Victoire douce-amère pour Gilles Duceppe

Gilles Duceppe avait demandé aux Québécois la «balance du pouvoir» à Ottawa. Sa formation ne l’obtiendra pas.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Gilles Duceppe avait demandé aux Québécois la «balance du pouvoir» à Ottawa. Sa formation ne l’obtiendra pas.
Malgré une défaite humiliante dans Laurier-Sainte-Marie, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, avait de quoi se consoler à l’issue d’élections ayant permis de réaffirmer la pertinence de sa formation politique.

Soupir de soulagement dans les rangs bloquistes, lundi soir. La victoire s’annonçait modeste, mais permettait déjà de garantir la survie du parti, chose qui semblait loin d’être acquise au moment du déclenchement des élections. En dépit d’une seconde défaite d’affilée contre la néodémocrate Hélène Laverdière, Gilles Duceppe demeurera en poste à titre de chef de la formation, dans l’immédiat du moins.

« Nous sommes arrivés à court de notre objectif, mais nous partions de loin », a reconnu d’emblée Gilles Duceppe, aux environs de 00 h 45, flanqué de sa femme et d’une poignée de nouveaux élus bloquistes et de candidats. « Ce n'est pas les résultats espérés mais on a mené une belle campagne. […] Nous sommes plus présent qu'on était. »

Ce ne fut pas une éclatante victoire. Mais, ce ne fut pas le désastre appréhendé lorsque Stephen Harper a plongé le pays en campagne électorale non plus. Le Bloc québécois a pu récolter la faveur des électeurs dans dix circonscriptions, une victoire respectable, mais a vu le statut de parti officiel — et les ressources et les autres avantages qui l’accompagnent — lui échapper de quelques sièges.

Dans la salle du théâtre La Tulipe, sur le Plateau-Mont-Royal, la foule a accueilli toute la soirée avec un enthousiasme prudent les résultats qui s’affichaient peu à peu sur les écrans géants. On ne souhaitait surtout pas se réjouir trop vite de cette victoire, qui s’accompagne d’un gouvernement libéral majoritaire. L’accueil fait au chef du Bloc a lui aussi été tout en retenue.

Gilles Duceppe avait demandé aux Québécois la « balance du pouvoir » à Ottawa. Sa formation ne l’obtiendra pas, les libéraux pouvant gouverner sans l’appui des autres groupes parlementaires. N’empêche, le parti a tout de même réussi à faire bien mieux qu’en 2011, alors qu’il avait fait élire quatre députés, 43 de moins qu’en 2008. Au déclenchement des élections, il ne lui en restait plus que deux.

Louis Plamondon, le doyen des députés fédéraux, a facilement été reconduit dans Bécancour-Nicolet-Saurel. Le Bloc et sa candidate Marilène Gill sont également parvenus à reprendre l’ancien château fort de Manicouagan, sur la Côte-Nord, au néodémocrate Jonathan Genest-Jourdain. Idem pour Gabriel Ste-Marie, dans Joliette, un autre fief bloquiste conquis par le NPD en 2011. L'ex-chef Mario Beaulieu, qui avait cédé sa place à Gilles Duceppe plus tôt cette année, a aussi été élu dans La-Pointe-de-l'Île.

À l’instar du NPD et de sa vague orange de 2011, le Bloc de 2015 est composé de nombreux nouveaux visages, et de plusieurs jeunes, a souligné la députée péquiste Martine Ouellette au Devoir. « On était à deux, on est maintenant dix, c’est une très bonne avancée. Il y a tout un renouvellement au niveau des équipes du Bloc, des candidats. Et ça, c’est bien encourageant pour l’avenir », a-t-elle souligné.

Dans sa courte allocution, Gilles Duceppe n’a fait aucune référence à son avenir à la tête du parti. Son entourage assure toutefois qu’il ne démissionnera pas. Le chef doit dresser le bilan de sa campagne mardi à 13 h.

Louis Plamondon a appelé son chef à demeurer à la tête de la formation. « Même si Gilles est défait, il peut demeurer chef. Il pourrait être un porte-parole extraordinaire du Bloc à travers tout le Québec. C’est ce que je souhaite le plus, car c’est grâce à lui que le Bloc est encore vivant », a confié M. Plamondon, de sa circonscription, en entrevue à Radio-Canada.

