Un proche conseiller de Trudeau doit démissionner

Daniel Gagnier a été chef de cabinet du premier ministre libéral Jean Charest de 2007 à 2009.
Photo: ICPE Daniel Gagnier a été chef de cabinet du premier ministre libéral Jean Charest de 2007 à 2009.

Le coprésident du comité de campagne nationale de Justin Trudeau, Daniel Gagnier, a été forcé de démissionner mercredi en début de soirée. La controverse a éclaté après qu’il eut donné de précieux conseils à TransCanada, les invitant à mener des efforts de lobbyisme dès l’élection du prochain gouvernement pour éviter tout retard dans le projet de pipeline Énergie Est.


« Afin d’éviter toute distraction de la campagne électorale et d’assurer que Justin Trudeau soit élu premier ministre du Canada, j’ai pris la décision de prendre du recul par rapport à la campagne, a-t-il écrit dans une brève déclaration transmise par le Parti libéral. Je regrette que cette campagne soit affectée par des attaques négatives et personnelles. J’ai toujours agi dans les règles de l’art. »

Le Parti libéral a aussi répété que M. Gagnier « a toujours agi dans le plein respect des règles ». Plus tôt en journée, les libéraux avaient fait valoir que M. Gagnier ne conseille pas Justin Trudeau sur les questions énergétiques.

Les informations privilégiées transmises lundi par Daniel Gagnier à TransCanada ont néanmoins eu raison de son poste de proche collaborateur de M. Trudeau, et ce, à cinq jours des élections.

Selon les informations transmises au Devoir mercredi, M. Gagnier a envoyé lundi un long courriel à cinq responsables de TransCanada pour leur expliquer clairement les étapes qui doivent suivre l’élection du prochain gouvernement.

Dans son message, il leur suggère d’ailleurs clairement de s’adresser rapidement au gouvernement qui sera élu à Ottawa. Soulignant que les « règles » d’évaluation sous l’égide de l’Office national de l’énergie seront révisées, il juge que des démarches hâtives sont nécessaires pour que la révision « n’entrave pas » le « calendrier » de mise en service du pipeline Énergie Est. Selon les visées de TransCanada, ce pipeline d’exportation pourrait transporter 1,1 million de barils de brut albertain chaque jour dès 2020.

Daniel Gagnier rappelle aussi l’importance pour TransCanada et les joueurs de l’industrie d’être proactifs et de faire valoir leurs points de vue auprès des libéraux ou des néodémocrates quant à leur stratégie énergétique nationale.

Le haut gradé au sein du clan Trudeau explique en outre aux gens de TransCanada qu’un gouvernement libéral ou néodémocrate risque fort de réduire la taille du cabinet à environ 25 ministres. Cela signifierait, selon lui, que les ministres auront des « mandats élargis » et que le ministre des Finances aura un rôle « critique » à jouer dans le dossier Énergie Est. Il termine son courriel en soulignant qu’il serait « heureux » de répondre à « toutes questions » de la part des responsables de TransCanada.

Dans le cadre de ce message envoyé à des responsables de TransCanada, M. Gagnier explique par ailleurs à grand renfort de détails les étapes qui attendent le prochain gouvernement, qu’il soit libéral ou néodémocrate. Selon lui, les prochaines semaines permettront notamment de démontrer le retour du « multilatéralisme » au Canada. Sur la scène internationale, des contacts devraient ainsi être engagés rapidement avec le président américain, Barack Obama. Fait à noter, TransCanada tente toujours de faire approuver son projet de pipeline Keystone XL, qui vise justement les États-Unis.

Attaques du NPD

Le NPD a réagi mercredi en fin d’après-midi en soulignant qu’il entendait écrire à la commissaire au lobbying afin de lui demander d’enquêter sur les actes de M. Gagnier. « On assiste aux mêmes manigances politiques qui ont caractérisé le règne de Stephen Harper, a affirmé le candidat néodémocrate Charlie Angus. M. Trudeau veut remplacer Stephen Harper en disant aux Canadiens qu’il est différent. Savait-il que le coprésident de sa campagne se servait de son influence pour faire pression en faveur d’Énergie Est ? »

Chose certaine, M. Gagnier a une longue feuille de route en politique, notamment au Bureau du Conseil privé et aux Affaires étrangères. Il a aussi présidé l’Institut canadien de politique énergétique, un organisme de lobbyisme de l’industrie.

Daniel Gagnier a par ailleurs été chef de cabinet du premier ministre libéral Jean Charest de 2007 à 2009. En 2010, en plein scandale des gaz de schiste au Québec, M. Gagnier avait été recruté par l’entreprise albertaine Talisman Energy en tant que membre d’un comité consultatif sur les activités de l’entreprise au Québec. En 2012, il a conseillé le gouvernement Charest pendant la crise étudiante. Au printemps dernier, il a été nommé à un comité du Québec sur les relations autochtones.

Promesse de Trudeau

Dans le dossier Énergie Est, Justin Trudeau a promis à plusieurs reprises de revoir le processus d’évaluation du projet sous l’égide de l’Office national de l’énergie, pour y inclure les émissions de gaz à effet serre générés par la production pétrolière des sables bitumineux qui coulerait dans ce tuyau.

« Le gouvernement canadien doit s’assurer que nos ressources se rendent sur les marchés. Mais au XXIe siècle, ça veut dire le faire de façon responsable, c’est-à-dire avec l’approbation sociale, en partenariat avec les communautés autochtones et avec l’approbation de la communauté scientifique et écologique. Le projet Énergie Est n’est pas en train d’obtenir cette approbation et a énormément de difficultés à l’obtenir », a par ailleurs déjà constaté M. Trudeau, en entrevue au Devoir.

