La division du vote a profité au Bloc et au PCC

Xavier Barsalou-Duval a obtenu à peine 28,6 % des voix lundi, ce qui a permis au Bloc de remporter la victoire dans Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères, alors que sa formation avait mordu la poussière en 2011 avec sept points de plus (36,4 % des voix). 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Xavier Barsalou-Duval a obtenu à peine 28,6 % des voix lundi, ce qui a permis au Bloc de remporter la victoire dans Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères, alors que sa formation avait mordu la poussière en 2011 avec sept points de plus (36,4 % des voix). 

La division du vote au Québec explique en grande partie les meilleurs résultats électoraux obtenus autant par le Bloc québécois que le Parti conservateur. Tous deux ont plus que doublé leur députation par rapport à la dernière élection malgré un pourcentage d’appuis moindre qu’en 2011 pour l’un et quasi identique pour l’autre.

À l’échelle du Québec, le Bloc québécois a récolté 19,3 % des votes lundi, ce qui lui a valu 10 députés, alors qu’il n’en avait fait élire que quatre avec 23,4 % des voix en 2011. Le cas de Xavier Barsalou-Duval illustre cette situation à merveille.

Le candidat a obtenu à peine 28,6 % des voix lundi, ce qui a permis au Bloc de remporter la victoire dans Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères, alors que sa formation avait mordu la poussière en 2011 avec sept points de plus (36,4 % des voix). Dans cette circonscription, les voix se sont plus uniformément réparties entre le Parti libéral et le NPD qu’en 2011. Alors qu’à la précédente élection, le candidat libéral n’avait récolté que 9,5 % des appuis, il a augmenté son score à 28,3 % cette fois-ci, réduisant d’autant celui du candidat NPD.

L’effet des vases communicants est aussi visible dans Joliette. Gabriel Ste-Marie s’y est fait élire pour le Bloc avec 33,2 % des voix alors qu’en 2011, le Bloc s’y était incliné avec à peine trois dixièmes de point de pourcentage de moins (32,9 %). Là encore, la meilleure répartition du vote entre NPD et Parti libéral a changé la donne : en 2011, le PLC n’avait obtenu que 6,2 % des votes, mais il a arraché 22 points au NPD cette fois.

Signe que c’est d’abord la division du vote qui a aidé le Bloc, aucun de ses ex-députés revenus dans la course n’a été élu. Les vainqueurs bloquistes sont plutôt tous des nouveaux venus, moins connus que les France Bonsant, Diane Bourgeois et Claude de Bellefeuille qui tentaient un retour. D’autres vedettes, comme l’animatrice et comédienne Sophie Stanké ou la jeune Catherine Fournier mise de l’avant par le parti, ont aussi perdu leur pari. Celle-ci pourrait par ailleurs être nommée présidente du parti jeudi (voir texte ci-dessus). Des dix députés bloquistes élus lundi soir, seuls deux sont connus : Louis Plamondon, doyen de la Chambre où il siège depuis 1984, et Mario Beaulieu, qui a été chef du parti pendant un an.

Pas de vraie percée conservatrice

Chez les conservateurs, la récolte de 12 députés, par rapport aux 5 de 2011, ne s’explique pas par un meilleur score dans la mesure où le parti a obtenu pour ainsi dire le même pourcentage des suffrages (16,7 %, contre 16,5 % il y a quatre ans). Là encore, la remontée des libéraux au détriment des néodémocrates a permis aux candidats de Stephen Harper de se faufiler.

Ainsi, Bernard Généreux effectue un retour au Parlement après avoir récolté 29 % des voix cette année, alors qu’il avait dû concéder la victoire au NPD en 2011 avec 36,3 % des voix (et un écart de seulement neuf votes). Cette fois-ci, la remontée du Parti libéral, qui a quintuplé ses appuis, a fait reculer le NPD de 12 points, permettant au conservateur de l’emporter.

Idem dans Beauport-Limoilou, où Alupa Clarke a gagné avec 30,6 % des voix. C’est certes un peu plus qu’en 2011 (26,2 %), mais ce score n’aurait pas été suffisant à lui seul sans l’effondrement du vote néodémocrate au profit du Parti libéral, passé là aussi de 6 % à 25 %.

Retour à la case départ

Ailleurs au pays aussi, certains partis ont récolté davantage de sièges tout en profitant d’une moindre part de l’appui populaire. En Alberta, le Parti conservateur a de nouveau presque tout raflé, en récupérant 29 des 34 circonscriptions. Mais c’était en récoltant 59,9 % du vote, soit 7 points de moins qu’en 2011 lorsque le PC avait reçu 66,8 % d’appuis et fait élire deux députés de moins (27). Même scénario pour le NPD en Colombie-Britannique. Les néodémocrates ont perdu 6,6 % du vote, mais fait élire deux députés de plus (14 contre 12 en 2011). Il faut dire que dans ces deux provinces, comme au Québec et en Ontario, le redécoupage de la carte électorale a ajouté de nouvelles circonscriptions.