 

Même si Gilles est défait, il peut demeurer chef. Il pourrait être un porte-parole extraordinaire du Bloc à travers tout le Québec. C’est ce que je souhaite le plus, car c’est grâce à lui que le Bloc est encore vivant.

27 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 20 octobre 2015 04 h 28

    Comprendre

    Pendant des décennies, indépendantistes québécois, pour tenter d'aider notre fait français, nous avons combattus la volonté canadienne de favoriser partout l'immigration de personnes ayant facilité à adopter comme ciment national le rejet de la langue française.
    De cette lutte, les gouvernements successifs du PQ ont fini par imposer une forme de priorité de résidence au Québec des francophones étrangers; le résultat de cette lutte s'observant avec l'arrivée continue de nouveaux citoyens francophones partout au Québec. Et en particulier dans Laurier-Sainte-Marie.
    Toutefois, suite au référendum de 95, par notre molesse politique générale et la persistance du Canada à dévaloriser, en tout et partout, ce que sont les Québécois et leur culture, force est de constater qu'une part importante des nouveaux citoyens francophones ne sait maintenant, et encore moins ne comprend, comment en termes politiques il se fait qu'ils soient si nombreux chez nous. Ce que nous pouvons vérifier au quotidien et de plusieurs manières, pour peu qu'on soit capable de mesurer les erreurs historiques qu'ils commettent souvent dans leurs propos.
    Bien entendu, loin de moi est l'idée de condamner ces gens. Ceux qui arrivent ne sont jamais responsables des conditions de leur accueil, pas plus qu'ils ne le sont des politiques qui ont favorisées leur installation. Sauf que ce constat oblige à percevoir le succès canadien à dévaloriser, socialement et culturellement, notre société.
    Ce que d'ailleurs, le défaitisme ambiant qui a suivi novembre 1995 a eu pour conséquence directe d'exacerber chez beaucoup de ces nouveaux arrivants.
    Eux qui trouvaient belle l'occasion de s'identifier à des "gagnants naturels", les Canadiens, plutôt qu'à des 'perdants éternels", les Québécois...
    La chose expliquant selon moi en partie la défaite locale de Monsieur Duceppe et la faiblesse du Bloc, ailleurs au Québec.
    L'autre partie de l'explication venant de l'absence au BQ d'un vrai projet de société républicain.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 20 octobre 2015 08 h 18

      Oui, c'est probablement la faute aux immigrants si le Bloc ne reçoit pas l'appui de 30% des francophones et si la région de la Capitale Nationale est conquise par les Conservateurs.

      Manque-t-il un volet à votre analyse?

      Selon moi, c'est surtout en se débarassant de l'épouvantail de l'immigration que le Québec pourra se formuler de nouveaux projets rassembleurs. Ça passe par une politique musclée d'intégration des immigrants au marché de travail par une meilleure politique de reconnaissance des compétences acquises à l'étranger ; des réinvestissements massifs en éducation et en formation des futurs enseignants ; un encouragement au débat qui implique le fait qu'il existe plusieurs options au Québec et qu'on doive en débattre, plutôt que le mythe de l'homogénéité tribale qui mène plusieurs commentateurs à voir la dissension comme provenant de l'extérieur...

    • Simon Lavoie - Abonné 20 octobre 2015 11 h 36

      Merci de cette excellente analyse, que je partage intégralement. Gilles Duceppe a beaucoup défini le programme du parti par des propositions négatives (Contre l'oléoduc, contre le vote à visage cachée, etc.), avec peu de contrepoids constructif -- ceci mérite aussi d'être pris en compte.

    • - Inscrit 20 octobre 2015 12 h 50

      Je suis d'accord avec le point de vue de M. Lamy-Théberge. Il faut travailler au rassemblement des forces vives du Québec plutôt que de ressasser le ressentiment.
      Le ressentiment, comme le disait Nietzsche, est l'attribut de la morale de l'esclave. Le contrôle de son destin sans complexe, est une attitude propre à la morale du maître.

    • Luc Bertrand - Abonné 20 octobre 2015 14 h 54

      @ Yves Côté, Alexis Lamy-Théberge, Simon Lavoie et Georges Hubert,

      Il y a beaucoup d'explications plausibles pour expliquer les résultats décevants d'hier, notamment dans Laurier-Ste-Marie. Gilles Duceppe a davantage souffert que les autres candidat(e)s du Bloc en étant contraint à une campagne minimale dans son propre comté, pour être présent partout ailleurs au Québec en tant que chef du parti. Je crains également qu'une partie de son électorat (les militant(e)s de QS) lui ait encore fait faux bond au profit d'Hélène Laverdière.

