Réveil amer au NPD

La vague qui a emporté plus de la moitié de la députation néodémocrate était incontrôlable, jugent des militants, qui ont toujours confiance en Thomas Mulcair. Son leadership n’est pour l’instant pas remis en question.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La vague qui a emporté plus de la moitié de la députation néodémocrate était incontrôlable, jugent des militants, qui ont toujours confiance en Thomas Mulcair. Son leadership n’est pour l’instant pas remis en question.

En 2011, le NPD avait goûté à l’ivresse de la vague électorale : un mouvement contre lequel rien ni personne ne peut résister. Quatre ans plus tard, c’est la recette contraire que le parti s’est fait servir, imposant au NPD un recul important dont les militants tentaient mardi de prendre la mesure.

« Quand tu te fais emporter par une vague, il n’y a pas grand-chose à faire. » C’est un stratège néodémocrate qui le disait mardi, mais ç’aurait pu être un bloquiste ou un libéral québécois en 2011 : nouvelle élection, nouvelle marée, autre couleur, mais même état d’étonnement pour celui qui fait les frais de la vague.

Après avoir fait élire 103 députés en 2011, dont 59 au Québec, le NPD s’est réveillé mardi matin avec une députation amputée de plus de la moitié de ses membres. Le parti du Thomas Mulcair a cette fois remporté 44 sièges (et 19,7 % des votes), dont 16 au Québec. À l’échelle du pays, le NPD a perdu plus d’un million de votes par rapport à la dernière élection. Les libéraux ont carrément siphonné l’électorat néodémocrate, fédérant les appuis des électeurs fatigués des années Harper.

Joueurs sur la touche

Plusieurs députés de premier plan ont mordu la poussière — Peter Stoffer, Megan Leslie et Jack Harris dans les Maritimes ; Paul Dewar et Peggy Nash en Ontario ; Françoise Boivin et Nycole Turmel au Québec… Les rescapés québécois incluent tout de même Romeo Saganash, Alexandre Boulerice, Hélène Laverdière, Robert Aubin, Pierre Nantel et Ruth-Ellen Brosseau.

Que s’est-il passé ? En coulisse, tout le monde au NPD montre du doigt l’épisode du niqab. « Ça s’est joué là, dit un conseiller. Quand les conservateurs et le Bloc se sont mis à jouer cette carte, ça a dynamité notre campagne, qui allait très bien. Des électeurs nous ont quittés, on a complètement perdu notre élan avec ça et ça a fait boule de neige ensuite. »

Pourtant, Justin Trudeau avait sur cette question la même position que Thomas Mulcair… « Oui, mais on s’est rendu compte dans nos focus groups que les gens ne connaissaient pas la position de Trudeau. Ils pensaient que seul Mulcair parlait de cet enjeu — essentiellement parce qu’il était bombardé de questions là-dessus », soutient la même source.

Et Mulcair ?

Les néodémocrates interrogés mardi (des stratèges, des candidats, des élus) ont tous refusé de critiquer la plateforme électorale du parti, jugée moins progressiste que celle des libéraux par plusieurs analystes. Au même titre, personne n’a voulu soulever ouvertement la question que plusieurs journalistes se posaient lundi au Palais des congrès : le chef Mulcair devrait-il démissionner ?

«Je ne pense pas que la question se pose largement dans les rangs,indique une source au coeur de l’organisation. Les gens sont fiers de sa campagne : au final, on s’est buté à une vague libérale, mais on est quand même demeurés forts avec 44 députés au national et 25 % du vote au Québec, avec des gains en Colombie-Britannique et en Saskatchewan. Ce n’est pas un résultat heureux, mais ce n’est pas si pire que ça. »

« Les membres se prononceront un moment donné, mais je ne pense pas qu’on aurait mieux fait avec Brian Topp [arrivé deuxième dans la course à la succession de Jack Layton], ajoute un stratège. De toute façon, ce n’est pas dans la culture du NPD que de congédier ses chefs. Il n’y a pas de presse, on est devant un gouvernement majoritaire, tout le monde va prendre le temps d’analyser ce qui s’est passé. »

M. Mulcair n’a pas voulu commenter les résultats de l’élection mardi.

9 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 21 octobre 2015 02 h 44

    Quand l'idéologie mène le bal

    Le 40% d'appui au Québec dès le départ était un obstacle au recrutement dans le ROC car ce score semblait suspect hors Québec.

