L’objectif réel d’Ottawa prendra plus de temps

La promesse libérale de faire venir 25 000 réfugiés syriens « parrainés par l’État » ne sera pas remplie avant le 31 décembre : le gouvernement se donne quelques mois de plus pour atteindre cette cible, a appris Le Devoir. Les réfugiés qui arriveront avant la nouvelle année seront entre autres parrainés par des organismes privés.

Le gouvernement fédéral a ainsi confirmé mercredi que plusieurs milliers de réfugiés faisant partie de la cohorte des 25 000 attendus avant 2016 sont en fait des déplacés qui seraient venus au Canada peu importe les résultats de l’élection du 19 octobre.

« Les demandes de parrainage provenant du secteur privé [généralement des familles qui font affaire avec des organismes] font partie de notre objectif à court terme », a expliqué Nancy Chan, porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Impossible de savoir exactement quel sera le ratio de réfugiés parrainés par le privé ou par l’État. Le ministère soutient ne pas « avoir plus de précisions à donner pour l’instant ». Mais au Québec, plus de 60 % de l’objectif du fédéral (5750 personnes) est déjà atteint grâce au parrainage privé (2600 personnes) et à celui du gouvernement provincial (1050 personnes), calcule le ministère québécois de l’Immigration. Le volume supplémentaire de réfugiés qui arriveront d’ici la fin de l’année grâce au plan Trudeau ne devrait pas excéder 2100 personnes.

Deux volets

Dans les faits, l’objectif gouvernemental de 25 000 réfugiés se décline ainsi en deux volets. Le premier vise bel et bien l’arrivée d’autant de réfugiés avant le 31 décembre… mais en profitant du travail fait par les provinces et des organismes privés à travers le pays. « La plupart des réfugiés seront parrainés par le gouvernement », mais pas tous, reconnaît Mme Chan.

D’autre part, la promesse maintes fois répétée de Justin Trudeau d’accueillir 25 000 réfugiés « pris en charge par l’État » sera quant à elle tenue… à une date non précisée. Une partie des réfugiés parrainés par Ottawa arrivera avant le 31 décembre, et l’autre partie « arrivera pendant la nouvelle année, pour éventuellement atteindre l’objectif de 25 000 réfugiés parrainés par le gouvernement », précise le ministère.

Ces détails suggèrent que la pression immédiate mise sur le processus de sélection et de vérification des dossiers de réfugiés sera plus légère de quelques milliers de cas.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a par ailleurs confirmé mercredi que les dossiers de tous les réfugiés seraient épluchés et qu’aucun d’entre eux ne profitera d’une vérification allégée.

Les demandeurs d’asile seront rencontrés en entrevue, les données biométriques seront contrôlées, leur passé corroboré dans des bases de données canadienne et internationale. « Nous détaillerons les différentes étapes de contrôle quand le plan complet sera annoncé. Mais ce sera robuste et nous voulons nous assurer que la qualité de la vérification de sécurité, au final, est au rendez-vous », a-t-il dit en point de presse.

Ce processus de contrôle prend actuellement 12 à 18 mois. Il faudra attendre ladite annonce officielle pour préciser les délais anticipés. « Mais ce sera beaucoup, beaucoup plus court », a certifié M. Goodale. Le ministre avait évoqué la possibilité la semaine dernière qu’une part des vérifications soit menée une fois les réfugiés en sol canadien. « Notre objectif est d’accomplir la plus grande part du travail avant que les nouveaux arrivants arrivent », a-t-il affirmé mercredi.

Quant aux populations ciblées par Ottawa, ce sera les « vulnérables, qui [soulèvent] le moins de questions [en matière] de sécurité, et des gens qui ont les meilleures chances d’avoir une intégration réussie », a expliqué le ministre.

Ottawa demeure globalement avare de détails sur la mécanique de l’opération, à six semaines de l’échéancier qu’il s’est fixé. Mercredi, Cogeco Nouvelles soutenait que la base de Valcartier pourrait accueillir 500 réfugiés dès le 1er décembre. La base de Trenton en recevrait pour sa part 1000. Le ministre Goodale a refusé de commenter ces informations.

Beaucoup de questions demeurent aussi sans réponse pour les élus des municipalités québécoises qui recevront des réfugiés. Une dizaine de maires de grandes villes ont d’ailleurs discuté de l’accueil des réfugiés lors d’une conférence téléphonique mercredi midi. « On a tous des questions, mais tout le monde veut que ça fonctionne. La finalité, ce n’est pas le nombre ou la date, mais que ça se passe bien dans nos villes, autant pour les réfugiés que pour nos citoyens », a expliqué la mairesse de Longueuil et présidente du caucus des grandes villes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Caroline St-Hilaire.

De son côté, la Ville de Montréal a embauché l’ex-sous-ministre à Immigration Canada, Michel Dorais, afin de coordonner l’accueil des réfugiés.

Avec Jeanne Corriveau

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 novembre 2015 15 h 27

    Permettre au simple citoyen d'accueillir

    Je crois deviner que des centaines de Québécois, sans aucun lien de parenté avec les réfugiés, seraient désireux d'en accueillir dans leur maison privée, en aménageant leur suis-sol ou autrement.

    Il serait peut-être utile de permettre à cette générosité de s'exprimer, par le biais d'un site web où on pourrait s'inscrire.