Le déficit libéral déjà plus copieux qu’anticipé

Sitôt arrivé au pouvoir, sitôt accablé par les mauvaises nouvelles économiques. Justin Trudeau devra composer avec des déficits plus imposants que promis en campagne électorale s’il respecte son programme, car l’économie canadienne s’est encore détériorée, selon le Directeur parlementaire du budget (DPB). Les manques à gagner pourraient être jusqu’à 11 milliards de dollars plus imposants que prévu.

La croissance de l’économie ne sera pas aussi généreuse qu’anticipée au cours des quatre prochaines années, conclut le bureau du DPB, en grande partie à cause de la chute du prix des matières premières. Évidemment, le pétrole est en cause, lui dont le prix projeté à 54 $US n’a finalement été que de 46 $US pour le troisième trimestre de 2015. Mais les autres ressources non énergétiques sont encore plus en cause. Le prix annualisé des métaux et minéraux a chuté de 17 % à cause du ralentissement de l’activité économique mondiale.

« C’est une pause dans notre croissance économique, et on voit donc une détérioration de la situation fiscale pour le gouvernement, tempère Mostafa Askari, le directeur parlementaire adjoint du budget. C’est pire que ce à quoi on s’attendait, mais ce n’est pas un désastre. »

Cette reprise économique freinée fait en sorte que les surplus budgétaires qui avaient été anticipés pour les quatre prochaines années par Ottawa se transforment en déficits d’une valeur moyenne annuelle de 4,3 milliards de dollars. Et ce, avant même que soient comptabilisées les importantes dépenses que le nouveau gouvernement libéral a promis de faire.

Ainsi, les libéraux, en s’appuyant sur les projections d’avril du DPB, avaient prévu d’enregistrer des déficits d’un peu moins de 10 milliards par année pendant deux ans, puis de presque 6 milliards de dollars avant de retourner à l’équilibre en 2019-2020. La différence entre les prévisions d’avril du DPB et celles de mardi fait en sorte que les déficits libéraux pourraient plutôt atteindre 13,5 milliards la première année, puis 16,4 milliards, 14,1 milliards et encore 11,2 milliards de dollars en 2019-2020 — année électorale — au lieu du retour à l’encre noire. Le DPB n’a pas encore refait l’exercice en prenant en compte le programme libéral, mais déjà M. Askari tranche : « On peut dire que s’ils s’en tiennent à leur plan, il leur sera difficile de retourner à l’équilibre budgétaire en 2019-2020. »

Chiffres dénoncés

 

Le nouveau ministre des Finances, Bill Morneau, n’a pas voulu se prononcer sur ces chiffres, estimant qu’il était « prématuré » pour lui de faire un commentaire. Il attendra la mise à jour économique du ministère des Finances, qui sera présentée d’ici Noël.

Son collègue à l’Immigration, John McCallum, économiste de formation, a été plus volubile. « Vous savez pourquoi le déficit est plus important ? Parce que l’économie est plus fragile. C’est le Directeur parlementaire du budget qui le dit. Alors ne pensez-vous pas que si l’économie est encore plus fragile que prévu, c’est le temps par excellence pour que le gouvernement du Canada fasse tous ces investissements en infrastructures qui créent de l’emploi ? […] Ce rapport vient donner raison à notre programme libéral. » Le Parti libéral a promis de réinvestir 10 milliards de dollars par année, dont la moitié en infrastructures, plutôt que de chercher l’équilibre budgétaire à tout prix.

L’opposition conservatrice a été prompte à dénoncer ces chiffres, y voyant la preuve que les déficits sont toujours plus grands que prévu. « Le DPB a confirmé exactement ce que nous disions pendant la campagne électorale », a fait savoir Tony Clement par voie de communiqué de presse. « Les libéraux ont dit aux Canadiens qu’ils accuseraient des déficits de 10 milliards par année. Le DPB a dit aujourd’hui qu’ils ont déjà un manque à gagner de près de 13 milliards. Nous voulons savoir comment les libéraux vont éviter de sombrer plus loin dans l’abîme financier. »

Le NPD a exhorté le gouvernement à s’inspirer de son propre programme et d’augmenter le taux d’imposition des sociétés pour augmenter les revenus d’Ottawa.

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