La reine cède le pas à Pellan

À changement de gouvernement, changement de décoration : la gigantesque photo de la reine Elizabeth II qui ornait le mur de l’entrée principale du ministère des Affaires étrangères à Ottawa a été enlevée lundi, au profit des deux tableaux d’Alfred Pellan qui avaient été décrochés du même endroit en 2011.

La décision a été prise par le nouveau ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion. « Je pense qu’il est tout à fait approprié que nous saisissions chaque occasion de mettre en évidence le meilleur de la culture du Canada dans toutes nos installations gouvernementales, tant au pays qu’à l’étranger », a-t-il justifié dans un communiqué.

M. Dion estime que « la décision de réinstaller [les] deux tableaux historiques dans l’entrée principale de l’édifice Lester B. Pearson ne doit en aucun cas être interprétée comme diminuant de quelque manière que ce soit le respect à l’égard de Sa Majesté. Ces peintures étaient présentes à cet endroit bien en vue lorsque la reine Elizabeth a inauguré l’édifice en 1973, a-t-il rappelé. Je suis certain qu’elle ne serait en aucun cas déçue de les voir reprendre leur place comme symbole pertinent de l’histoire et de la culture du Canada. »

En 2011, le ministre John Baird avait profité de la visite du prince William et de son épouse Kate Middleton pour faire installer un portrait de la reine — dans les faits, une copie d’un portrait original datant de 2002. Le « mur de la souveraine », son nom officiel, visait à souligner le jubilé de diamant d’Elizabeth II (2012). L’affaire avait soulevé la controverse.

Après leur mise au rancart, les deux tableaux de Pellan (Canada Est et Canada Ouest, qui présentent une histoire du pays) ont passé quelques mois en exposition au Musée national des beaux-arts du Québec. En 2014, ils ont refait surface à l’édifice Pearson, mais dans une salle d’attente. Des documents dévoilés en 2012 ont montré qu’Ottawa a brièvement étudié l’idée de les vendre, mais sans suite.

Offensive royale

La décision des conservateurs d’imposer le portrait de la reine aux visiteurs du ministère des Affaires étrangères avait été suivie de plusieurs autres du même ordre. En septembre 2011, toutes les ambassades, les hauts-commissariats, les consulats et les missions diplomatiques avaient ainsi reçu la consigne d’afficher bien en évidence un portrait royal qu’Ottawa fournissait.

Lundi, une source au ministère rappelait que « c’est le gouverneur général qui représente la reine à l’étranger, pas la reine — qui représente le Royaume-Uni ». Mais aucune directive n’a été envoyée pour changer les directives de 2011.

En juin 2012, un immense tableau (Androgyny) du peintre autochtone Norval Morrisseau avait pour sa part été remplacé par un portrait de la reine dans la prestigieuse salle de bal de Rideau Hall, où se tiennent les cérémonies d’assermentation des ministres et plusieurs grandes cérémonies officielles.

Ce souci conservateur de réaffirmer les liens du Canada avec la monarchie s’était aussi exprimé dans le retour des appellations marine « royale » canadienne et corps d’aviation « royal » canadien. « Le rétablissement des désignations d’origine [abandonnées en 1968] permet de renouer avec la glorieuse histoire et les fières traditions », avait expliqué le ministre de la Défense, Peter MacKay.

Plusieurs avaient également vu dans l’attention portée aux célébrations du 200e anniversaire de la guerre de 1812 une volonté du gouvernement Harper de présenter les liens avec la monarchie comme un fondement de l’identité canadienne.

2 commentaires
  • Colette Pagé - Abonnée 9 novembre 2015 17 h 16

    Exit les photos de la Reine si chères à Stephen Harper !

    Bon débarras que cette photo de la Reine comme si le Canada était une colonie britannique. Espérons que le nouveau ministre appliquera la même politique pour faire disparaître la photo de la souveraine dans les ambassades tout en souhaitant que ces photos d'une autre époque soient bannis des billets de banque et des timbres.

    En guise de résistance je colle les timbres la tête en bas.

    • Michel Thériault - Abonné 9 novembre 2015 18 h 18

      " En guise de résistance je colle les timbres la tête en bas."

      M. Gélinas, je dois honteusement avouer que je n'y avais pas pensé !
      Je vais par contre remédier à la situation à la prochaine occasion.
      :-)