Après la vague orange, le grand ressac

Dans son discours de fin de soirée, Thomas Mulcair a pris acte des résultats de son parti. Il n’a toutefois pas évoqué son avenir politique personnel.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Dans son discours de fin de soirée, Thomas Mulcair a pris acte des résultats de son parti. Il n’a toutefois pas évoqué son avenir politique personnel.

Ils le savaient, le sentaient : le recul du NPD était attendu par ses militants et par les stratèges. L’ampleur du ressac a toutefois surpris lundi soir, transformant la fête prévue au Palais des congrès de Montréal en une veillée froide et silencieuse. Après l’euphorie de la vague orange de 2011, la déception était grande. Et la gifle cinglante.

Vers minuit trente, le parti ne menait que dans 41 circonscriptions — très loin des 103 députés élus il y a quatre ans. Au Québec, le NPD passe ainsi de 59 sièges en 2011 à 16 cette année ; en Ontario, la députation diminue de 22 élus à 8. Le parti a autrement conservé une douzaine de sièges en Colombie-Britannique.

Thomas Mulcair a pris acte des résultats dans un discours livré — avec le sourire, malgré tout — vers 23 h 30, devant un petit groupe de partisans. Il n’a pas évoqué son avenir politique personnel. « Les Canadiens ont fait ce choix et nous l’acceptons en toute humilité », a indiqué le chef du NPD. « Depuis le début, cette élection porte sur le changement. Ce soir, les Canadiens ont tourné les pages sur dix longues années et ont rejeté la politique de la peur et de la division », s’est-il réjoui.

M. Mulcair a qualifié « d’accomplissement exceptionnel » la victoire de Justin Trudeau, et il a remercié Stephen Harper pour ses services. Pour la suite des choses, il a promis que le NPD « continuerait à être porteur d’espoir et d’optimisme », et qu’il se « tiendrait debout » pour les valeurs et dossiers qu’il défend — l’environnement et le sort des femmes autochtones, notamment.

Réélu dans Outremont, Thomas Mulcair estime que le NPD a « démontré qu’au Québec, les racines du NPD continuent de se développer. Dorénavant, le NPD sera toujours pour les Québécois un choix réel ». Ses troupes ont recueilli un peu plus de 25 % du vote au Québec lundi.

Dès le début de la soirée électorale, il est apparu évident que le rouleau compresseur libéral ne laisserait que des miettes au NPD, qui partage en partie le même bassin d’électeurs. À la télévision de Radio-Canada, l’ancien député Yvon Godin a vite laissé transparaître sa frustration : « Je suis découragé ! a-t-il lancé. Je trouve que c’est triste que la population ait encore choisi d’aller avec les vieux partis. »

Mais la population voulait du changement, et « le NPD n’a malheureusement pas pu incarner ce changement au jour J », reconnaissait plus tard Brad Lavigne, stratège influent au sein du parti.

En 2004, le NPD avait obtenu 19 députés, puis 29 en 2006 et 37 en 2008.

Reculer pour avancer

Malgré l’importance des pertes pour le NPD, plusieurs stratèges soutenaient que le parti avait tout de même progressé au cours de la campagne actuelle.

« Ce qui est intéressant, disait Karl Bélanger, porte-parole de la campagne et conseiller de Thomas Mulcair (et de Jack Layton avant lui), c’est que, peu importe les résultats de ce soir, le NPD a été perçu et considéré dans les derniers mois comme une option viable en tant que gouvernement. C’est une première dans l’histoire du parti, et c’est ce qui est intéressant. »

Selon M. Bélanger, le NPD « pourra bâtir là-dessus. On a mis fin, un peu, à ce système de deux partis. C’est un pas important. On s’est enracinés un peu partout au pays ».

Directrice de la campagne du NPD au Québec, Rebecca Blaikie disait elle aussi que la campagne a eu beaucoup de bon pour le parti. « Un des grands objectifs était de démontrer qu’on était bien implantés au Québec, que la vague orange n’était pas un hasard. On a maintenant une machine extraordinaire sur le terrain, avec des milliers de bénévoles : c’est positif. »

Mais lundi, les militants rassemblés au Palais des congrès semblaient surtout encaisser le choc des résultats. « On verra ce qu’on en retient plus tard, mais là, ce soir, ça fait mal », confiait un d’entre eux.



 

Depuis le début, cette élection porte sur le changement. Ce soir, les Canadiens ont tourné les pages sur dix longues années et ont rejeté la politique de la peur et de la division.

11 commentaires
  • Marc Lacroix - Abonné 20 octobre 2015 07 h 45

    Une défaite prévisible !

    À viser trop large, on manque sa cible. Il a cherché à faire plaisir à tout le monde pour prendre le pouvoir, il a voulu transformer son parti social-démocrate en parti centriste; erreur majeure, car il s'est positionné dans le camp de la continuité des conservateurs — pas dans celui du changement. Il a refusé d'écouter les Québécois sur certaines questions, histoire de rester "canadian" alors que sa députation au Québec constituait le gros de ses troupes. Le multiculturalisme n'est pas vendeur au Québec, il sabotait ainsi sa campagne québécoise.

