«Le djihad, c’est sexy»

Abdelhamid Abaaoud, décrit comme l’architecte des attentats de Paris, a été tué par la police mercredi.
Photo: Agence France-Presse/HO/Dabiq Abdelhamid Abaaoud, décrit comme l’architecte des attentats de Paris, a été tué par la police mercredi.

Ils rêvent d’aventure, de révolution, de changer le monde. Et ils deviennent terroristes. Pour les djihadistes comme Abdelhamid Abaaoud, décrit comme l’architecte des attentats de Paris, qui a été tué par la police mercredi, mourir en martyr devient l’ultime consécration.

Les jeunes hommes âgés de 15 à 30 ans sont les plus susceptibles de tomber dans le piège des groupes radicaux qui prônent la violence. À part ces deux points en commun — ils sont jeunes et ce sont des gars —, il n’existe aucun profil type du candidat à l’extrémisme violent, souligne Jocelyn Bélanger, professeur au Département de psychologie de l’UQAM.

« Au fil des ans, il est devenu clair que le profilage s’appuyant sur des données démographiques tels le statut socio-économique, l’origine ethnique, l’appartenance religieuse ou la scolarité est scientifiquement insatisfaisant », écrit le chercheur dans un petit guide de dépistage du radicalisme violent publié jeudi. Lui et ses collègues ont produit cette Trousse de renseignements sur l’extrémisme violent pour aider les parents ou les professeurs à repérer les jeunes tentés par le terrorisme.

La publication de ce document ne pouvait mieux tomber, moins d’une semaine après la série d’attentats qui a secoué Paris. Des jeunes comme Abdelhamid Abaaoud, 28 ans, il y en a par dizaines au Canada et au Québec. De toutes les origines ethniques. Au moins 130 Canadiens sont allés combattre aux côtés du groupe armé État islamique en Irak et en Syrie, selon les services de renseignement canadiens. Un estimé conservateur, croit Jocelyn Bélanger. Ces jeunes risquent de revenir incognito et de commettre des attentats en sol canadien.

Pour ces djihadistes, la guerre contre les valeurs occidentales représente un idéal imaginé, une forme de révolution, et ils rêvent de devenir des héros comme Che Guevara en son temps. Ces jeunes cherchent à donner un sens à leur vie. Et les groupes radicaux ou violents leur permettent de faire des gestes concrets pour ce qu’ils considèrent comme une juste cause.

« Les jeunes voient des vidéos de propagande bien produites qui célèbrent la violence, promettent l’accès à des femmes, des armes, des explosifs. Un des plus grands recruteurs en Grande-Bretagne affirme que le djihad, c’est sexy. Que le djihad, c’est une contre-culture. C’est un discours qui a du succès auprès des jeunes », dit Jocelyn Bélanger, qui a aidé à mettre sur pied le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, à Montréal.

Dans plus des deux tiers des cas, les jeunes se sont joints à un groupe violent par l’intermédiaire d’un ami, d’un membre de la famille élargie ou d’une autre connaissance. Le groupe devient pour eux une nouvelle famille, explique Jocelyn Bélanger. Ils abandonnent leur réseau habituel d’amis. Ils renoncent à leurs activités préférées, comme un sport ou un loisir.

Les parents et les autres proches peuvent aider leurs enfants à rester loin du radicalisme violent en les aidant à comprendre le fonctionnement d’Internet. En leur expliquant comment décoder ce qu’on voit sur le Web. En leur donnant les clés d’un discours critique.

Et il y a toujours de l’espoir pour ceux qui tombent dans le radicalisme violent : moins de 3 % des combattants djihadistes de Singapour, des Tigres tamouls du Sri Lanka ou des néonazis allemands ont récidivé après avoir été déradicalisés dans un centre spécialisé, explique le professeur.

Les jeunes voient des vidéos de propagande bien produites qui célèbrent la violence, promettent l’accès à des femmes, des armes, des explosifs

L’histoire foisonne d’exemples où des gens dits “radicaux”, travaillant à contre-courant des idées politiques en place, ont réussi à faire progresser la société de façon démocratique et non ­violente. Gandhi était un radical!

6 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 20 novembre 2015 01 h 21

    Sexy?!

    Comment peut-on trouver cela sexy? Surtout après les horreurs commisses la semaine dernière en phrase. Je trouve cet article de très mauvais goût.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 novembre 2015 13 h 31

      Peut-être que l'auteur de l'article s'est fait mal comprendre ou n'a pas réussi à bien s'exprimer...Parfois le titre est mal choisi...

      Le hic pour moi c'est lorsqu'il (l'auteur) a parlé de Che Gevara, en faisant un parallèle (héros) avec les djihadistes ... hum!

