La ruse de l’épouvantail fatigué

Les conservateurs de Stephen Harper ont tenté de présenter un changement de gouvernement comme un risque pour l’économie.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les conservateurs de Stephen Harper ont tenté de présenter un changement de gouvernement comme un risque pour l’économie.

Le plan était pourtant simple, et néanmoins risqué dans un contexte d’instabilité mondiale : discréditer l’adversaire en le présentant comme un poids-plume intellectuel et lui opposer la promesse de sécurité. Et si ce n’est pas assez, le saigner financièrement en déclenchant la campagne électorale la plus longue de l’histoire récente du Canada. Pourtant, rien ne s’est déroulé comme prévu pour Stephen Harper. Et à deux jours du vote, la possibilité que le chef conservateur perde le pouvoir au profit de celui rebaptisé le « poulain fringant » est bien réelle.

Le départ électoral a été difficile pour Stephen Harper. Le procès de son ex-sénateur Mike Duffy, qui a accaparé les trois premières semaines de la campagne, le force à répondre jour après jour aux questions des journalistes sur le sujet plutôt que d’imposer son message. Quand ce chapitre du procès se termine fin août, le Parti conservateur affiche ses pires résultats dans les intentions de vote de toute la campagne : 27 %, selon la compilation effectuée par Éric Grenier, l’analyste de sondages pour CBC.

Mais sa campagne reprend de la vigueur à la mi-septembre quand M. Harper annonce que l’année 2014-2015 s’est terminée par un surplus de 1,9 milliard plutôt qu’un déficit de 2 milliards et que la récession du début d’année s’est terminée avant même qu’on en apprenne a posteriori l’existence.

Puis, l’affaire du niqab frappe. Stephen Harper peut clamer qu’outre la sécurité politique et économique, il est le seul leader à garantir la sécurité des valeurs. À peine le sujet s’essouffle-t-il que le gouvernement annonce qu’il retirera sa citoyenneté canadienne à un individu déclaré coupable de terrorisme. L’entourage de M. Harper soutient que ces deux sujets ont profité au parti qui a pu poser comme celui du « gros bon sens ». La compilation d’Éric Grenier démontre que c’est effectivement à ce moment que les conservateurs ont atteint leur sommet de 33 %.

Dans les coulisses néodémocrates, où on reconnaît avoir fait les frais du débat sur le niqab, on estime que les conservateurs ont fait un mauvais calcul. Ils ont voulu mettre dans l’embarras Thomas Mulcair, mais une fois le vote néodémocrate ameubli, ceux qui voulaient quand même du changement se sont réfugiés chez Justin Trudeau. Du coup, au lieu de maintenir le vote d’opposition divisé, ce qui lui aurait permis de se faufiler, M. Harper l’a consolidé.

Car voilà : le PCC avait démarré la campagne à 31 % dans les sondages et la termine avec 30 %. S’il devait perdre le pouvoir lundi, ce ne serait pas tant parce qu’il y a eu un effondrement que parce qu’il n’y a pas eu de résurgence.

Une caricature

Comme en 2011, la campagne conservatrice a fait le pari du statu quo : il fallait réélire Stephen Harper, car lui seul pouvait offrir la stabilité nécessaire dans un monde incertain (terrorisme) et une économie chambranlante. En 2011, le risque était celui de la coalition, en 2015, de l’incertitude découlant de la nouveauté. M. Harper a joué le rôle de l’aîné mettant en garde contre les sirènes du changement.

« Il a fait l’erreur de penser que ces messages-là pouvaient être soutenus pendant onze semaines, analyse le stratège libéral Robert Asselin. À la fin, c’est devenu une campagne triviale, quasiment une caricature avec The Price Is Right et Rob Ford. » Les mises en scène auxquelles s’adonne cette semaine M. Harper pour illustrer le prix d’un gouvernement Trudeau, avec des liasses de billets et un son de caisse enregistreuse, ont suscité bien des railleries.

Chez les néodémocrates, on estime que les conservateurs ont aussi commis l’impair de trop ridiculiser Justin Trudeau, qui n’a pu que surpasser les attentes. L’épouvantail a fini par faire rire plutôt que peur…

Avec Guillaume Bourgault-Côté et Marie Vastel

À la fin, c'est devenu une campagne triviale, quasiment une caricature avec The Price Is Right et Rob Ford

1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 08 h 43

    Petit

    Quand tu penses petit, tu agis petit et tu considères que le monde pense petit aussi. Et n'importe qui qui pense autrement est considéré comme une menace et n'importe quel mouvement est considéré comme un risque.

    Peur de perdre n'est pas espoir de gagner.

    PL