La revanche du «pee-wee»

Le chef du Parti libéral a profité de la longue campagne pour changer la perception du public. Justin Trudeau a notamment bien fait au débat du magazine «MacLean’s».
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le chef du Parti libéral a profité de la longue campagne pour changer la perception du public. Justin Trudeau a notamment bien fait au débat du magazine «MacLean’s».

Justin Trudeau aura connu une campagne à l’image de son combat de boxe contre Patrick Brazeau en 2012 : des débuts difficiles, une remontée en milieu de parcours et une finale éclatante. Avec à la clé la forte possibilité que l’élection de lundi le ramène là où il est né, au 24 Sussex.

Troisième dans les sondages en début de campagne, le chef libéral a tranquillement remonté la pente et semble aujourd’hui le mieux positionné pour être élu premier ministre lundi — 47 ans après le triomphe de son père. Les derniers sondages créditent le Parti libéral d’une avance de six ou sept points sur les conservateurs, et font miroiter la perspective d’un gouvernement Trudeau… peut-être même majoritaire.

Sans cesse décrit comme une sorte de « pee-wee » politique par ses adversaires — lors du premier débat des chefs, le directeur des communications du Parti conservateur avait d’ailleurs prédit que M. Trudeau dépasserait les attentes dès lors qu’il ne se présenterait pas en bermudas —, Justin Trudeau a eu beau jeu d’étonner par son aplomb durant cette campagne : personne ne l’attendait à ce niveau.

« Le débat de MacLean’s [6 août] a marqué un premier tournant, estime Robert Asselin, conseiller du chef libéral depuis trois ans. Sa performance a donné confiance à beaucoup de gens qui ont vu qu’il était capable de faire une bonne campagne et de rivaliser avec les deux autres chefs. À partir de là, on a suivi notre plan de match pour dévoiler nos politiques. »

L’autre grand tournant, selon Robert Asselin, fut la position sur les déficits. Le 27 août, à Oakville, le chef libéral annonçait qu’un gouvernement Trudeau ferait du Canada un vaste chantier de construction en investissant dans les infrastructures du pays quelque 60 milliards de dollars de plus en 10 ans. Pour créer de la croissance économique, les libéraux promettent ainsi trois déficits, avant de revenir à l’équilibre budgétaire en 2019.

« C’est l’élément qui nous a le plus distingués durant cette campagne, estime Robert Asselin. Les gens se demandaient jusque-là ce qui différenciait les libéraux et les néodémocrates : c’est devenu clair. » Surtout, ajoute-t-il, que la décision de Thomas Mulcair de s’en tenir au déficit zéro « lui a enlevé toute marge de manoeuvre », donnant aux libéraux « une occasion incroyable » pour se positionner comme un parti progressiste, potentiellement plus à gauche que le NPD. Une impression renforcée par la politique fiscale proposée par Justin Trudeau — l’augmentation des impôts des plus riches pour réduire ceux de la classe moyenne.

Le pari des déficits aurait aussi servi à imposer la personnalité politique de Justin Trudeau, dit Robert Asselin. « Ça l’a fait voir comme quelqu’un d’authentique et de courageux, un politicien qui a une vision et de la consistance. »

Le cadeau de Harper

Rétrospectivement, le clan Trudeau qualifie de « cadeau » la décision de Stephen Harper d’avoir imposé une campagne de onze semaines. « Ça a donné le temps à Trudeau de démontrer qu’il n’était pas la caricature qu’on faisait de lui et qu’il avait des atouts rares — la capacité de connexion avec les gens, le charisme, une certaine audace », soutient un membre de son entourage.

Au final, on ne dénote pas de faux pas majeur dans sa campagne — mis à part une performance moyenne dans le débat de Radio-Canada et la démission forcée de Daniel Gagnier, coprésident de la campagne nationale.

Les répercussions de cette dernière histoire demeurent incertaines. Mais à quelques jours du vote, tout indique que Justin Trudeau réintégrera bel et bien la maison de son enfance : une douce revanche pour le « pee-wee » qui jouait contre des professionnels.

Les gens se demandaient jusque-là ce qui différenciait les libéraux et les néodémocrates: c'est devenu clair


 
1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 08 h 31

    ROC

    Effectivement, belle bataille se passant dans le ROC avec un enclave à Montréal, mais... doit-on nécessairement appuyer ce fils du multiculturalisme transcontinental pour autant ? Ne serait-il pas judicieux de regarder où on met les pieds avant d'avoir le regard si long qu'on en voit les Rocheuses ? Les fils n'adoptera-t-il pas la même tengente que le père ? C'est génétique chez-lui, ça ne se dément pas.
    Le Québec, pour ce plongeur, ce n'est qu'un tremplin.
    Toronto salive, ce n'est rien pour me rassurer.

    PL