      Ce guide devrait être remis aux enseignants et aux parents...comme livre de chevet afin de détecter ...les symptômes

      Je crois que les 18/25 ans , sauf rares exceptions, ne sont pas perméables aux "mises en demeure" venant des leurs "proches" que ce soit oralement ou/et surtout, dans un guide (lecture obligatoire ou non) 40% d'analphabètes fonctionnels au Québec....On est encore à l'âge du: "oui, je sais"

      Un spécialiste du terrorisme serait plus en mesure de répondre aux questions des jeunes par exemple lors d'un cours dispensé en atelier ...
      en groupe...Et le choix de ce spécialiste est crucial...jeune, bien articulé et crédible.

  • Yves Corbeil - Inscrit 20 novembre 2015 08 h 44

    Moi c'est des articles comme le vôtre et plusieurs autres choses qui circulent au sujet de tout ça que je trouve pas sexé.

    Le matin j'ouvre ma tv et j'ai la météo de Paris au lieu d'avoir la mienne ici, on nous donne pratiquement la couleur des bobettes des détraqués qui commentent ces atrocités. Un moment donné il faudra repensé l'info et la publicité qu'on leur fait. Ils n'ont plus à faire des vidéos sur le net pour leur recrutement l'info le fait pour eux. Trop, vraiment trop, c'est comme pas assez. Une semaine non stop, le reste a disparue, quand j'étais jeune, on savait pas ce qui se passait ailleurs ou presque, aujourd'hui je me demande ce qui restera dans le cerveau des ti-culs qui sont pas aveugles et sourds face à tout ça. Une étude à venir dans dix, vingt ans et un autre problème à médicamenté.

    Sexé ah oui bien sexé.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 20 novembre 2015 09 h 20

    Jeunes en quête de sens...

    Certains jeunes chômeurs sont si désoeuvrés qu'ils n'hésitent pas à s'embarquer dans n'importe laquelle aventure pour donner un sens à leur vie. Malheureusement l'Islam radical, avec son idéologie tordue, leur donne une raison de vivre qui vient combler un profond vide existentiel. Leur mal de vivre trouve dans les opérations de D.a.e.c.h. une façon de remplir ce vide et de trouver une raison d'être. Aller tuer du mécréant et se faire sauter au nom d'Allah, quel beau projet de vie, en effet ! Pourtant, ce ne sont pas les occasions d'être utiles à la société qui manquent. Qu'a-t-il d'alléchant d'aller se faire tuer ou de se faire suicider au nom d'Allah ? Ce n'est certainement la promesse de construire un futur meilleur ni un monde plus humain qui attire ces jeunes...Ne serait-ce pas plutôt l'attrait de l'excitation animale, élevant le taux d'adrénaline dans le sang, exacerbant les sens comme une drogue qui rend invulnérable. Chercher à dominer l'autre en le terrorisant, exercer sur lui un pouvoir sans retenue, lui faire mordre la poussière, le combattre, le ridiculiser, quel beau projet de vie en effet ? Ce faisant, le guerrier se donne l'impression d'avoir de la personnalité et d'être utile, sinon à sa société, du moins à son dieu de guerre, Allah, dont il connaît, semble-t-il, les souhaits. Mais que gagneront vraiment ces combattants d'Allah, en remerciement pour leur implication guerrière ? Ils n'auront même pas droit à une médaille de bravoure, ni à une place au cimetière, ni à un coquelicot, ni à un souvenir. Ils ne sont au fond que de la chair à canon en soutien à une idéologie qui ne contribue aucunement à une plus grande évolution de l'humanité. Au contraire leurs corps déchiquetés ne serviront à rien d'autre qu'à servir de nourriture aux nombreux animaux et bestioles qui peuplent Dame nature. Au moins ils auront servi à ça, contribuer à la chaîne alimentaire de Dame nature. Ça n'aura été au fond que leur seule raison d'être, le seul sens donné à leur vie.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 novembre 2015 09 h 29

    La déradicalisation n'a jamais fait ses preuves

    L'auteur termine son texte en écrivant : "moins de 3 % des combattants djihadistes de Singapour, des Tigres tamouls du Sri Lanka ou des néonazis allemands ont récidivé après avoir été déradicalisés dans un centre spécialisé, explique le professeur."

    En réalité, 3% ont DÉJÀ récidivé. Rien ne prouve que les autres ne sont pas autre chose que des cellules dormantes.

    Les pays scandinaves ont des programmes de déradicalisation depuis des années. Ce qui n'a pas empêché les attentats de Copenhague et la tuerie causée par Anders Behring Breivik en Norvège.

    Le problème principal est d'empêcher la diffusion du wahhabisme et de l'idéologie de l'État islamique auprès de jeunes qui ne sont pas encore identifiés comme radicaux.

    Or le gouvernement Couillard refuse d'agir au nom de la liberté de religion (puisque le wahhabisme en est une).

    Les fanatiques religieux ont encore de beaux jours devant eux.

  • Yvan Paré - Abonné 20 novembre 2015 10 h 30

    article très pertinent

    merci pour cet article. C'est éclairant