Le temps des applaudissements

Nul doute que les critiques viendront un jour. Mais pour le moment, la première grande décision de Justin Trudeaula formation de son cabinet paritaire — a été largement applaudie à travers le Canada.

Un cabinet « remarquable », très symbolique, a écrit le Globe and Mail en éditorial. Il y a là la promesse de « réalisations concrètes », pense le quotidien.

La composition de l’ensemble dénote un bon doigté. Il aurait été facile, en voulant respecter les critères de sélection de Trudeau (parité, diversité), d’aboutir à un cabinet très « politiquement correct », dit-on. Or, les choix du premier ministre démontrent qu’il a surtout choisi au mérite, en se basant sur l’expérience professionnelle et personnelle des candidats plutôt qu’à l’expérience politique : ainsi, les deux tiers des membres du cabinet n’ont jamais siégé à Ottawa.

Mêmes échos dans le Toronto Star, où on estime que le cabinet représente bien le visage du Canada actuel… et illustre combien ce pays a changé depuis la formation du premier gouvernement de Pierre Trudeau, en 1968 : aucune femme ne siégeait alors au cabinet, rappelle le Star.

Les élus forment une équipe crédible et pleine de talent, pense l’équipe éditoriale du plus gros quotidien canadien. C’est le cabinet de la diversité et de l’inclusion, mais surtout du renouveau, ajoute-t-elle. Les C.V. des ministres montrent des parcours variés et imposants : c’est là tout un contraste avec les cabinets de Stephen Harper, où les ministres étaient trop souvent « médiocres et soumis » à la volonté du chef, dit-on.

Le Star se félicite aussi de voir la grande région de Toronto aussi fortement représentée, avec sept ministres à elle seule (Morneau, Freeland, McCallum, Bennett, Philpott, Duncan, Bains) — soit autant que le Québec. Cela assurera une voix forte au coeur économique du pays. Le quotidien pense toutefois que la forte représentation québécoise (sept personnes en comptant le premier ministre) est une « bonne chose pour la cohésion sociale » du pays.

Certains estiment que les Québécois auraient pu obtenir des ministères plus importants : le Star relève au contraire que Stéphane Dion (Affaires étrangères) et Marc Garneau (Transports) joueront un rôle de premier plan, alors que les autres ont hérité de ministères qui touchent à plusieurs priorités des libéraux.

Justice sociale

Dans le même journal, la chroniqueuse Carol Goar a d’ailleurs consacré un texte complet à l’arrivée de Jean-Yves Duclos comme ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social. Elle applaudit la décision de Justin Trudeau d’ainsi nommer clairement un ministre responsable de la justice sociale. Le message est clair : aider les familles à améliorer le sort de leurs enfants, à sortir de la pauvreté, à se loger et à trouver des emplois est un travail en soi.

Le choix de Duclos lui semble bon. C’est un chercheur qui a beaucoup réfléchi et écrit sur les causes de la pauvreté et des inégalités, et qui se définit davantage comme philosophe que comme économiste, dit-elle. Duclos voit un lien naturel entre justice sociale et développement économique : c’est une bonne nouvelle pour le Canada, suggère Goar.

Autre son de cloche positif, cette fois dans le National Post : Andrew Coyne parle d’un bon groupe de ministres, sans faiblesse apparente, et d’un cabinet qui récompense d’abord le mérite. Il qualifie de « surprise joyeuse » la nomination de Stéphane Dion, et parle de Bill Blair et Andrew Leslie comme des grands oubliés.

Coyne s’attarde ensuite à la question de la parité, écrivant que le débat n’a jamais été de savoir si assez de femmes sont qualifiées. Si on a autant parlé de la répartition 50-50 du cabinet, c’est parce que Justin Trudeau en a fait un enjeu, dit-il. Autrement, il aurait pu nommer 80 % de femmes sans le souligner et personne n’aurait trouvé à redire, écrit Coyne.

Toutefois, il remarque que le souci d’être paritaire ne s’est pas étendu à la formation des comités du cabinet. Sept de ces dix comités seront en effet présidés par des hommes. De manière générale, les hommes sont majoritaires dans huit comités. « Je ne peux imaginer comment, en 2015, le premier ministre peut possiblement expliquer cet écart. Sûrement pas parce qu’il n’y avait pas assez de femmes qualifiées », écrit Andrew Coyne.

Nouveau climat

Sur le site du magazine The Walrus, l’auteur et journaliste Chris Turner se disait ému de voir que le gouvernement Trudeau accorde une place importante à la question des changements climatiques. C’est un renversement de situation complet après dix ans d’indifférence, pense-t-il.

Turner décompte : Catherine McKenna est ministre de l’Environnement et du Changement climatique ; Stéphane Dion — qui apparaît à la fois comme la conscience verte et l’éminence grise en matière environnementale chez les libéraux — présidera le comité du cabinet sur l’environnement en plus de représenter le Canada sur la scène internationale ; Kirsty Duncan, une scientifique spécialiste du changement climatique, est ministre des Sciences. Tout ça à l’aube de la plus importante conférence sur le climat depuis au moins dix ans, écrit Turner.

Il faudra juger ce gouvernement à ses actions, dit-il : mais déjà, la journée du 4 novembre 2015 peut être considérée comme le jour le plus important en matière d’action climatique depuis la signature de l’accord de Kyoto en 1997.

2 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 novembre 2015 06 h 52

    Anglos

    Tous ces beaux journaux anglos ont compris la manœuvre. Donnez des postes aux députés du Québec et ils se la fermeront.

    Vous souvenez-vous de leur réaction quand PKP a levé le poing ? Ça allait comme ceci : «Nous croyions qu’il était l’un des nôtres». Et, encore une fois, ce sont «eux» qui tombent dans le panneau. Les «aspirations» du Québec ne seront jamais «assouvies» dans ce système et ils rêvent en couleur s’il s’imagine que le débat est «clos».

    «Enfin, ils sont comme nous !» Euh… je ne crois pas. Leur manque de vision à long terme est sidérant.

    PL

  • J-Paul Thivierge - Abonné 7 novembre 2015 11 h 18

    Des promesses propres ou la réalité polluante.

    Ça fait à peine 3 jours que Stéphane DION a été nommé ministre des relations internationales
    que cet ancien prédicateur écolo environnementaliste
    a déjà commencé à déraper ;
    Il est bien triste que M Obama s'oppose à Keystone XL . ce sera un dur coup pour l'économie canadienne
    on doit cependant exporter pour notre propérité économique
    et les oléoducs sont plus sécuritaires que les autres moyens de transport pétroliers
    Il y a des risques énormes au transport pétrolier par wagons citernes de l'Alberta à l'Atlantique ...

    Selon moi , la prospérité économique du canada passerait par la transition énergétique ;
    du passage à la production et à l'utilisation efficace de l'énergie propre et renouvelable .