    Les Québécois auraient pu — voter Bloc en masse —, mais la crainte les a déportés vers le seul parti qui éloignait Harper du pouvoir, le Parti libéral du Canada. M. Mulcair a un sérieux examen de conscience à faire s'il désire rester le chef du NPD.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 20 octobre 2015 09 h 00

      Et pourtant, journalistes et chroniqueurs ont maintenu jusqu'à la fin une lutte à trois comme pour maintenir un suspens fictif et faire audience comme on dit.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 20 octobre 2015 09 h 43

      « Les Québécois auraient pu — voter Bloc en masse —, mais la crainte les a déportés vers le seul parti qui éloignait Harper du pouvoir, le Parti libéral du Canada. »

      Là-dessus, vous n'avez pas tort. Avec moins du quart de sa députation venant du Québec, le NDP va retourner à ses racines canadians. Les Québécois verront alors que ce parti n'a plus rien à voir avec Nous.

      Au prochain rendez-vous, le Bloc pourrait très bien s'avérer la seule alternative aux liberals comme au temps de l'abo-minable ti-gars de Shawinigan. Il ne lui suffira alors d'avoir à sa tête un leader charismatique. Non pas que Gilles Duceppe ne fera pas l'affaire mais parce que l'âge l'aura rattrapé.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 octobre 2015 09 h 49

      « Il a cherché à faire plaisir à tout le monde pour prendre le pouvoir »

      Il me semble que c'est plutôt à Justin Trudeau que cette remarque s'applique, lui qui a réussi à édulcorer la politique canadienne comme nul autre auparavant.

      Tout au contraire, le discours du NPD, parce qu'il essayait de concilier les intérêts potentiellement conflictuels des canadiens ne pouvait plaire à une société dont l'unique souci était de se débarasser du gouvernement Harper...

      ... et non de nourrir des débats « idéologiques », comme on dit de façon péjorative. Multiculturaliste ou souverainiste, à gauche ou à droite, on s'en bat l'oeil. du moment que le PLC livre Justintime.

      Cela pour la présente élection. La question : toutes ces questions sont-elles simplement en dormance, dans l'opinion, ou le Canada de tous les partenariats et autres accords de libre-échange est-il en train de devenir une coquille vide? Si c'est le cas, la défaite du NPD, si elle est peut-être due ponctuellement à des erreurs tactiques, est peut-être surtout symptomatique de tout autre chose.

  • Stéphane Picher - Abonné 20 octobre 2015 08 h 52

    Et si aller vers le centre n'était pas une bonne idée?

    Personne parmi les stratèges n'évoque l'hypothèse (qui est la mienne mais je crois celle de beaucoup de gens) que l'erreur du NPD a été de se magasiner un mandat plus à droite.
    On ne saura jamais ce qu'il aurait pu réaliser en mettant l'accent sur ses (anciennes?) idées de gauche. Mais pour ça, il aurait fallu un autre chef.

  • Dany Leblanc - Abonné 20 octobre 2015 09 h 11

    Ce n'est pas beau mentir.

    On ne peut plus dire une chose en anglais et le contraire en français en 2015. Mulcair a beau dire qu'il a le même discours dans les deux langues officielles mais un vidéo qui le montre en appuyant le pipeline d'Énergie-Est circulait sur le WEB.

    Jamais il aurait déchiré l'accord du PTP parce que le Canada aurait été trop isolé.

    Mensonge après mensonge, les Québécois et Canadiens ont cessé de le croire.

  • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2015 10 h 11

    Une sérieuse défaite pour T. Mulcair

    En ce temps où l'image prévaut, Thomas Mulcair faisait vieux et le changement, la "jeunesse", ne pouvaient être incarnés que par Justin Trudeau. Mulcair ne passait pas la rampe et il ne gardait même plus sa base au Québec en raison de sa position sur le niqab. Quant aux conservateurs, ils ont tout simplement conservé leur "base dure": économie et sécurité. T.Mulcair devra donc se poser des questions sur son avenir comme chef du NPD...


    Michel Lebel

    • Jacques Boulanger - Inscrit 20 octobre 2015 13 h 05

      Si vous croyez que le niqab est la raison de la défaite du NPD, c'est qu'alors vous êtes d'une abyssale naïveté.

    • Michel Lebel - Abonné 20 octobre 2015 15 h 22

      Lisez-moi bien, M.Boulanger! Pour le Québec, le niqab a fait beaucoup de mal au NPD; Tom n'était pas Jack! L'affection pour le NPD est disparu. Pour le Canada anglais, Mulcair ne fut jamais une figure inspirante de changement.

      M.L.

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 20 octobre 2015 15 h 12

    Vote stratégique, mon oeil!

    Certains grands penseurs se disant souverainistes nous demandaient de laisser tomber le Bloc Québécois et de voter stratégiquement pour le NPD.

    Nous leurs disions que c'est le ROC qui décide et choisit son gouvernement du Canada, et que nous devions voter en pensant à nous d'abord.

    Malgré les pertes de votes souverainistes dues à cette stratégie (!), les 10 élus du Bloc vont mieux nous informer ( les souverainistes ) de ce qui se passe à Ottawa que les 16 du NPD.