Une nouvelle chef peu loquace en français

Les troupes conservatrices — notamment Steven Blaney, derrière Rona Ambrose —, ont accueilli chaleureusement leur nouvelle chef intérimaire au sortir du caucus postélectoral, jeudi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Les troupes conservatrices — notamment Steven Blaney, derrière Rona Ambrose —, ont accueilli chaleureusement leur nouvelle chef intérimaire au sortir du caucus postélectoral, jeudi.

Les conservateurs ont tourné la page sur l’ère de Stephen Harper en choisissant d’élire Rona Ambrose pour diriger leur parti dans l’intérim. Une femme, qui a promis un changement de ton… mais qui vient de l’Alberta et qui a pris trois questions des médias avant de tourner les talons. L’ancien premier ministre est quant à lui revenu dire au revoir à ses troupes quelques minutes, avant de repartir aussi discrètement qu’il était arrivé.

À leur entrée au Parlement, les députés conservateurs semblaient unanimes : le ou la futur chef devait être bilingue. « C’est important », disait le nouveau député de Québec Gérard Deltell. « C’est primordial », partageait son collègue de la Vieille Capitale, Pierre Paul-Hus. Leurs camarades anglophones étaient du même avis. « Être capable de communiquer dans les deux langues officielles est très important », arguait le président de la Chambre, Andrew Scheer, à l’instar de l’ex-président du Conseil du trésor Tony Clement.

Mme Ambrose est-elle bilingue ? En anglais, la nouvelle chef s’est dite d’entrée de jeu enthousiaste d’entamer le travail en menant une forte opposition. « Nous serons une opposition efficace, constructive, optimiste, confiante », a-t-elle ajouté en français. Quelles seront ses priorités ? lui a-t-on demandé dans la langue de Molière. « La première fois [sic] c’est d’organiser notre équipe », a-t-elle répondu, en semblant avoir compris le sens de la question. « Nous avons une équipe très forte, particulièrement au Québec. Nous avons douze députés très forts au Québec qui ont été élus dans l’élection », a-t-elle affirmé, avant de poursuivre en anglais.

Ses troupes ont plaidé qu’elle était timide, face à une horde de journalistes. Elle se débrouillerait bien en privé, ont insisté les conservateurs, tout en convenant qu’elle pourra encore s’améliorer. « Son français est moins fort que son portugais, mais quand même, c’est important, et elle pourra s’adresser en Chambre en français », a indiqué Maxime Bernier. « Il y a différents degrés de bilinguisme, a défendu M. Deltell. Je suis satisfait. Elle va continuer de s’améliorer. »

 

Huit candidats

Les élus québécois lui auraient préféré selon M. Paul-Hus l’ex-ministre Denis Lebel — qui se présentait en tandem avec l’Albertaine Michelle Rempel. Huit candidats étaient dans la course pour succéder dans l’intérim à Stephen Harper en attendant l’élection d’un chef permanent, dans un an ou deux.

Mais tous ont applaudi l’élection de Mme Ambrose à leur sortie de cette première rencontre du caucus conservateur depuis l’élection. « Elle a de l’expérience dans l’opposition, de l’expérience en tant que ministre », a noté M. Bernier. Mme Ambrose est députée d’Edmonton depuis 2004. Elle a été ministre de l’Environnement, des Affaires intergouvernementales, du Travail, des Travaux publics, de la Santé et de la Condition féminine. C’est lorsqu’elle occupait ce dernier poste, en 2012, qu’elle a été fortement critiquée après avoir appuyé une motion proposant d’étudier le statut légal d’un foetus et à quel moment celui-ci devrait être considéré comme une personne aux yeux des lois sur l’homicide.

Peu d’appétit pour un bilan

Stephen Harper était de retour au Parlement pour s’adresser à son caucus. Il a de nouveau voulu assumer l’entière responsabilité de la défaite électorale et a appelé son parti à regarder désormais vers l’avant et à rester uni. Son passage s’est fait en catimini. Après un discours de 10 ou 15 minutes, il est reparti en empruntant le même ascenseur de service qu’à son arrivée.

Les conservateurs n’avaient pas non plus le coeur à l’introspection. « On peut pleurer pendant des mois, mais à un moment donné, il faut aller de l’avant », a lancé un sénateur.

Le parti analysera la campagne au cours des prochains mois. Mais déjà, certains députés qui ont été défaits le mois dernier ont quant à eux soulevé quelques pistes de réflexion. « Le conseil des ministres aurait pu être utilisé davantage pendant la campagne. Il aurait été avantageux de montrer que le premier ministre avait une équipe solide », estime l’ancien ministre des Finances Joe Oliver, qui a perdu aux mains des libéraux. « Il y avait une déconnexion entre ce que les Canadiens voulaient et ce qu’on offrait », croit Gary Goodyear. Plutôt que de n’entendre parler que de budgets équilibrés ou d’accords commerciaux, les Canadiens « voulaient peut-être entendre quelque chose de plus optimiste, savoir davantage ce qui leur viendrait en aide dès maintenant ou même demain », a analysé l’ex-ministre d’État, défait lui aussi.

Les députés qui ont perdu l’élection étaient de retour pour faire leurs adieux. Des discours émotifs, ont relaté leurs collègues, qui étaient tristes de les voir partir.

Le conseil des ministres aurait pu être utilisé davantage pendant la campagne

5 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 novembre 2015 03 h 52

    différents degrés

    «Il y a différents degrés de bilinguisme.»
    Il y a différent degrés de beaucoup de chose. Même qu'une chef de parti de l'Alberta se vante d'avoir plus de députés au Québec.

    PL

  • Bernard Dupuis - Abonné 6 novembre 2015 08 h 55

    Tomber des nues

    Pourtant, il n'y a rien d'extraordinaire à constater que le français est en servitude au Canada. Ce qu'il y a d'incroyable, c'est que la jeune journaliste semble le découvrir soudainement comme si elle tombait des nues.

    Bernard Dupuis, 6/11/2015.

  • Colette Pagé - Inscrite 6 novembre 2015 09 h 30

    Le peu d'importance du français !

    Comment expliquer que cette femme qui parle 4 langues ait décidé de faire du français une langue si peu maîtrisée. Se pourrait-il que ce choix soit révélateur du peu d'importance accordé au bilinguisme. Comme si parler français était moins important que parler l'allemand.

  • Michel Bernier - Abonné 6 novembre 2015 09 h 55

    Occasion ratée

    C'est une occasion ratée pour ce parti et les conservateurs progressistes. La raclée reçue a la dernière élection aurait due amener a une réflexion plus profonde et remettre en question les résultats de cette vision de noirceur et de peur continellement véhiculée par l'ancien gouvernement.
    Avec ce choix ce parti s'en retourne dans ses terres d'origine, l'ouest, et risque de ne plus jamais en sortir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 novembre 2015 13 h 28

    Tant mieux

    Ça nous fera moins de sottises à entendre.