      Les explications plus profondes devront être analysées par la direction du parti. Il se pourrait d'ailleurs que celles-ci pourraient dépasser celles qu'a avancées Martine Tremblay dans son livre "La rébellion tranquille: Histoire du Bloc québécois, 1990-2011", car il est clair que Thomas Mulcair n'avait rien de la personnalité de Jack Layton et que le NPD ne bénéficiait plus de l'attrait de la "nouveauté" comme en 2011.

      Entre autres causes des résultats d'hier, ce n'est pas pour rien que le Bloc québécois doive toujours justifier sa pertinence à Ottawa, surtout lorsque le gouvernement du Québec est libéral et essentiellement fédéraliste. On a constaté, depuis la première élection des conservateurs, en janvier 2006, que l'effet repoussoir du Canada anglais n'est plus un facteur prépondérant pour inciter à voter Bloc.

      Concernant l'argument de l'absence de projet de société républicain proposé par le BQ, malgré que le parti ait proposé d'excellentes pistes de solution à son congrès de 1995, je considère que c'est plutôt aux partis indépendantistes sur la scène provinciale qu'incombe la responsabilité de présenter un tel projet, au moins pendant la période de transition qui suivrait un OUI gagnant ou une élection portant sur l'indépendance. Le Bloc, à Ottawa, est condamné, par sa conception même, à être exclu de l'exercice du pouvoir. Au maximum, il peut forcer le Canada à tenir compte des besoins spécifiques du Québec.

      Luc Bert

    • Yves Côté - Abonné 21 octobre 2015 03 h 10

      Merci Messieurs de me porter la contradiction.
      Monsieur Lamy-Théberge, j'ai l'impression qu'il manque un volet à votre critique lorsque de mon texte vous concluez "le mythe de l'homogénéité tribale qui mène plusieurs commentateurs à voir la dissension comme provenant de l'extérieur". En effet, j'y précise "Bien entendu, loin de moi est l'idée de condamner ces gens. Ceux qui arrivent ne sont jamais responsables des conditions de leur accueil, pas plus qu'ils ne le sont des politiques qui ont favorisées leur installation." et surtout y ajoute "Sauf que ce constat oblige à percevoir le succès canadien à dévaloriser, socialement et culturellement, notre société."
      Parce que le point important de mon constat est celui-là, celui de la réussite de la stratégie de communication canadienne...
      Monsieur Lavoie, tout comme vous, je ne crois pas que notre pays doit se faire contre quoi ou qui que ce soit. C'est la raison pour laquelle, après plus de quarante ans d'indépendantisme continu, je refuse pour moi l'appellation courante de "nationaliste" et ne la tolère pour les convictions de mes pairs que parce qu'un jour, il y a maintenant longtemps, le nationalisme québécois en question fut accompagné des qualificatifs de "culturel et non-ethnique".
      Ne dit-on pas que là où le patriotisme est l'amour de sa patrie, trop souvent le nationalisme n'est que détestation de celle des autres ?
      Ce qui non-seulement ne correspond en rien à mes sentiments, vous le percevez je crois Monsieur Hubert, mais me donne à partager en tout le point de vue que vous exprimez.
      Monsieur Bertrand, je me permettrai d'opposer à votre texte l'idée évidente et je l'espère partagée, que puisque l'indépendance n'appartient à aucun parti politique, l'analyse de la défaite de Monsieur Diceppe et du peu de succès du BQ est ouverte à tous qui veulent apporter un point de vue pour comprendre les choses.
      Et qu'il en est de même du projet formel de pays, sur lequel il m'apparaît si important de travailler, tous au

  • Jean Lapointe - Abonné 20 octobre 2015 07 h 16

    Bravo monsieur Ducepppe

    «En dépit d’une seconde défaite d’affilée contre la néodémocrate Hélène Laverdière, Gilles Duceppe demeurera en poste à titre de chef de la formation, dans l’immédiat du moins.» (Philippe Orfali)

    Je ne suis pas très fier d'habiter dans la circonscription dans laquelle Gilles Duceppe était candidat.

    Pourtant s'il y avait quelqu'un qui méritait d'être élu c'est bien lui.

