Mulcair savoure l’affaire Gagnier

Justin Trudeau et sa conjointe Sophie Grégoire se sont prêtés toute la journée jeudi au jeu de l’égoportrait avec des militants réunis dans le nord de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Justin Trudeau et sa conjointe Sophie Grégoire se sont prêtés toute la journée jeudi au jeu de l’égoportrait avec des militants réunis dans le nord de Montréal.

À quatre jours du scrutin, alors que les sondages le placent loin derrière Justin Trudeau dans les intentions de vote, Thomas Mulcair s’est accroché à la bourde du stratège libéral Dan Gagnier pour démontrer que lui seul constitue une solution de remplacement au Parti conservateur. Stephen Harper, lui, a pris acte de la soif de changement de l’électorat.

Mercredi soir, le coprésident de la campagne libérale, Dan Gagnier, a quitté ses fonctions après qu’un courriel envoyé à cinq responsables chez TransCanada eut été rendu public plus tôt dans la journée.

L’entreprise a confirmé au magazine Maclean’s que M. Gagnier avait un contrat depuis le printemps pour lui donner des conseils de communication. Il n’est pas lobbyiste pour TransCanada et n’a donc pas pour mandat d’influencer le gouvernement en son nom. Le chef du NPD s’est néanmoins emparé de cette histoire pour démontrer que le Parti libéral du Canada, celui qui a présidé au scandale des commandites à la fin des années 1990, n’avait pas vraiment changé.

« On a vu hier [mercredi] le vrai visage du Parti libéral de Justin Trudeau. Et le vrai visage de Justin Trudeau s’appelle Dan Gagnier », a lancé M. Mulcair, qui se trouvait à Alma. Il a laissé entendre que Justin Trudeau avait déjà décidé d’autoriser le pipeline Énergie Est, qui doit traverser le Québec. « M. Trudeau nous aurait fait croire qu’il va changer les règles parce que ça prend une licence sociale pour Énergie Est. Il a juste oublié de mentionner qu’il avait déjà accordé la licence libérale ! »

Selon M. Mulcair, ce cas « est une autre bonne raison de ne jamais redonner le pouvoir au Parti libéral du scandale des commandites et du scandale TransCanada. […] C’est le même vieux Parti libéral qui tente de revenir en présentant un nouveau visage. Ce n’est pas en appliquant une couche de peinture fraîche sur une veille voiture rouillée que vous allez changer ce qu’il y a dessous ».

En coulisse, le NPD indique qu’il tapera sur ce clou d’ici lundi dans l’espoir de détourner les électeurs du PLC.

Dans son courriel, M. Gagnier expliquait à ses interlocuteurs de TransCanada comment ils devraient se préparer en vue d’un changement de gouvernement à Ottawa — qu’il soit libéral ou néodémocrate. Il les invitait à prendre contact avec les nouveaux responsables de la réglementation environnementale s’ils ne voulaient pas que leur projet de pipeline Énergie Est prenne du retard. À aucun moment M. Gagnier n’a donné d’informations privilégiées sur qui occuperait ces fonctions dans un éventuel gouvernement libéral. Il n’a pas non plus dit comment s’y prendre pour convaincre les nouveaux titulaires de charges du bien-fondé du projet.

Le chef conservateur, qui était lui aussi de passage au Québec, s’est montré beaucoup plus avare de commentaires sur cette affaire, se limitant à une seule phrase : « Je crois que la culture du Parti libéral qui nous a donné le scandale des commandites n’a pas changé et ne changera pas. »

Quant au chef bloquiste Gilles Duceppe, il a qualifié de « promiscuité malsaine » les relations entre les libéraux fédéraux et TransCanada. Pour M. Duceppe aussi, cette controverse illustre une culture qui, malgré les années, est demeurée la même chez les libéraux fédéraux. « Si M. Trudeau a moindrement d’éthique, qu’il s’engage à ce que le PLC remette les 40 millions de dollars lors du scandale des commandites. »

Responsabilités

Justin Trudeau, qui faisait campagne avec sa candidate Mélanie Joly dans Ahuntsic-Cartierville, a rabroué ses adversaires. Il a souligné à gros traits que Dan Gagnier avait quitté ses fonctions en moins de 24 heures. « Après 10 ans de Stephen Harper, de son manque d’éthique et de son manque de responsabilité, nous savons que les Canadiens veulent du vrai changement. C’est pour cela que nous reconnaissons que les actions de M. Gagnier étaient tout à fait inappropriées. M. Gagnier a pris ses responsabilités et s’est retiré de notre campagne. Je m’attends à ce que les gens dans mon entourage, mon équipe, mon parti aient un extrêmement haut niveau d’éthique, un haut standard, et c’est pour cela que nous avons pris des actions responsables. »

