Les leaders religieux demandent la liberté de conscience pour les médecins

Terrence Prendergast, l’archevêque catholique d’Ottawa
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Terrence Prendergast, l’archevêque catholique d’Ottawa

À défaut de pouvoir s’y opposer, diverses communautés religieuses du pays demandent au nouveau gouvernement libéral d’instaurer des balises strictes à l’aide médicale à mourir. Elles demandent entre autres la garantie qu’aucun médecin ne sera obligé d’offrir l’aide médicale à mourir si cela heurte sa conscience, ni même d’adresser les patients qui la réclament à un collègue qui la pratique.

« Nous voulons assurer la protection des membres du corps médical concernés », a expliqué Terrence Prendergast, l’archevêque catholique d’Ottawa lors d’une conférence de presse collective avec des homologues juif, musulman et évangélique. « Les entités législatives provinciales obligent déjà les médecins à faire des références, en d’autres mots à participer au choix de la mort, et nous aimerions que les médecins aient la liberté de ne pas participer à cela. »

Le rabbin Reuven Bulka a insisté : « Aucun d’entre nous ne veut imposer ses valeurs religieuses aux Canadiens. » Mais il ne faudrait pas en retour que les médecins se fassent, eux, imposer des valeurs qu’ils ne partagent pas. Il estime que cette crainte n’est pas théorique puisque le scénario s’est produit en Ontario, où les médecins opposés à l’avortement sont obligés de diriger les patientes désireuses d’interrompre leur grossesse vers des cliniques offrant ce service.

Cette analogie avec l’avortement est d’ailleurs revenue souvent au cours de la conférence de presse des leaders religieux. « Notre plus grande crainte est de nous retrouver dans la même situation qu’avec l’avortement », a indiqué l’archevêque Prendergast.

Nouveau délai

La Cour suprême a invalidé en février dernier les dispositions du Code criminel interdisant l’aide à mourir et a donné un an à Ottawa pour s’y conformer. Tout indique que le nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui n’est pas encore assermenté, ratera cet échéancier et demandera une extension aux juges. Dans le cas de l’avortement, le Parlement n’a jamais été capable d’y instaurer des balises à la suite d’une décision du plus haut tribunal du pays l’autorisant. Du coup, tous les avortements sont permis au Canada, même ceux à 20 semaines de gestation, au grand dam des milieux pro-vie. Les représentants religieux disent craindre de tels glissements avec l’aide médicale à mourir, par exemple son accès aux mineurs.

Les représentants religieux prennent acte de la décision de la Cour suprême obligeant l’État à permettre l’aide médicale à mourir, mais ils souhaitent que celle-ci reste la plus rare possible. « Oui, nous allons de toute évidence dans cette direction, c’est le coeur de la décision de la Cour suprême, a reconnu Monseigneur Prendergast. Ce n’est pas une direction avec laquelle je suis d’accord. Mais nous voulons nous assurer qu’elle [l’aide médicale à mourir] est extrêmement rare, que c’est un choix que les gens ne font pas. »

Dans cette optique, les représentants religieux demandent que les soins palliatifs fassent partie du panier de services offerts à tous les Canadiens. « Si ce choix était offert, les Canadiens choisiraient en très grande majorité ces soins », estime le rabbin Bulka. « Le droit de choisir nécessite qu’il y ait un véritable choix. »

Les communautés religieuses ont fini par reconnaître que l’élection de Justin Trudeau les inquiète. « Les libéraux ont plus tendance à promouvoir la liberté de la personne », a expliqué l’archevêque Prendergast, rappelant que le chef libéral a fait une profession de foi envers la philosophie pro-choix en interdisant à ses députés et candidats d’être pro-vie. Or, l’aide à mourir, « c’est une question de vie, non ? »

Notre plus grande crainte est de nous retrouver dans la même situation qu’avec l’avortement.

13 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 octobre 2015 06 h 05

    Qu’ajouter ?

    « Le droit de choisir nécessite qu’il y ait un véritable choix. » (Reuven Bulka, rabbin)

    Au Québec, dans sa législation concernant l’aide à mourir, ce « véritable » choix existe, sauf, possiblement, au Canada où la liberté de conscience s’avérerait contraignante pour les professionnels de la santé ?

    Pour aider à comprendre le principe de base (nécessité de droit), et de la Bible, plusieurs exemples s’offrent au lectorat, dont en particulier ces deux citations (A, à lire) :

    De la première, et de la demande de Saül, son écuyer refusait de prendre son épée mais lorsqu’il l’a vu mourir, il décidait de rejoindre, dans la mort, son maître, et ; de la deuxième, la demande d’Abimélec a été acceptée sans problème de conscience !

    De ces exemples, applicables aussi (?) dans le monde médical, une question :

    Qu’ajouter ? - 30 oct 2015 -

    A : 1 Samuel 31, 3-5 ; Juges 9, 54.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 30 octobre 2015 09 h 12

      «... ni même d’adresser les patients qui la réclament à un collègue qui la pratique»???

      M. Blais, les leaders religieux ne peuvent imposer leurs visions à tous comme ils ont toujours tenté de le faire. Ils ont un sacré culot! Cette question fait l'unanimité au Québec!