Notons par ailleurs que le Parti conservateur se retrouve d’une certaine manière, avec l’élection de lundi, à la case départ. Ce parti né de la fusion de l’Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur avait disputé sa première joute électorale en 2004. Il avait alors obtenu 29,6 % des voix et récolté 99 sièges (sur un Parlement qui en comptait alors 308). C’est exactement le même nombre de députés que cette semaine (sur un Parlement engraissé de 30 élus supplémentaires), avec des appuis de 31,9 %.

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C’est le nombre de députés additionnels que le Parti conservateur a pu faire élire au Québec malgré une hausse des appuis de seulement 0,2 % par rapport à 2011.
9 commentaires
  • Pierre Allard - Abonné 22 octobre 2015 08 h 04

    La division des votes a aussi profité au PLC et au NPD

    Votre titre et aussi le texte, par omission, laissent entendre que la division des votes n'a favorisé que le PCC et le Bloc. Un examen des résultats du Québec révèle que neuf candidats victorieux du Parti libéral, et huit du NPD, n'ont obtenu qu'entre 28% et 35% des voix dans leur circonscription... Pour ces 17 circonscriptions, la «division» des votes a donné des victoires à Justin Trudeau et Thlmas Mulcair...

    • Sylvain Deschênes - Abonné 22 octobre 2015 11 h 27

      C'est exactement ce que j'avais envie de répondre, M. Allard.
      Sylvie Ménard

  • Claude Bariteau - Abonné 22 octobre 2015 10 h 07

    À propos des pourcentages

    Si je calcule à partir de vos chiffres : 19,3 % = 10 sièges au PQ; 16,7 % = 12 sièges au PCC.

    Il manque alors le % du NPD au Québec pour expliquer les 12 sièges, celui du PLC pour les 47, soit 60,2 % des sièges et celui du PV.

    J'aimerais aussi que l'on signale le % du vote au Québec.

    Pourquoi ? Parce que le texte n'en parle pas.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 octobre 2015 10 h 20

    N'avoir rien à dire de mieux

    Ce que vous dites pour les conservateurs, n'a joué que dans les deux seuls exemples que vius citez. De là à généraliser, faut n'avoir rien à dire de mieux.

  • Jean Richard - Abonné 22 octobre 2015 10 h 30

    Division ou multiplication

    Division du vote : cette expression est devenue à la mode dès qu'il y a élections. On se demande bien pourquoi.

    Le calcul a été fait ailleurs : il n'y a qu'un seul gagnant au système électoral actuel et c'est le PLC. C'est le seul parti dont le pourcentage des élus est supérieur (nettement supérieur) au pourcentage des votes. Par exemple, si le Bloc avait un nombre d'élus proportionnel au nombre d'appuis reçu lors de l'élection, il aurait 16 députés et non seulement 10.

    Ceux qui ne cessent de nous parler de division du vote alors qu'en réalité, il y a multiplication des options, voudraient probablement en revenir à la polarisation des partis (deux partis, pas un de plus). Or, est-ce que la polarisation (deux partis) est la solution au déséquilibre créée par le système, qu'on refuse de remplacer par la représentation proportionnelle ?

    Est-ce que les gens rêvent vraiment de n'avoir le choix que de voter pour les bleus ou les rouges, comme on l'a souvent vu dans l'histoire ? Non, car ce n'est sûrement pas la meilleure façon de corriger la distorsion du système actuel.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 octobre 2015 11 h 09

      Cette prime au vainqueur est un effet jugé désirable par bon nombre de politologues. Après tout, elle permet d'élire un gouvernement stable.

    • François Beaulé - Inscrit 22 octobre 2015 19 h 08

      Il faut examiner le portrait à l'échelle du Québec. Le Bloc et le Parti conservateur n'obtiennent pas un nombre de sièges proportionnel au nombres de votes. Le déséquilibre est tout simplement moins marqué qu'en 2011.

      L'expression «division des votes» ne veut rien dire de pertinent ici. Les électeurs ont des opinions différentes et choisissent des partis différents. Il y a obligatoirement «division» du vote...

  • - Inscrit 22 octobre 2015 10 h 36

    Autre point de vue

    Si on compar, je pense que c'est plutôt la représentation de l'élection de 2011 qui était visciée. Le NPD a eu droit cette fois-là à une députation supérieure à la proportion des suffrages. Cette fois-ci, le PLC profite du même vice du système.

    c'est le résultta de ce vieux système représentatif uninominal britannique dont les racines remontent au Moyen Àge. Les réformes graduelles n'ont pas mené le système plus loin que la logique politique du XIXe siècle, alors qu'il importait à la bourgeoisie de ne pas trop laisser de place politique à la vile populace.