«Les Canadiens ont choisi le changement»

L’ampleur de la victoire libérale a surpris tout le monde, y compris les militants de « Justin ».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ampleur de la victoire libérale a surpris tout le monde, y compris les militants de « Justin ».

Majoritaire au Parlement, le chef libéral, Justin Trudeau, s’est engagé lundi soir à livrer ce qu’il a promis durant 78 jours : du « vrai changement » après neuf années de règne conservateur à Ottawa.

« Les Canadiens ont choisi le changement, un vrai changement ! » a lancé le nouveau premier ministre du Canada à des centaines de partisans rassemblés au chic hôtel Reine-Élizabeth de Montréal, lundi soir.

Quarante-sept ans après la victoire de son père, Justin Trudeau est devenu à son tour premier ministre du Canada. Il retourne aux sources, au 24 promenade Sussex à Ottawa, où il est né il y a 43 ans.

Plus la soirée avançait, plus les oh ! et les ah ! se faisaient entendre au rassemblement de Justin Trudeau à Montréal. Le Parti libéral a gagné sur toute la ligne : majoritaire aux Communes, il a aussi remporté la majorité des sièges au Québec.

La dernière fois où le PLC a détenu la majorité des circonscriptions québécoises, c’était sous la direction de Pierre Elliott Trudeau. En 1980, le père de Justin avait remporté 74 des 75 circonscriptions du Québec. Il a rapatrié la Constitution canadienne en 1982 et créé la Charte des droits et libertés sans l’appui du Québec, qui n’a toujours pas signé le document, 33 ans plus tard.

Sans parler de cet épisode marquant de l’histoire canadienne, Justin Trudeau s’est engagé à faire de la collaboration avec les provinces « le principe premier de ses actions ». « Le Québec fait un retour au gouvernement du Canada, a-t-il dit aux Québécois. Nous avons choisi de nous réengager dans une politique plus rassembleuse, plus positive. Nous avons choisi de nous réengager dans la gouverne d’un pays pour qu’il reflète nos valeurs et nos ambitions. »

Citant Laurier, qui a gouverné il y a un siècle, le chef libéral a évoqué des « voies ensoleillées » pour l’avenir du pays. Il s’est engagé à aider les travailleurs qui ont des difficultés à joindre les deux bouts, à payer les factures, qui s’inquiètent pour leur retraite. « Vous êtes l’inspiration derrière notre programme », a-t-il dit aux électeurs de la classe moyenne.

Une surprise, même pour les partisans

L’ampleur de la victoire libérale a pris tout le monde par surprise, y compris les militants de « Justin », comme l’appellent ses partisans. Sous-estimé en début de campagne, Justin Trudeau est devenu le premier chef de l’histoire canadienne à remporter une élection après avoir commencé au troisième rang dans les intentions de vote. Il a aussi été élu pour la troisième fois dans sa circonscription de Papineau, au centre de Montréal, en devançant largement Anne Lagacé Dowson, du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Le chef de 43 ans a fait mentir ses détracteurs, qui le décrivaient comme un politicien sans substance, sans profondeur, tout juste bon à faire des égoportraits ou des combats de boxe. Mais il a prouvé qu’il peut mener une campagne sans failles.

« Justin a gagné en se concentrant sur les vrais enjeux et a évité les attaques personnelles contre ses adversaires », a déclaré Gérald Butts, conseiller du chef libéral.

« Le pays avait besoin de changement », a confié de son côté Elizabeth Fulawka, une militante de libérale de Toronto en voyage d’affaires à Montréal. Elle est venue applaudir Justin Trudeau, au rassemblement libéral tenu au centre-ville. « Si Justin est prêt à diriger le Canada ? Franchement, je ne sais pas. Mais les électeurs canadiens ont décidé qu’il est prêt, alors il n’a pas le choix ! » ajoute-t-elle en anglais.

« Le désir de changement était très fort. N’importe quel parti qui est au pouvoir depuis près de 10 ans devient usé », ajoute Elizabeth Fulawka.

« C’est comme une cure de rajeunissement pour le Canada », dit Viviane Minko, une citoyenne canadienne originaire du Gabon.

« Je suis fière de mon pays d’accueil, mais Harper a nui au Canada, ajoute la partisane libérale. Les conservateurs ont entaché l’image du Canada à l’étranger. J’en avais assez de leurs politiques contre l’environnement, de leur politique de va-t-en-guerre et de leur combat contre la liberté d’expression. »

De troisième à premier

Au déclenchement de la campagne, le 2 août, Justin Trudeau était troisième dans les intentions de vote, derrière le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique (NPD).

L’ancien premier ministre Brian Mulroney avait prévenu qu’il ne fallait pas sous-estimer le chef libéral.

Dans les coulisses du rassemblement libéral, les stratèges du parti estiment que Justin Trudeau a gagné d’abord et avant tout une bataille de perception contre son adversaire néodémocrate Thomas Mulcair. Dans la deuxième moitié de cette campagne-marathon, le chef libéral est parvenu à s’imposer comme la solution de rechange la plus crédible contre les conservateurs.

Le Parti libéral a remporté 40 des 78 circonscriptions du Québec. La vague orange de 2011 est devenue un ressac rouge, y compris au Québec, ce qui a mené à une majorité libérale à la Chambre des communes.

Justin Trudeau a notamment joué d’audace en s’engageant à faire jusqu’à trois déficits consécutifs, à hauteur de 10 milliards par année, pour investir massivement dans les infrastructures.

Il a courtisé inlassablement la classe moyenne en s’engageant à augmenter les prestations pour enfants et à les rendre non imposables, contrairement aux conservateurs.



 
3 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 20 octobre 2015 09 h 03

    Le changement dans la continuité

    Faut se méfier des changements annoncés. Souvent, ils se traduisent par une décevante continuité.

  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2015 09 h 46

    Une légèreté certaine...

    À écouter le premier discours du nouveau premier ministre Trudeau, je me suis dit: que de clichés, que de platitudes! Aucun doute: l'homme devra être encadré, car il me semble toujours léger au plan intellectuel. À surveiller!

    Michel Lebel

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 20 octobre 2015 10 h 13

    Je crois cette victoire du PLC

    est la plus grande claque que recois le PLQ de Couillard avec sa stupide politique d austérité partout surtout envers l'éducation ,l'avenir de nos enfants,de notre langue . J-P.Grisé