Paul Martin tente de calmer les inquiétudes des fonctionnaires

Ottawa — Le premier ministre Paul Martin a en partie calmé l'inquiétude des syndicats de la fonction publique hier en affirmant qu'il n'était pas question que le gouvernement fasse des économies sur leur dos. Mais il devra rapidement donner d'autres preuves de sa bonne foi, avertissent les leaders syndicaux.

«J'ai apprécié qu'il reconnaisse dès le début de la rencontre qu'il y avait eu des erreurs commises en ce qui a trait au processus, en particulier que personne ne se soit assis avec les syndicats pour expliquer le plan du gouvernement. J'ai apprécié aussi qu'il nous dise que les problèmes financiers du gouvernement ne se régleraient pas sur le dos des fonctionnaires», a commenté la présidente de l'Alliance de la fonction publique, Nycole Turmel, à l'issue de sa rencontre avec M. Martin, le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, le président du Conseil privé, Denis Coderre, le ministre des Travaux publics et services gouvernementaux, Stephen Owen, et le greffier du Conseil privé.

«M. Martin a été rassurant en ce sens qu'il a dit ne pas avoir de plan pour des changements massifs dans la fonction publique, certainement pas à court terme et probablement pas à long terme. [...] Et il est positif que le premier ministre lui-même soit suffisamment préoccupé par les événements pour vouloir s'asseoir, clarifier les choses et remettre la relation sur les rails», a indiqué le président de l'Institut professionnel de la fonction publique, Steve Hindle, qui a eu droit à une rencontre séparée.

Les syndicats de la fonction publique ont l'équipe Martin dans leur mire depuis l'assermentation du cabinet, le 12 décembre, et l'annonce d'une réorganisation du gouvernement et de la gestion de ses ressources humaines, une décision prise sans aucune consultation. À cela sont venus s'ajouter des déclarations malheureuses du ministre Alcock, un gel de la taille de la fonction publique et de la reclassification des fonctionnaires, un réexamen des programmes et un report des séances de négociations collectives prévues pour janvier.

«M. Martin est toujours troublé quand de mauvaises communications mettent en péril une relation sans raison. [Ça le préoccupe] car cela mine ensuite la relation de travail», a expliqué un de ses conseillers hier. Le premier ministre voulait donc, dit-il, rencontrer les syndicats, ce qui est une première, afin de dissiper les malentendus.

Mme Turmel et M. Hindle notent qu'il faudra davantage pour calmer les fonctionnaires. «On leur a demandé que s'ils avaient un message à passer, que ce soit fait à travers le discours du Trône [du 2 février]. On veut aussi le retour à la table de négociations et c'est là qu'on verra si le gouvernement est sérieux», de dire Mme Turmel. Pour M. Hindle, il reste encore bien des questions sans réponse et le discours du Trône et le budget seront des tests importants.

Les deux syndicats s'opposent par ailleurs au morcellement de la gestion des ressources humaines au sein de la fonction publique. Selon le plan annoncé le 12 décembre, le Conseil privé s'occupe désormais de tout ce secteur, sauf lorsqu'il est question de relations de travail et de négociations collectives. Ces deux responsabilités devraient passer du Conseil du trésor au ministère des Travaux publics après «discussions avec les syndicats». «M. Martin pense clairement que [cette division] est une bonne chose. Je crois sincèrement le contraire. Il faudra donc en discuter encore», de dire M. Hindle.

Étant donné la promesse de consultations, Mme Turmel, elle, a choisi de consacrer la rencontre aux préoccupations immédiates de ses membres, soit la reprise rapide des négociations collectives et le rétablissement du climat de travail miné par le gel de la reclassification des fonctionnaires.

«M. Martin a dit que la négociation devrait se poursuivre, mais que le gouvernement cherchait à retravailler son mandat. En principe, donc, on continue.» Environ 97 000 membres de l'Alliance négocient depuis septembre un nouveau contrat de travail.

Au premier ministre qui s'interrogeait sur les raisons de l'inquiétude des syndicats, la présidente de l'Alliance a répondu en lui rappelant son passé de ministre des Finances et son budget de 1995 qui avait entraîné l'élimination de 40 000 postes de fonctionnaires. La confusion créée depuis le 12 décembre a aussi rendu les gens méfiants, de noter M. Hindle.