L’improbable revenant

Gilles Duceppe a pris le relais de Mario Beaulieu à la tête du Bloc dans l’espoir de remettre le parti sur l'écran radar. Le dernier sondage Léger le place au même point qu’en 2011.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Gilles Duceppe a pris le relais de Mario Beaulieu à la tête du Bloc dans l’espoir de remettre le parti sur l'écran radar. Le dernier sondage Léger le place au même point qu’en 2011.

Gilles Duceppe aime le vélo. C’est d’ailleurs sur sa petite reine qu’il a entamé le marathon électoral, et pas dans les meilleures conditions : fort « vent de face », reconnaissait-il… en prédisant que la brise tournerait. Onze semaines plus tard, le Bloc québécois n’a peut-être pas le vent en poupe, mais il se trouve tout de même en meilleure posture qu’en début de course.

« On était pas mal au plancher », se souvient un stratège en parlant du moment où le Bloc a lancé sa campagne officielle, le 7 septembre. Les sondages indiquaient alors que seulement un électeur sur six était prêt à voter Bloc. Le NPD semblait pouvoir récolter jusqu’à 50 % des votes au Québec. La différence entre l’« effet Duceppe » et le « non-effet » Mario Beaulieu ne paraissait pas si évidente, soudainement.

Mais de l’avis général, Gilles Duceppe a mené une bonne campagne. Efficace dans les deux débats auxquels il a participé, énergique sur le terrain, faisant preuve d’une bonne maîtrise de ses dossiers, le politicien aguerri a retrouvé ses repères. Le message bloquiste — articulé autour de la protection des intérêts spécifiques du Québec et d’une promotion de la souveraineté — a ainsi fait son chemin auprès d’une frange de la population.

« Il n’y aura pas de vague bloquiste, mais le Bloc peut espérer reprendre certaines circonscriptions, peut-être même retrouver le statut de parti officiel [12 députés], estime Pierre Paquette, longtemps le bras droit de Gilles Duceppe à Ottawa. Le début de campagne ne présageait rien de bon, mais ce sera mieux que prévu. »

M. Paquette juge que la campagne de Gilles Duceppe s’est faite sans faux pas. « Il ne s’est jamais découragé, parce qu’il savait dans quoi il s’embarquait quand il a décidé de revenir. Il s’est fait un plan de match [notamment parler des contradictions de Thomas Mulcair, d’Énergie Est et de gestion de l’offre] et l’a maintenu, il a fait trois fois le tour du Québec, et certains tournants lui ont permis de se faire entendre. »

Visibilité

« Ça a été une campagne étrange où on a eu très peu d’attention médiatique, relève le stratège cité plus haut. On pouvait passer trois ou quatre jours sans qu’à peu près personne parle de nous, sinon que pour citer des bouts de communiqués. C’est difficile de se faire entendre et valoir quand tu n’as pas de visibilité. » Les chiffres de la firme Influence Communication accordent à Gilles Duceppe un « poids médias » de 13,3 % au Québec durant la campagne, loin derrière ses trois principaux adversaires.

Mais les débats — et la question du niqab — ont finalement permis une légère remontée du Bloc québécois. Combinée à l’éclatement du vote entre les trois autres partis, cette poussée pourrait se traduire par un ratio de gains plus généreux qu’en 2011, espère-t-on au Bloc. Il y a quatre ans, le parti avait obtenu 23,4 % des votes, mais seulement quatre sièges. Le sondage Léger de ce samedi accorde 23 % des intentions de vote au Bloc, et 27 % chez les francophones.

« La division du vote change complètement le contexte, pense Pierre Paquette. On sent beaucoup de mouvement au sein de l’électorat, ajoute un membre de l’équipe Duceppe. Le NPD a perdu son principal argument — voulant qu’il soit le choix de remplacement du gouvernement Harper —, et on s’enligne visiblement pour un gouvernement libéral. C’est possible que ça nous ramène du monde craintif de voir les libéraux reprendre le pouvoir, quand on sait leur relation avec le Québec. »

La réponse viendra lundi. Mais déjà, l’improbable revenant qu’est Gilles Duceppe peut dire mission accomplie sur au moins un point : le Bloc québécois fait à nouveau partie de la discussion.

On pourrait passer trois ou quatre jours sans qu'à peu près personne parle de nous, sinon que pour citer des bouts de communiqués

1 commentaire
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 octobre 2015 08 h 17

    Minimum

    Ce serait un minimum vital que des représentants qui n'ont que les intérêts du Québec soient d'un nombre suffisant à la Chambre des communes pour tamponner les efforts centristes de n'importe quel parti fédéraliste au pouvoir, peu importe le nom qu'il se donne. Le regard d'une mer à l'autre nécessaire à la bonne conduite de cet immense territoire ne peut s'enfarger d'une limite comme la rivière des Outaouais. Et les espoirs de chaque contrée seront rabotés par les besoins du plus grand nombre. Si vous voulez rentrer dans le moule et ne devenir qu’une couleur ou une saveur locale, votez fédéraliste et grand bien vous fasse. Bienvenu en Nouvelle Louisiane.

    PL