    • Michel Lebel - Abonné 30 octobre 2015 14 h 28

      Johanne St-Amour,

      Il n'est pas question d'imposition par les leaders religieux! il n'y a pas d'unanimité non plus sur le sujet au Québec.

      M.L.

  • Michel Lebel - Abonné 30 octobre 2015 07 h 59

    Bonne intervention!

    Bonne intervention des leaders religieux. À suivre de près. Justin Trudeau a rapidement montré ses limites intellectuelles et morales en interdisant à ses députés et candidats d'être pro-vie.


    Michel Lebel

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 30 octobre 2015 12 h 02

      Selon vous, les Pro-vie qui auraient des capacités intellectuelles et morales illimités...

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 30 octobre 2015 13 h 06

      Selon vous, seuls les Pro-vie auraient des capacités intellectuelles et morales illimitées?

    • Michel Lebel - Abonné 30 octobre 2015 14 h 03

      @ Richard Génois Chalifoux,

      C'est une question comme celle-là qui force quelqu'un à se révéler: Justin Trudeau semble ignorer l'existence du concept de liberté de conscience et ne comprend même pas la notion de liberté! Pitoyable! Grandes difficultés à venir pour Trudeau fils!

      M.L.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 octobre 2015 09 h 13

    Terminologie abusive ?

    On parle d'aide "à mourir" comme s'il s'agissait pour le médecin d'administrer une dose létale de poison à rat, alors qu'il s'agit plutôt d'aide "à se laisser mourir", car on parle de personnes si gravement malades que, sans perfusion constante, elles mourraient rapidement, et probablement dans des souffrances atroces. Il ne s'agit pas de tuer mais de laisser faire la Nature, tout en essayant d'atténuer la souffrance.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2015 13 h 47

      En fait, non. L'idée n'est justement pas de laisser les gens crever de faim ou passer des mois ou des années à souffrir...

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 30 octobre 2015 11 h 20

    Le pouvoir religieux

    « Les libéraux ont plus tendance à promouvoir la liberté de la personne », a expliqué l’archevêque Prendergast.

    Pour ces leaders religieux pro-vie, la liberté de la personne ne doit pas passer avant le dogmatisme tout azimut de religions qui bien souvent se contredisent. Pour eux, l’être humain ne doit pas avoir de choix, c’est dieu qui décide que ce sont les religieux qui devraient avoir le pouvoir de décider.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 30 octobre 2015 15 h 54

      Dans le fond, je pense qu'il s'agit d'un conflit de pouvoirs: l'homme ou une vision, une interprétation biblique. Il y a un certain nombre de personnes que la morphine ne peut soulager et dans les circonstances limites voulues par la loi, l'aide à mourir devient un acte de compassion humaine, quelque chose que le Bon Pasteur accepterait volontiers. Saint Augustin s'est exprimé sur la notion de guerre juste. Récemment, le pape a demandé de prendre les moyens pour sauver de la mort les chrétiens de Syrie. Selon moi, les évêques auraient avantage à s'en tenir au texte de loi et à l'analyser en fonction de l'Évangile. Jusqu'ici, je n'ai rien lu de tel.

  • Yvon Bureau - Abonné 30 octobre 2015 20 h 58

    Certains mots honorent les religions

    Compassion. Solidarité. S'abstenir de juger. Respect de la liberté d'une personne éclairée et libre. Respecter les valeurs, la conscience, la dignité, l'intégrité, la fierté et la grandeur de chaque personne terminant sa vie.

    Religieux, vous avez dit et redit et redit ces paroles ?

    Un délai, peut-être. Mais pourquoi faire, au juste? Justifiez votre demande, honnêtement.

    Chers religieux, la société a changé, ses valeurs aussi; le droit aussi, la médecine aussi. D'accord pour le caractère sacré de la vie, MAIS, le caractère sacré de l'autonomie de chaque personne en fin de vie et à la fin de sa vie prime.

    Et la CSC statue que le droit à la vie n'amène plus l'obigation de vivre à tout prix; même à mourir infiniment et naturellement.

    Rappel de la conclusion : L’alinéa 241b) et l’art. 14 du Code criminel portent atteinte de manière injustifiée à l’art. 7 de la Charte et sont inopérants dans la mesure où ils prohibent l’aide d’un médecin pour mourir à une personne adulte capable qui (1) consent clairement à mettre fin à sa vie; et qui (2) est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition.

    Une invitation à méditer. Il y a tellement plus que «Promouvoir la vie jusqu'au bout (de quoi au juste?)», il y a «Promouvoir le respect de chaque personne éclairée et libre jusqu'à sa fin».

    Parole de sage. Tout choix de société doit se tenir à une saine distance des religions.

    • Yvon Bureau - Abonné 31 octobre 2015 15 h 00

      J'y ajoute.

      La loi québécoise reconnait la liberté de conscience des médecins.
      Mais pas la liberté de ne pas référer à un autre médecin prêt à aider à mourir en cohérence avec sa conscience. À raison.

      Mon hypothèse : les médecins du Québec sont prêts parfois à aider ainsi, par compassion, par solidarité, par respect de la liberté ultime de la personne vivante en fin de vie et à la fin de sa vie. La personne vivante avant la vie, cette personne vivante ne choisissant pas entre la vie ou la mort, mais entre différentes façons de mourir, choississant celle qui correspond à sa conscience, à sa dignité, à ses valeurs profondes, à son autonomie.