    Mais il trouvera bien le moyen de continuer à sensibiliser la population du Québec à la nécessité de faire du Québec un pays indépendant même s' il ne sera pas présent à la Chambre dite des Communes.

    Il a fait un travail formidable en favorisant l'élection de dix candidats du Bloc dont monsieur Boileau.

    Bravo Gilles et merci pour ce que vous avez fait et que vous continuez de faire pour les Québécois qui sont fiers de l'être.

    • Luc Bertrand - Abonné 20 octobre 2015 15 h 09

      Nous devons effectivement une fière chandelle à monsieur Duceppe. Il s'est littéralement fendu en quatre pour raviver les militant(e)s du Bloc dans toutes les régions du Québec, au point de ne pouvoir faire la campagne qu'il lui aurait été nécessaire pour arracher Laurier-Ste-Marie au NPD. Il a été tout simplement impeccable, aussi bien lors de ses points de presse que pendant les débats auxquels on a daigné l'inviter.

      Malgré que son retour à la direction du parti ait provoqué une impression de recul ou de retour à la case départ, je crois que Gilles Duceppe constituera toujours une précieuse caution au parti et à ses député(e)s auprès des médias et un bon conseiller pour Pierre Karl Péladeau en préparation de l'élection décisive de 2018. D'ici là, le caucus à Ottawa pourra se trouver un nouveau leader capable de lui succéder s'il fallait que nous devions retourner en élections fédérales avant la réalisation de l'indépendance du Québec.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 octobre 2015 07 h 24

    Bravo !

    « Le chef doit dresser le bilan de sa campagne mardi à 13 h. » (Philippe Orfali, Le Devoir)

    De cette victoire et du bilan de campagne à venir, cette douceur double :

    A Bravo à Gilles ainsi qu’à son équipe pour avoir soulevé cette fibre identitaire susceptible d’épauler cette quête de l’autodétermination du Québec, d’un Québec, libre d’Ottawa, encore vivant et lucide, et ;

    B Bravo pour ce travail à accomplir, notamment au chapitre des risques d’assimilation du Québec devant-derrière des valeurs qui lui sont comme étrangères à son évolution !

    Bravo ! - 20 oct 2015 -

  • - Inscrit 20 octobre 2015 08 h 36

    Une sérieuse semonce !

    Avec certains des participants ici, je dis bravo et merci à M. Duceppe, pour la belle et digne campagne qu’il a mené. Je déplore comme plusieurs ce matin qu’un homme de cette qualité, sans doute l’un de nos meilleurs politiciens, qui s’est donné corps et âme pour le Québec soit rejeté par tant d’ingratitude. La politique use les hommes de valeur et promeut souvent les automates mus par le système, soutenu par les habitudes du confort et de l’indifférence.

    Ceci étant, les résultats d’hier est une défaite (pas une demi victoire comme on le dit) mais une défaite amère pour le mouvement indépendantiste québécois. Bien sûr on analysera que moult facteurs explique ce vote massif pour les libéraux fédéraux : volonté de changement, effet de tendance des sondages, les médias, et que sais-je ? Mais il reste que les indépendantistes doivent ce matin se poser de très sérieuses questions quant à leur approche de la question fondamentale à la base de leur option.

    Ma réponse immédiates est que le mouvement ne doit pas céder à la crispation identitaire. Il doit opérer un authentique pas visant l’intégration des immigrants à une société vivante, confiante dans le futur et désireuse d’intégrer dans la fraternité les personnes qui acceptent un respect mutuel des valeurs fondamentales. Le mouvement indépendantiste québécois doit présenter le visage de l’optimisme et appeler les personnes de tous les horizons au mieux vivre ensemble. C’est au mouvement indépendantiste de montrer que le Québec est une société d’accueil moderne, laïque, et que l’adhésion à cette société se fait dans le respect mutuel des droits civiques fondamentaux.

    L’indépendance du Québec se fera sans le nationalisme identitaire ou il ne se fera pas.

    • Luc Bertrand - Abonné 20 octobre 2015 15 h 29

      Monsieur Hubert, comment voulez-vous qu'on puisse intégrer les 55 000 immigrant(e)s que Philippe Couillard continue à faire entrer, au Québec, à chaque année, sans cesser, de plus, à sabrer dans les budgets de francisation et d'intégration? Croyez-vous que c'est lui qui va chercher à contrer le lavage de cerveau que ces immigrant(e)s reçoivent de Citoyenneté et Immigration Canada à l'effet que le Québec n'est qu'une province comme les autres et qu'il ne leur suffit que la connaissance de l'anglais ou du français pour y vivre, particulièrement dans la région de Montréal qui en reçoit 80%?