    Les appuis initiaux de Justin Trudeau se retrouvaient chez les Anglophones dont la mentalité acquise au multiculturalisme accueillait sa position sur le niqab plutôt favorablement. La mentalité anglo : «Anything goes!»

    Or, la majorité francophone avait déjà tenu un débat ouvert sur la question des signes religieux ostentatoires. La population s'est prononcée à 93% contre le visage voilé dans des événements et les services publics, ce qui a poussé l'Assemblée nationale à adopter une motion en ce sens.

    Le NPD a voulu imposer son idéologie rigide à l'encontre de la majorité de ses partisans, soit la même recette que Québec Solidaire, son mini-clone provincial.

    Au Québec, le NPD et les Conservateurs ont frappé un mur pour la même raison : un parti sourd aux opinions de ses partisans qui professe son idéologie - de gauche ou de droite - à l'encontre de l'opinion de la population dont il sollicite le vote, fait preuve d'une ignorance absurde des notions élémentaires de «Démocratie 101».

  • Jean Lapointe - Abonné 21 octobre 2015 06 h 41

    Justin Trudeau n'est pas sorti du bois.

    « Oui, mais on s’est rendu compte dans nos focus groups que les gens ne connaissaient pas la position de Trudeau. Ils pensaient que seul Mulcair parlait de cet enjeu — essentiellement parce qu’il était bombardé de questions là-dessus », soutient la même source.

    Il semble bien que beaucoup de gens au Québec qui ont voté pour Justin Trudeau n'ont pas porté attention au fait qu'il est lui aussi en faveur du niqab.

    Ce qui veut dire qu' il risque de se retrouver dans de mauvais draps quand le sujet refera surface.

    Au Québec, heureusement, la laïcité de l' Etat est vue comme quelque chose de très souhaitable et même nécessaire.

    Il n'est pas sorti du bois le petit Trudeau. Il risque de se retrouver coincé très souvent.

    Cela aura peut-être un avantage. Cela a de bonnes chances d'amener bien des Québécois à opter enfin pour l'indépendance.

    En tout cas je l'espère. Et j'ai confiance.

    La lune de miel risque de ne pas durer très longtemps.

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 octobre 2015 12 h 39

      À plus de 60% pour les libéraux et le NPD et après que le PQ aie tenté d'utiliser la question des signes religieux pour se gagner une majorité. Il faudrait peut-être que les parti politiques réalisent que les électeurs n'en font pas un enjeu de choix de vote. Je crois que les gens ont des préoccupations autres quand ils votent et que la volonté de se débarasser d'Harper a primé sur la question purement symbolique des signes religieux, question dérangente mais pas vitale.

  • François Dugal - Inscrit 21 octobre 2015 08 h 05

    Retour à la normale (bis)

    Le NPD est de retour à la troisième place, celle prévue dans la loi fondamentale et non-écrite du Canada. Ils doivent, à tout jamais, abandonner toute velléité de pouvoir.: ainsi va le "plusse meilleur" pays du monde.

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 21 octobre 2015 08 h 08

    Ce qui a miné le NPD

    Ce n'est pas l'affaire du niqab qui a miné le NPD mais le virage de ce parti vers le centre de l'échiquier politique. Délaissant la gauche, qui fut fort habilement occupée par le parti de Justin Trudeau, les partisans du NPD ont vite compris où était leur intérêt. Et la tendance de l'opinion publique vers le PLC a fait le reste. Les indécis se sont jetés littéralement dans les bras de ce nouvel Apollon de la politique canadienne.

  • Christine Rychlik - Inscrite 21 octobre 2015 09 h 26

    Donner aux uns, ça veut dire prendre aux autres.

    Ce fut aussi la défaite de Québec Solidaire. La promotion par voie indirecte du vote statégique devait, en principe, profiter au poulain fédéraliste NPD. Cette stratégie leur éclatât dans le visage, car le vote stratégique migra vers PLC. Bein fait pour les promoteur de la déception.

    • Robert Beauchamp - Abonné 21 octobre 2015 23 h 55

      Je suis également d'avis que c'est Québec Solidaire qui a coulé Gilles Duceppe. Sur le site de Wikipedia il est clairement inscrit que Mme Laverdière travaille étroitement avec Amir Khadir et Projet Montréal.