31 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 14 octobre 2015 17 h 14

    Le mentor de Jean Charest

    Les mines dirigent le Canada et trop de premiers ministres agissent en valet. Trop c'est trop. Libéral à Québec, libéral à Ottawa même approche. Les ges d'influence y trouvent leur place et ont plus d'écoute que les citoyens avec droit de vote. Encore une fois, trop c'est trop.

    • Robert Beauchamp - Abonné 14 octobre 2015 19 h 23

      On apprend qu'il vient tout juste de démissionner et de toute façon la campagne est terminée. . Les apparences sont souvées ou si peu les gens ne sont pas dupes. Les ponts sont maintenant confirmés avec Justin Trudeau, démission ou pas. Les entrées de M. Gagnier au gouvernement sont maintenues. Cela en dit long soit sur le jugement de Justin Trudeau ou soit sur son intégration à la culture affairiste, ou les deux.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 octobre 2015 20 h 07

      Il était, tout comme Lucien Bouchard, sur la liste de paie de Talisman pour les gaz de schiste. Mais au moins, pour Lucien, c'était connu et public.

  • André Tremblay - Abonné 14 octobre 2015 17 h 25

    Du pareil au même...

    Des nouvelles comme celle-ci nous démontrent de quelle façon on achète aujourd'hui les politiciens. Et ça prouve une fois de plus que ces derniers travaillent d'abord dans l'intérêts des grosses compagnies plutôt que dans l'intérêt du peuple. Plus ça change, plus c'est pareil...

    • Sylvain Rivest - Inscrit 14 octobre 2015 18 h 44

      Effectivement, quelque soit le parti fédéraliste nous sommes pris avec des criminels à cravate. Et ne comptez pas sur les juges pour les retirer de la circulation, la commission Charbonneau en est un triste exemple.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 14 octobre 2015 21 h 40

      Trudeau a promis des déficits à répétition de 10 milliards par année pour soi-disant relancer l'économie...Ça va être beau à voir ! Les ptits amis libéraux vont faire la file indienne à la porte des contrats, si Justin Trudeau devient PM. La machine libérale est toujours présente, mafieuse et puissante...Et les loups Chrétien et Martin se tiennent prêts à hurler à la lune...Et dire qu'ils font tout cela pour construire le pays canadien et aider la classe moyenne en remettant les canadiens au travail...Mon oeil ! Ils sont les premiers à siphonner la constitution de ce pays à leur avantage, et à en exploiter les ressources pour servir leurs propres intérêts...Il est malheureux que l'UPAC n'ait pas le pouvoir d'enquêter sur les malversations mafieuses de ce cher Canadian Libéral Party...Bandit un jour, bandit toujours...

    • Jean-Francois Forget - Abonné 14 octobre 2015 23 h 34

      En fait monsieur Rivest, je ne comprend pas en quoi ça rapport avec le côté fédéraliste d'un parti plutôt que la culture de celui-ci... Le lobby des pétrolières a recruté allègrement chez les souvrainistes et pas n'importe lesquels deux anciens leaders du mouvement souvrainiste: Lucien Bouchard et André Boisclair! En plus, la façon dont le Bloc a appuyer ouvertement la production d'amiante en 2011, disons que pour plier devant les intérêts des compagnies disons que ce n'est pas le Bloc qui a la définition la plus clair de ''se tenir debout''.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 octobre 2015 12 h 19

      M.Tremblay, au lieu de dire "Plus ca change,plus c'est pareil." Je dirais plutot "Plus ca change,plus c'est pire." Que dire de Daniel Gagnier grand ami de Jean Charest et surtout grand amoureux du Québec:Formidable!!!!! J-P.Grisé

  • Claude Gélinas - Abonné 14 octobre 2015 17 h 42

    Bénévole un jour lobbyiste le lendemain !

    Un libéral pur jus prêt à se positionner pour défendre les intérêts d'Énergie Est... en toute transparence comme nous ont habitué les libéraux des commandites .

    • Pierre Fortin - Abonné 14 octobre 2015 21 h 07

      Gérald Godin aurait dit « les éjarrés de la vente au plus offrant ».

  • François Dugal - Inscrit 14 octobre 2015 18 h 03

    L'ombre

    Dans l'ombre du petit Justin, se profilent la vieille garde libérale du temps jadis, rouge teint rouge: on ne se refait pas.

    • Pierre Brosseau - Abonné 14 octobre 2015 21 h 59

      Ça me fait penser aux conseillers de George H. Bush, le père, qui ont connu le petit George W. en culottes courtes. Quand W. est devenu président des États-Unis, ils ont pris possession de son cerveau et ont mené les "vraies affaires" comme ils l'entendaient, y compris l'invasion de l'Irak.

      Le jeune Trudeau sera soumis aux influences occultes des aînés pour tous les dossiers, y compris des arrangeurs des affaires pétrolières et des paradis fiscaux. Les lobys ont de beaux jours devant eux.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 14 octobre 2015 19 h 29

    Représentativité sociale d'un Gouvernement ?

    «dans le but d’obtenir l’appui du gouvernement du Québec quant à l’acceptabilité sociale des projets de pipelines de gaz naturel et de pétrole au Québec ».

    Petite nouvelle pour vous : Ce n'est pas le gouvernement du Québec qui décide de l'acceptabilité sociale des projets d'Énergie Est, mais la population elle-même, puisque c'est elle qui devra en subir les inconvénients...Un gouvernement vendu à des intérets privés ne peut être représentatif de sa population, même s'il a été élu...Un Gouvernement qui se dit responsable doit avant tout prendre le parti des intérets de sa population