Sous l’oeil des vieux routiers

Du sang neuf, une nouvelle génération et des gens d’expérience forment le premier cabinet du premier ministre Trudeau.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Du sang neuf, une nouvelle génération et des gens d’expérience forment le premier cabinet du premier ministre Trudeau.
Des autochtones, des femmes, des sikhs, une première députée afghane. La diversité s’est déclinée sur tous les tableaux dans le tout premier cabinet Trudeau, qui a en outre fait une grande place à de nouvelles recrues. Le tout en retranchant dix ministres du précédent Conseil. Comment a-t-il réussi cette quadrature du cercle ?
 

Justin Trudeau a réduit la taille de son cabinet à 30 ministres. De ce nombre, 18 sont de nouvelles recrues en politique fédérale. Mais lorsqu’on décortique ce cabinet, il appert que ces responsabilités seront surveillées par l’oeil bienveillant de routiers plus expérimentés.

Les libéraux ont réalisé une première cette semaine en nommant une femme autochtone, Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice. Procureure, ex-chef de l’Assemblée nationale des Premières Nations de la Colombie-Britannique, elle participera notamment à la mise sur pied d’une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Elle sera épaulée dans cette tâche par sa collègue aux Affaires autochtones, Carolyn Bennett, députée depuis 1997 qui fut ministre d’État à la Santé publique sous Paul Martin.

Ce pairage d’un ministre novice avec un collègue plus chevronné se répète dans d’autres domaines. Ainsi, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, s’attaquera aux changements climatiques et à la réduction de gaz à effet de serre en vue de la Conférence internationale de Paris en décembre. Mais son collègue aux Affaires étrangères, Stéphane Dion, fera une partie du travail diplomatique sur la scène étrangère. M. Dion présidera en outre le comité du cabinet sur l’environnement.

Idem au comité responsable du Conseil du trésor, où le ministre responsable, Scott Brison, présidera les rencontres. Le nouveau ministre des Finances, Bill Morneau — un homme d’affaires bien connu à Bay Street mais néophyte en politique —, siégera à ce même comité, mais la vice-présidence a été confiée à un autre vétéran, l’ex-ministre du Revenu John McCallum.

Bien que M. Morneau ait hérité d’un des plus importants portefeuilles, c’est M. Brison — qui a été ministre des Travaux publics pour Paul Martin — qui se chargera de surveiller la distribution des fonds alloués dans les budgets Morneau.

Autre dossier chaud dans les prochains mois, la fin de la mission de bombardement contre le groupe État islamique au Moyen-Orient. Là encore, Stéphane Dion assistera un collègue recrue, le lieutenant-colonel Harjit Sajjan, à qui M. Trudeau a confié la Défense nationale.

Cette approche transversale au sein du cabinet Trudeau compte cependant un contre-exemple : le nouveau venu québécois Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, chapeautera le travail de ses collègues MaryAnn Mihychuk — Emploi, Développement de la main-d’oeuvre et Travail — ainsi que Carla Qualtrough — responsable des Sports mais aussi des Personnes handicapées. Mme Mihychuk et Mme Qualtrough sont aussi novices de l’appareil fédéral, mais la première a été ministre au Manitoba notamment de l’Industrie, du Commerce et des Mines. M. Duclos, économiste de renom, n’a aucune expérience gouvernementale.

L’autre marque de commerce du premier cabinet de Justin Trudeau est sa sveltesse. Le premier ministre a réduit du quart la taille de l’équipe exécutive par rapport à sa dernière mouture conservatrice. Pour y parvenir, il a fait disparaître certaines responsabilités et en a fusionné d’autres, avec pour résultat que certains ministres se retrouvent avec des supertâches.

Ainsi, le whip, sorte de préfet de discipline qui gère notamment les présences à la Chambre des communes, n’est plus considéré comme un ministre. Le poste de ministre associé à la Défense, que Stephen Harper avait créé pour rétrograder Julian Fantino en douce, a été amalgamé avec celui des Anciens Combattants.

