Mulcair ne regrette rien

Le chef néodémocrate affirme qu’il s’est tenu occupé dans les jours suivant l’élection en téléphonant aux députés défaits et victorieux, et en passant du temps avec sa famille.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef néodémocrate affirme qu’il s’est tenu occupé dans les jours suivant l’élection en téléphonant aux députés défaits et victorieux, et en passant du temps avec sa famille.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, est convaincu d’avoir pris la bonne décision en s’opposant à Stephen Harper sur l’interdiction de porter le niqab au cours des cérémonies de citoyenneté.

Dans sa première entrevue postélectorale, M. Mulcair a confié à La Presse canadienne que le choix de garder sa position « de principe » sur le port du niqab constituait l’un des moments les plus importants de sa carrière politique.

« Ce sont des moments décisifs pour moi dans ma carrière politique et dans la campagne. Est-ce qu’un résultat différent aurait pu être obtenu ? Peut-être, a-t-il déclaré. Mais je n’allais pas faire ce que je n’ai jamais fait dans ma carrière. J’ai toujours été quelqu’un qui s’est tenu debout pour défendre ses convictions », a-t-il poursuivi.

L’enjeu du niqab est devenu un sujet épineux pour le NPD en campagne électorale, et certains suggèrent que le débat a propulsé la chute du parti au Québec.

Tout cela a commencé avec un jugement de la Cour d’appel fédérale, tombé à la mi-campagne, qui avait confirmé la décision d’une cour inférieure permettant le port du voile au cours des cérémonies de citoyenneté au Canada.

M. Mulcair continue de croire qu’il « a fait la bonne chose en s’élevant contre M. Harper sur cet enjeu ».

« Je lui citerais ses députés, qui ont divisé [le pays], qui parlaient de citoyens de couleur ou qui parlaient des femmes musulmanes en leur disant qu’elles devraient retourner dans leur pays », a-t-il déploré.

« Je n’allais pas faire partie de cela. J’ai trouvé cela honteux », a-t-il tranché. M. Mulcair croit qu’il est malavisé de vouloir diviser les Canadiens sur des enjeux comme l’ethnie et la religion.

Encore beaucoup à offrir

Le chef néodémocrate affirme qu’il s’est tenu occupé dans les jours suivant l’élection en téléphonant aux députés défaits et victorieux, et en passant du temps avec sa famille.

« J’ai tellement d’admiration et une profonde affection pour chaque personne qui s’est impliquée dans notre caucus, et je veux m’assurer de les garder près [du parti] », a-t-il affirmé.

Le chef néodémocrate n’a jamais laissé entendre lors de l’entretien qu’il a songé à quitter son poste.

Au contraire, M. Mulcair a souligné que son parti avait encore beaucoup à offrir, surtout au moment où le prochain gouvernement libéral de Justin Trudeau se préparera à participer à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris.

Il prévoit également mettre la réforme électorale en avant. « Tant M. Trudeau que moi avons dit que l’élection de 2015 serait la dernière du système uninominal à un tour. Nous devrons y donner suite. Je crois aussi que le modèle proportionnel est la seule façon d’amener vraiment du changement », a-t-il expliqué.

Le Parti libéral s’est engagé à créer un comité multipartite qui examinera toutes les options de réforme électorale — dont le mode de scrutin proportionnel — et à déposer un projet de loi dans ses 18 premiers mois au pouvoir.

Sa mince consolation de l’élection à laquelle le NPD a terminé en troisième place aura été de contribuer à défaire le gouvernement Harper après ses neuf ans au pouvoir, a-t-il souligné.

« La priorité la plus importante était de défaire et remplacer le gouvernement de Stephen Harper. Je suis très satisfait et c’est ma mince consolation », a-t-il expliqué.

M. Mulcair estime que le passage du NPD sur les bancs de l’opposition officielle a grandement contribué à ce résultat.

« Nous l’avons eu plusieurs fois en démontrant ses raccourcis éthiques, et pendant la campagne, nous avons été très durs avec lui. Je crois que le moins qu’on puisse dire, c’est que nous y avons contribué et que cette mission a été accomplie. C’était l’objectif clé que j’avais fixé et nous avons fait le travail. Il n’est plus là », a-t-il fait valoir.

Mince consolation

Le chef néodémocrate croit qu’il y avait un fort désir de changement au Canada pour cette élection, et il compte bien jouer son rôle d’opposition dans cet esprit.

« Nous allons nous assurer que le changement positif dont nous avons toujours parlé est toujours là lorsque nous avons des choses en commun. Et quand le gouvernement aura des opinions différentes des nôtres, nous allons [nous assurer] que le public a toute l’information pour qu’il comprenne ce qui se passe », a-t-il conclu.

