Congés parentaux et de compassion - Le besoin justifie les intrusions, estime Liza Frulla

Ottawa - Que cela plaise ou non au gouvernement du Québec, Ottawa n'avait d'autre choix que d'aller de l'avant avec les nouveaux congés de compassion parce qu'une importante majorité de la population les réclamait, soutient la nouvelle ministre du Développement social, Liza Frulla.

«Quand 81 % des Canadiens, incluant les Québécois, demandent de faire quelque chose, c'est de notre devoir de réagir. Et si un ordre de gouvernement ne veut pas le faire, l'autre peut le faire et négocier», a indiqué Liza Frulla en entrevue avec Le Devoir hier. Selon elle, la situation était la même dans le cas des congés parentaux, instaurés par Ottawa mais contestés par Québec qui y voit une intrusion.

Sans prétendre que la volonté de la population constitue un feu vert pour le gouvernement fédéral pour entreprendre des programmes dans des domaines relevant des provinces, la ministre n'en pense pas moins que cela crée une obligation pour Ottawa d'agir. «Il n'y a rien qui empêche non plus de regarder [le programme] ensuite avec le Québec, de s'asseoir et de voir s'il veut le bonifier.»

Mme Frulla pense d'ailleurs qu'un règlement avec la province est imminent sur la question des congés parentaux. On se rappelle que le Québec, lors de négociations infructueuses, réclamait plus d'argent que n'en verse Ottawa aux nouveaux parents québécois sous prétexte que le Québec fait moins d'enfants que les autres provinces tout en contribuant autant à la caisse qui les finance. Mme Frulla croit que cet obstacle est levé: «C'était un argument péquiste!»

«Si le Québec veut par exemple étendre le congé parental aux travailleurs autonomes, si Québec veut [le] bonifier pour se coller à la loi qui a été déposée à l'Assemblée nationale, il va falloir que Québec investisse aussi.»

Paradoxalement, les congés parentaux et ceux de compassion (permettant à un travailleur de s'absenter jusqu'à six semaines pour prendre soin d'un parent en phase terminale) ne relèvent pas de Mme Frulla, mais plutôt de son collègue aux Ressources humaines, Joe Volpe. Le ministère du Développement des ressources humaines a été divisé en deux, mais les responsabilités de chacun se chevauchent parfois.

Pour cette raison, Mme Frulla se voit comme une facilitatrice dans les relations entre Québec et Ottawa dans ces dossiers litigieux. «Moi, je peux jouer un rôle d'intermédiaire, faciliter les rapports avec les gouvernements, surtout le Québec parce que j'entends les revendications québécoises, je les connais. Mais les leviers financiers dans ce cas-là ne relèvent pas de moi.»

La division en deux du gigantesque ministère n'est pas sans créer de drôles de situations. Par exemple, le ministère de Mme Frulla a hérité de la gestion de tous les bureaux locaux du DRHC, qui servent surtout de point de chute pour les chômeurs et les personnes en recherche d'emploi. Le programme d'assurance-emploi, pourtant, relève de Joe Volpe.

Mme Frulla reconnaît qu'il y a des «zones grises», mais elle pense que son expérience à Québec, alors qu'elle avait présidé au divorce de la Francophonie d'avec le ministère des Relations internationales, lui servira. «Diviser un ministère, ce n'est jamais facile.»

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N.D.L.R.
Précision publiée dans l'édition du 24 janvier 2004

À la suite d’un article publié dans Le Devoir mercredi, le bureau de la ministre Liza Frulla tient à préciser que cette dernière juge que les congés parentaux et les congés de compassion, dont il était question dans l’article, sont des interventions légitimes du gouvernement fédéral en vertu de son programme d’assurance-emploi et que, à ce titre, on ne peut parler d’intrusion dans les champs de compétence provinciaux.