M. Trudeau a aussi fait l’économie de trois ministres grâce aux agences de développement économique régionales, qui versent d’importantes subventions. Trois de ces six agences étaient, dans le dernier gouvernement Harper, confiées à des ministres dont c’était la seule tâche : Diversification de l’économie de l’Ouest, l’Agence fédérale de développement économique pour le sud de l’Ontario et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique. Les trois autres, pour le Grand Nord, le Québec et le nord de l’Ontario, avaient été chacune confiées à des ministres détenant d’autres fonctions. Dans le cabinet Trudeau, toutes ces agences tombent sous la responsabilité du seul ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique (auparavant Industrie), Navdeep Bains, qui aura du coup beaucoup de pain sur la planche.

Enfin, trois postes de ministres d’État (Aînés, Finances et Affaires étrangères, ces deux derniers dédoublant des ministres en titre) ont été abolis. Le ministre d’État au Multiculturalisme a disparu aussi, cette fonction étant ramenée sous le giron du Patrimoine, que dirige Mélanie Joly.

Notons à ce sujet que l’appellation « ministre d’État », qui désignait une fonction subalterne moins rémunérée, n’existe plus. Tous les ministres de M. Trudeau le sont à part entière, avec le droit d’assister à toutes les réunions du cabinet, avec un pouvoir de signature et les 80 100 $ de rémunération (au lieu de 60 000 $ pour les ministres d’État).

Dans l’équipe libérale, on reconnaît ne pas savoir encore comment, d’un point de vue administratif, transformer en postes de ministres ceux qui étaient auparavant considérés comme subalternes : Petite Entreprise et Tourisme, Institutions démocratiques, Sports, Sciences et Condition féminine. On assure qu’on trouvera un moyen, quitte à rétablir rétroactivement le salaire de leurs détentrices. Car tous ces postes sont occupés par des femmes. Aucun homme n’occupe une fonction qui était auparavant considérée comme relevant d’un ministre d’État.

Grande restructuration

D’autres changements de structures dans l’appareil de l’État sont à noter. Postes Canada, qui relevait des Transports, est désormais sous la férule de Judy Foote, ministre des Services publics et de l’Approvisionnement. Les relations de travail, la protection des fonctionnaires dénonciateurs et la Commission de la fonction publique lui échoient également, plutôt qu’au président du Conseil du Trésor. Quant aux traditions, Justin Trudeau a rompu avec celle consistant à désigner un de ses ministres lieutenant québécois. Même le premier ministre Jean Chrétien, qui représentait pourtant lui aussi le Québec, en avait un. M. Trudeau s’est en outre gardé la responsabilité des Affaires intergouvernementales.

Le cabinet Trudeau est par ailleurs un des plus diversifiés de l’histoire. Il compte dans ses rangs deux autochtones, quatre sikhs et une musulmane. C’est d’ailleurs la première fois que l’islam compte un de ses fidèles dans le cabinet canadien. Les ministres de M. Trudeau maîtrisent plus de 10 langues à eux tous : outre l’anglais ou le français, ils parlent le farsi, le dari, l’arabe, le punjabi, l’hindi, l’ourdou, l’ukrainien, le polonais et l’italien.

2 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 7 novembre 2015 07 h 31

    Parlent-ils tous le français?

    vu que ce sont des ministres, je l'espère, mais j'ai de très sérieux doutes là-dessus. Au kanada, il est supposé, j'écris bien supposé, y avoir 2 langues officielles, le français et l'anglais. J'ai de très sérieux doutes que Trudeau en ait tenu compte dans son choix de ministres. Ce sera l'anglais qui primera; combien gagez-vous là-dessus?

  • François Dugal - Inscrit 7 novembre 2015 07 h 40

    Souvenirs, souvenirs.

    Les "vieux routiers" du PLC sont les vétérans du scandale des commandites et des mesures de guerre.
    Exit le peuple fondateur et bonjour à l'ethnie folklorique et, surtout, minoritaire.