au Canada de participer au protocole de Kyoto.
    Qu'est-il arrivé ? Le Canada l'a laissé tomber.

    Si le prix du pétrole par malheur devait revenir au prix de 2013, qu'arriverait-il au virage de l'Alberta ? Un petit dérapage à la première courbe.

    "Travailler de concert" on l'a entendu combien de fois ?
    Combien de fois l'ai-je entendu en 50 ans ? "travailler de concert" lol.

  • Claude Bariteau - Abonné 24 novembre 2015 07 h 37

    Le respect pour cacher du vide

    Le gouvernement canadien, si l'approche se confirme, se présentera à Paris d'ici peu en exprimant des objectifs généraux du genre :

    « Nous travaillons avec les provinces et les territoires pour faire baisser les GES. Nous avons des objectifs précis communs, qui rejoignent ceux recherhés, mais nous ne saurons les atteindre sans la participation active des provinces et des territoires. D'ailleurs, déjà trois provinces, le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannanique, participent à un régime peu connu de fixation du prix du carbone et une quatrième, l'Alberta, vient d'adopter un programme visant éradiquer les deux-tiers de sa production d'électricité en recourant au charbon. Nous entendons poursuivre dans cette direction, car c'est la seule qui aura des incidences. »

    Lorsqu'on lui demandera ce qu'il entend faire pour contrer le plus grand pollueur, soit le pétrole des sables bitumineux, la réponse sera : « nous y travaillons de deux façons : 1) en faisant baisser l'émanation de GES lors de l'extraction et en contrebalançant leur taux par le recours à l'électricité et aux autres élergies renouvelables d'ici 2030 ».

    Si un pays fin finaud en veut plus. La réponse est déjà prête : « Nous devons composer avec les provinces et les territoires et nous sommes prêts à faire état de nos accords et des résultats obtenus en tout ».

    C'est ce genre de propos qui m'apparaissent ceux qui seront véhiculés, car, avec eux, le Canada se présentera un pays qui n'a rien de ce qu'il est en matière de pollution et est dans la bonne voie avec des provinces qui commercent la pollution et une autre qui tirera avantage des sables bitumineux et entend tasser le recours au charbon pour produire de l'électricité.

    Pourquoi ? Tout simplement parce que le Canada est coincé avec les sables bitumineux pour au moins vingt ans et entend les utiliser pour des entrées de fonds et recycler ses secteurs de production en Ontario.

  • Raymond Lutz - Inscrit 24 novembre 2015 07 h 41

    Truffée de symboles?

    Oui c'est justement que ça qu'ils n'ont à nous offrir: du vent, des symboles, des sourires creux. Alors qu'ils planifient l'exploitation pétrolifère qui nous mènera à l'extinction (selon le climatologue de la NASA James Hansen quand il s'opposait à KXL). Et les journalistes jouent le jeu en évoquant une héroine !

    C'est ça votre solution? Taxer le carbone alors qu'il faudrait le capter? Taxer les corporations alors que Volkswagen réussi à produire en cachette et en tout impunité une substance dont les niveaux élevé sont INTERDITS ? Vous me faites rire ou pleurer, je ne sais plus.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 novembre 2015 07 h 47

    Ne pavoisons pas tout de suite

    L'Alberta tient toujours à nous rentrer Énergie-Est dans la gorge, sans compensation pour le Québec.