18 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 26 octobre 2015 20 h 08

    Une plus grande réflexion requise

    Petit conseil à Thomas Mulcair: qu'il pousse plus loin sa réflexion sur le port du niqab. Une réflexion plus fondamentale que le strict droit.

    M.L.

    • - Inscrit 26 octobre 2015 22 h 06

      Réflexion plus poussée, M. Lebel ?

      Vous avez un sens aigu de l'euphémisme.

    • Raymond Lutz - Inscrit 27 octobre 2015 07 h 17

      Hmm, je ne suis pas un spécialiste, mais dans un état de droit, ne s'applique-t-on pas au respect de la primauté du droit? Tout autre évocation de prévalence flirte avec l'intégrisme religieux ou idéologique.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 octobre 2015 08 h 02

      Comme nous l'avons appris ici avec une certaine Charte, même si il y a controverse sur l'apparence des femmes, ce n'est pas un sujet d'élection. La «partisannerie» et les choix de société en général ne font pas tous bon ménage.

      Les conservateurs ont disposés une trappe et Mulcair est tombé dedans. Comme plusieurs d'entre nous d'ailleurs qui avons mordu à l'hameçon.
      On arrête ou on continue de patauger dans le fond du trou ?

      PL

    • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2015 09 h 30

      Raymond Lutz,

      La question n'est pas simple. En principe, ce sont les tribunaux qui ont le dernier mot dans l'interprétation des Chartes des droits et libertés. Mais ces mêmes Chartes contiennent une clause dérogatoire qui permet au législateur d'avoir exceptionnellement le dernier mot en la matière.

      En termes plus larges, disons que la primauté du droit est un principe complexe de droit qui relève des pouvoirs législatif, judiciaire et administratif. Par exemples, il ne peut y avoir de primauté réelle de droit si les tribunaux ne sont pas indépendants ou si la police est corrompue et non imputable.

      Avec le niqab, nous sommes devant un cas-limite qui peut être perçu comme mettant en cause un fondement du vivre-ensemble, soit celui de vivre à visage découvert. À mon avis la question dépasse la stricte norme juridique, car nous sommes devant une norme sociale, une norme de civilisation. Pour un juriste, arriver à pareille conclusion ne va pas de soi!


      Michel Lebel
      Ancien professeur des droits et libertés de la personne

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 octobre 2015 12 h 47

      «Pour un juriste, arriver à pareille conclusion ne va pas de soi!»

      Est-ce que le «juriste» pourrait s'étirer le coup un peu plus et admettre qu'il n'est pas sain politiquement non plus de se servir de division sociales afin de ramasser des votes ?

      PL
      (pas obligé de me répondre, je suis habitué)

    • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2015 18 h 10

      @ Pierre Lefebvre,

      Il est bien évident que j'accepte pas la méthode Harper sur ce sujet, pour gagner des votes. Heureusement le truc n'a pas réussi, mais Mulcair a grandement écopé.

      M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 octobre 2015 05 h 33

      Merci de votre réponse M. Lebel.
      Dans une élection, il n'y a toujours qu'un seul gagnant. Et comme disent les gagnants comme les perdants : La population ne se trompe jamais.

      Bonne journée.

      PL

  • Simon Pelchat - Abonné 26 octobre 2015 21 h 40

    Un réflexion bienfaisante

    Je respecte les personnes de principe. M. Mulcair dit avoir agi selon ses convictions, ce qui l'honore. En revanche, je me demande si une réponse juridique à un enjeu politique soutenu par une majorité n'aurait pas nécessité un questionnement de leur lecture sur l'application du multicultiralisme canadien dans ce cas-ci. Une conviction ne doit pas être synonyme de dogme.

  • Yvon Bureau - Abonné 26 octobre 2015 22 h 10

    Se voiler les yeux

    Yeux voilés, regard hanté.

  • Robert Boucher - Abonné 27 octobre 2015 00 h 04

    M. Mulcair a fait perdre le pouvoir au NPD...

    ...pas parce qu'il voulait respecter la loi (ce que tout bon politique doit faire) sur la question du niqab, mais surtout parce qu'il n'avait absolument pas l'intention de la modifier rendu au pouvoir, et ce probablement à cause de ses valeurs religieuses et de son interprétation personnelle de la notion de laïcité. C'est le message que des milliers de citoyens on compris assez vite. Vivement une Charte de la Laïcité au Canada et au Québec.
    Robert Boucher Saguenay

  • Anas Abzaoui - Inscrit 27 octobre 2015 08 h 40

    Homme honnête

    Homme sincère, ce qui est rare en politique à ce jour!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 27 octobre 2015 15 h 50

      Homme malhabile!