M. Trudeau s’est quand même dit « très conscient des défis de perception en politique et des défis auxquels le Parti libéral a eu à faire face dans le passé ». Il a assuré que M. Gagnier était écarté de l’organisation libérale « à long terme ». Le chef libéral a rappelé que Dan Gagnier agissait à titre bénévole pour le Parti libéral et qu’il gagnait sa vie avec des clients dans le milieu énergétique, ce qui explique qu’il ait été tenu à l’écart pour l’élaboration de la politique énergétique du PLC.

Fait à noter, quand des militants ont commencé à houspiller un journaliste qui revenait à la charge avec une question sur le sujet, M. Trudeau les a vertement rabroués. « Heille ! Nous respectons les journalistes dans ce pays, a-t-il vociféré. Ils posent des questions difficiles parce que c’est ce qu’on attend d’eux, d’accord ? » Thomas Mulcair n’était pas intervenu la veille lorsque quelques-uns de ses militants avaient réservé le même sort à un reporter. Pour sa part, Stephen Harper avait seulement fait un signe pour inviter un des siens à se taire.

Le changement à nos portes ?

De son côté, le chef conservateur a soutenu que les libéraux avaient à leur actif « un des pires exemples de détournement de fonds publics de l’histoire récente », tandis que les néodémocrates avaient semé la désolation économique sur leur passage là où ils ont formé le gouvernement. « Le NPD, c’est des promesses en l’air et des économies à terre », a-t-il scandé.

Stephen Harper a toutefois eu l’air de prendre acte publiquement du fait que son poste est sérieusement menacé. Il a reconnu que la population aspirait à du changement. « Je sais très bien que la tentation du changement peut être forte, a-t-il concédé. Après tout, changer de voiture, de maison, d’emploi même, ça peut parfois être une bonne décision. Mais maintenant arrivent votre avenir financier et celui de votre famille, c’est autre chose. Quand certains vous disent “pourquoi ne pas essayer les libéraux fédéraux ou le NPD ?”, ne vous faites pas d’illusions. Ces deux partis ne sont pas fraîchement tombés du ciel. Ils ont une histoire et elle est loin d’être rassurante. »

M. Harper s’est fait demander pourquoi il ne sollicitait pas directement un mandat majoritaire aux électeurs. « Nous ne tenons jamais les électeurs pour acquis, ce n’est pas notre façon de faire. C’est une élection serrée. Nous sommes ici pour encourager le choix », a-t-il répondu, omettant de rappeler qu’en 2011, il répétait sur toutes les tribunes qu’il demandait une « majorité stable ».

 

Avec La Presse canadienne
Avec Marie Vastel

Ce n’est pas en appliquant une couche de peinture fraîche sur une veille voiture rouillée que vous allez changer ce qu'il y a dessous


 
15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 16 octobre 2015 01 h 46

    Des carriériste de peu d'envergures

    La preuve que nous sommes loin d'avoir de l'éthique en politique et le vampire patenté qui s'empresse de sauter sur l'occasion et ils veulent diriger le pays, je n'ai pas confiance en eux ce sont juste des sortes de carriéristes menés par leur propre intéret

    • Luc Falardeau - Abonné 16 octobre 2015 09 h 52

      Qui ne l'est pas ?

  • Gaston Bourdages - Inscrit 16 octobre 2015 05 h 08

    Vous croyez à l'existence de...

    ...squelettes dans le placard? À la présence de fantômes autrement rappelée que par une fête d'Halloween ? Et si un de ces fantomatiques squelettes était personnifié par un comportement comme celui de monsieur Gagnier ?
    Je comprends monsieur Trudeau de nous dire, 24 heures plus tard, que «c'est du passé» sauf que j'ai, simple citoyen que je suis, la liberté de pouvoir me souvenir; la capacité de me questionner sur les forces occultes des caisses électorales et de me demander, à l'ultime si «le scandale des commandites» ne s'est pas refait (sic....) une image pour s'appeler autrement ?
    Ah! Des vieux partis avec des vieux squelettes qui, semble-t-il, bougent encore...
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 octobre 2015 07 h 15

    Derrière

    Changer de chef, se refaire une image; c'est tout bien, ça fait renouveau, ça fait presque printemps.
    Sauf que derrière tout ce chatoyant, demeure… les mauvaises habitudes, les faux plis, le système, la façon de faire, l’Adn et de cela rien ne peut disparaitre.
    Il y a une culture derrière ces partis et elle ne disparaitra pas au lavage quel que soit le détergeant. Le problème fondamental avec les partis politiques ne sont pas nécessairement leur chef, mais trop souvent leurs lieutenants; vous savez… ceux qu’on ne voit pas, ceux qui circulent autour, ceux qui arpentent, ceux qui ouvrent des portes en catimini. Y en a toujours et ils ne font pas tous des erreurs comme le dernier attrapé. Il sera vite remplacé, la nature a horreur du vide.

