Voyage en politique d'une habituée de la «classe affaires»

Belinda Stronach a commencé à s’intéresser de près à la politique au contact de Bill Clinton.
Photo: Agence Reuters Belinda Stronach a commencé à s’intéresser de près à la politique au contact de Bill Clinton.

Ottawa - Elle est femme, elle est jeune, elle est belle et, surtout, elle est riche. C'est assez pour se lancer à la conquête de la direction du Parti conservateur du Canada et, pourquoi pas, aspirer à devenir première ministre. Belinda Stronach, la fille de l'homme d'affaires millionnaire du même nom, a annoncé hier qu'elle se lançait dans la course au leadership du nouveau parti de droite. Elle se mesurera à Stephen Harper et à Tony Clement.

Mme Stronach est une inconnue de la politique canadienne. À 37 ans, elle est à la tête de l'entreprise bâtie par son père, Magna International, un géant mondial des pièces automobiles qui emploie 75 000 personnes et affiche un chiffre d'affaires de 12 milliards $US.

Mme Stronach n'a pas de diplôme universitaire en poche. Elle a abandonné son cours à l'âge de 19 ans et est entrée dans l'entreprise de son père à 22 ans. Elle a graduellement monté les échelons, jusqu'à devenir la présidente et chef de la direction il y a trois ans, empochant un salaire de 9,1 millions de dollars, en plus des primes.

Propulsée sur la scène des grands, elle a ainsi noué amitié avec l'ancien président américain Bill Clinton il y a trois ans. C'est à son contact qu'elle devrait son éveil politique, racontait un proche dans un quotidien torontois, ce week-end. Elle a rappelé que, lorsqu'elle a pris les commandes de Magna, à l'âge de 34 ans, certains avaient émis des doutes sur ses compétences puisqu'elle n'avait jamais dirigé d'entreprise. Elle confondra les sceptiques cette fois aussi, dit-elle. «Je suis nouvelle dans ce domaine, tout comme notre parti est nouveau pour les Canadiens.»

Elle aurait soutenu la «Révolution du bon sens» de Mike Harris, aurait appuyé la campagne au leadership allianciste du candidat défait Tom Long et aurait contribué au rapprochement de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur, aujourd'hui fusionnés.

Mme Stronach sait déjà qu'elle sera critiquée parce qu'elle provient d'un milieu cossu. C'est pourquoi elle a tant insisté sur le fait que son père était un immigrant arrivé d'Autriche avec seulement quelques dollars en poche avant de devenir le succès financier qu'il est aujourd'hui.

«J'ai grandi dans une famille d'immigrants. [...] Je suis allée à l'école publique. Je n'ai pas grandi avec une cuiller d'argent dans la bouche», a-t-elle lancé. Reste que Mme Stronach bénéficie d'un environnement financier des plus avantageux, et son adversaire dans la course, Stephen Harper, n'a pas manqué de le souligner hier. «C'est certain que, moi, je ne peux pas faire des chèques à ma propre campagne.»

Des idées connues

Dans un discours de lancement plutôt décousu prononcé à Aurora, près de Toronto, Belinda Stronach a étalé les idées et la vision politique qui la propulseront. Pour l'instant, on n'a droit qu'à de grands principes peu étayés et à des promesses non chiffrées. Son ordre du jour est tout à fait dans la lignée de celui d'un parti conservateur: réduction de la taille de la bureaucratie, diminution des taxes et impôts, amélioration de l'équipement militaire et des relations avec les États-Unis. «Donnons au Canada le système de taxation le plus compétitif au monde!», a-t-elle lancé à une foule en liesse.

Mme Stronach envisage d'abolir l'impôt sur les gains en capital, de rendre partiellement déductibles d'impôt les intérêts des hypothèques de même que les frais de scolarité post-secondaire. Elle n'a toutefois pas pu dire combien tout cela coûterait ni où il faudrait couper pour conserver un budget équilibré: son discours avait même parfois des allures de pensée magique puisqu'elle insistait pour dire qu'il faut «cuire une tarte économique plus grande» plutôt que, semble-t-il, la partager différemment. On sait par contre que l'appareil gouvernemental devra se faire plus léger. «Les coûts du gouvernement au Canada sont encore beaucoup trop élevés. [...] Le gouvernement est trop gros, il y a trop de paperasserie et les impôts sont trop élevés.»

En ce qui a trait aux relations avec les États-Unis, Mme Stronach se montre particulièrement sensible à la nécessité d'avoir un transit fluide à la frontière américaine. C'est pourquoi elle préconise la création d'un périmètre de sécurité nord-américain. C'est aussi pour cette même raison qu'elle s'oppose à la décriminalisation de la marijuana (à laquelle elle a déjà goûté au secondaire, a-t-elle avoué): «Quel sera l'impact sur notre économie? Sommes-nous prêts à ce que chaque véhicule soit arrêté à la frontière parce que les États-Unis n'auront pas adopté la même politique?»

En ce qui concerne la guerre en Irak, la candidate est beaucoup plus nébuleuse. Aurait-elle donné son feu vert à une participation canadienne? «J'aurais apporté mon soutien à notre voisin, mais il y a plusieurs façons d'apporter son soutien», a-t-elle répondu. Lorsque invitée à se montrer plus précise sur la question de l'envoi de troupes, elle s'est excusée en prétextant ne pas être «une experte en question militaire».

Mme Stronach risque quand même d'apparaître comme la candidate la plus progressiste sur le plan social. Sur la question du mariage entre conjoints de même sexe, par exemple, elle se dit en faveur de l'approche adoptée par le gouvernement libéral. Ces mariages devraient être légaux, mais les Églises devraient pouvoir décider lesquels elles célébreront.
1 commentaire
  • Anaëlle Dubuc - Inscrite 21 janvier 2004 17 h 35

    Rien de nouveau

    La présence de Mme Stronaach aux prochaines élections m'enlèverais tout espoir en la politique canadienne, fédérale et provinciale. Après Jean Charest et Paul Martin, voilà que des gens d'affaires, sans connaissance aucune pour la politique et la gestion publique, qui ont des visions purement économistes de l'appareil gouvernemental se lancent pour être Le Premier des ministres du Canada. Je trouve que c'est accorder bien peu d'importance aux fonctions et aux actions, aussi subtiles soient-elles, que doit exercer le dirigeant d'un pays.