      Le conservatisme qui caractérise de plus en plus les régions de Québec, du Saguenay-Lac-St-Jean, de la Beauce et de Chaudière-Appalaches me semble s'accroître en grande partie à cause de l'aversion des Québécois(e)s qui y habitent pour le multiculturalisme et les aberrations médiatisées qui ne cessent de se multiplier avec les "accommodements (dé)raisonnables". Or, ces régions ont tourné le dos au Parti québécois depuis belle lurette pour se rabattre sur le PLQ et la CAQ.

      Comment pourra-t-on concilier ces deux tendances lourdes qui minent nos chances de devenir un pays souverain avec un gouvernement libéral encore bien en selle pour les trois prochaines années?

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Gilles Delisle - Abonné 20 octobre 2015 09 h 01

    Montreal ne sera plus jamais Bleu ( Péquiste ou Bloquiste)

    Dans les années 70, on était prés de 80% de francophones, alors qu'aujourd'hui, nous sommes près de 50% de francophones ou parlant francais. Ainsi, les résultats électoraux se divisaient entre l'Est et l'Ouest de la Ville, à peu près également. Aujourd'hui, les francophones ayant déserté la Ville pour la banlieue, l'idée d'indépendance s'est déplacée également, laissant les allophones et anglophones occuper la grande ville, ces derniers n'étant pas les principaux électeurs de ces deux partis.

    • Luc Bertrand - Abonné 20 octobre 2015 16 h 01

      Vous avez parfaitement raison, monsieur Delisle. L'île de Montréal est, ethniquement et linguistiquement, devenue le Titanic du français. L'eau (l'anglicisation et l'ethnicisation des Montréalais(e)s) qui se ruait dans les compartiments "étanches" de l'ouest de l'île, avec l'installation de 80% des 55 000 immigrant(e)s qu'Ottawa et le PLQ nous balancent chaque année dans la région métropolitaine, a envahi le nord, le centre et le nord-est de l'île. Désormais, il ne reste que la pointe est de Montréal qui sort de l'eau, comme le démontrent les résultats des élections provinciales et fédérales des dernières années.

      L'immigration suit la même tendance que les Québécois(e)s de souche en s'installant de plus en plus dans la banlieue périphérique de Montréal, de sorte que l'anglais se répand également dans les couronnes nord et sud de Montréal. Le recul du PQ sur la question identitaire et la promotion de l'indépendance, depuis 1995, n'a rien fait pour aider la situation, les électeurs "de souche" du "450" lui ayant préféré l'ADQ et la CAQ depuis.

      La situation est extrêmement grave et les électeurs québécois ne semblent pas le comprendre. Mais, si rien ne change, le "Titanic" montréalais va entraîner à sa suite le naufrage de toutes les régions du Québec. Comme les anglophones votent à 90-95% pour le PLQ et contre l'indépendance, que les allophones le font entre 70-95% pour nombre de communautés et que les francophones se divisent sur la question gauche-droite en plus de sur l'axe de la question nationale, nous nous condamnons à nous dissoudre de l'intérieur dans le grand tout "Canadian".

      Et nous venons, hier, de nous donner le fils du père du multiculturalisme et ennemi juré des indépendantistes comme premier ministre et gouvernement MAJORITAIRE à Ottawa, avec 40 larbins à leur solde sur 78 député(e)s du Québec.

      Comprenez-vous que les jours de notre majorité de 80%, au Québec, sont comptés, depuis hier?

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

    • Yves Côté - Abonné 21 octobre 2015 03 h 21

      Messieurs Delisle et Bertrand, tout ce qui a été fait par les Hommes peut etre défait par les Hommes.
      Mais il faut s'y mettre sans attendre plus.
      Et cela, en commençant par revenir à Montréal, nous les francophones de racines québécoises anciennes...
      La détermination et le courage individuels ne sont jamais des données théoriques et incantatoires mais, s'ils sont partagés au quotidien, seront le fondement possible de cette existence collective qui sera la nôtre.

      Merci de m'avoir lu.