    Et moi là-dedans, qu’est-ce que je fais ? Étant donné que de toute façon, il y en aura un au pouvoir, quoi que je dise ou fasse, il y a 9 autres provinces et ché pu combien de territoires qui le choisiront, je crois que je vais m’installer une «sentinelle».

    Pourquoi une sentinelle ? Pour donner l’alarme. Pour signaler les périls et les menaces, pour m’avertir de ce qui se trame derrière mon dos et de ce qu’on veut me cacher. Je vais placer «mon homme» à l’intérieur. Le seul qui ne sera jamais corrompu par le «Pouvoir absolu» car il n’a aucune chance d’y accéder. Mais, en même temps, le seul qui n’a aucun autre choix et possibilité que de parler «en mon nom». Il ne les gagnera pas toutes, certainement; mais si je ne l’y installe pas, je vais toutes les perdre.

    Je veux bien me considérer comme nord-américain, me plier à être canadien, mais je ne veux absolument pas qu’on oublie que je suis et serai toujours québécois. Le chemin pour y parvenir a été trop pénible et l’effort pour le rester encore trop ardu.

    Non, je ne m’effacerai pas. Malgré tous les dirigeants, à n’importe lequel palier de gouvernement, je serai ce cube de sucre qui ne veut pas fondre. Ça c’est dans «mon» Adn.

    PL

  • François Dugal - Inscrit 16 octobre 2015 07 h 41

    L'entourage

    Qui compose "l'entourage" de monsieur Thomas Mulcair?

  • Diane Leclerc - Inscrite 16 octobre 2015 07 h 44

    Heille !

    Ce M. Gagnier est un vieux collaborateur du PLC. Voici ce qu'en dit Frédéric Bastien, auteur de La Bataille de Londres, dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel :

    «J'ai personnellement interviewé Daniel Gagnier lors de mes recherches pour mon livre La Bataille de Londres. Il était alors dans l'équipe de Trudeau père et a travaillé ardemment au rapatriement de la constitution sans le Québec. Il y a eu plusieurs manoeuvres douteuses à l'époque et Gagnier était au coeur de l'action. Quand Justin Trudeau s'est opposé au dévoilement des archives fédérales sur le rapatriement, lors de la publication de mon livre, nul doute qu'il ne souhaitait pas, entre autres, qu'on en découvre davantage sur des gens comme Gagnier, toujours actif au PLC. Et aujourd'hui il promet un gouvernement plus transparent!
    Je ne suis pas du tout surpris de voir que Trudeau s'entoure de gens comme Gagnier, lequel se retrouve à nouveau en eaux troubles. Au fond Trudeau a le sens de l'éthique seulement quand son parti se fait prendre la main dans le sac et qu'il n'a plus le choix.»

    Belle engeance de rastaqouères !

    • Luc Bertrand - Abonné 16 octobre 2015 21 h 49

      Merci, madame Leclerc, pour ce rappel de Frédéric Bastien. On comprend mieux, maintenant, combien le PLC reste toujours l'ennemi juré du mouvement indépendantiste et que, pour lui, la fin justifie toujours les moyens.

      Raison de plus pour nous donner une députation record de bloquistes afin de parer à toutes les éventualités, d'autant plus que les libéraux pourraient être majoritaires. Si nous ne pouvons pas empêcher Ottawa de continuer à imposer sa loi au Québec tant que nous ne serons pas un pays, nous pouvons le priver de toute légitimité en empêchant les partis fédéralistes (PLC, PCC, NPD) de gagner des sièges au Québec.

      Que plus jamais se répète le scénario de l'élection du 18 février 1980, quand Pierre-Elliott Trudeau a pu faire élire 74 député(e)s sur les 75 du Québec pour lui donner leur aval au rapatriement unilatéral de la constitution de 1982 et l'imposition de sa charte des droits et libertés de la personne contre la volonté unanime de l'Assemblée nationale du Québec.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles