Au-delà de Radio-Canada

Justin Trudeau promet l’ajout de 25 millions annuellement à Téléfilm Canada et à l’Office national du film.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Justin Trudeau promet l’ajout de 25 millions annuellement à Téléfilm Canada et à l’Office national du film.

Grande oubliée de la campagne électorale, la culture ne s’est taillé qu’une toute petite place dans les programmes des partis. Une page et demie au NPD, deux pages chez les libéraux, cinq pages du côté conservateur — dont une demi-page consacrée à une photographie de Stephen Harper avec Bonhomme Carnaval. Radio-Canada s’est vu promettre des millions par les partis d’opposition, mais le reste de l’industrie culturelle a dû se contenter de discrets engagements.

Thomas Mulcair et Justin Trudeau ont tour à tour consacré l’une de leurs 78 journées de campagne à l’annonce de leur plateforme culturelle. Stephen Harper a profité de deux arrêts électoraux pour faire l’annonce de deux de ses engagements. Mais autrement, la culture n’a pas été abordée au fil de cette longue campagne électorale.

Le chef conservateur n’en est peut-être pas mécontent, lui dont la campagne avait dérapé en 2008 lorsqu’il a refusé de s’émouvoir de voir des artistes « à un gala riche entièrement subventionné par l’argent des contribuables » se plaignant des compressions imposées par son gouvernement. Déclaration qu’il avait refusé de répéter en français.

Stephen Harper n’a pas trop eu à causer culture cette année. Il a promis d’égaler les dons aux musées locaux, jusqu’à hauteur de 35 millions sur quatre ans. S’il est réélu lundi prochain, son gouvernement achètera aussi la maison de naissance de l’ancien premier ministre conservateur John Diefenbaker pour en faire un lieu historique national. Outre ces deux annonces qui ont fait l’objet d’un point de presse, le chef conservateur s’engage par écrit dans son programme à verser 150 millions aux infrastructures communautaires et 210 millions aux initiatives communautaires (prévus dans son budget), en marge des célébrations du 150e anniversaire du Canada.

Le Parti conservateur profite en outre des quelques pages consacrées à la culture dans sa plateforme pour promettre 20 millions sur quatre ans… aux futurs olympiens.

À la rescousse de Radio-Canada

 

Néodémocrates, libéraux et bloquistes ont promis haut et fort d’annuler les compressions imposées au diffuseur public par les conservateurs. Le Nouveau Parti démocratique remettrait ainsi les 115 millions coupés à la société d’État par année, les libéraux bonifieraient le budget de 150 millions par année, tandis que le Bloc québécois l’augmenterait de 200 millions annuellement. Le budget annuel de Radio-Canada se chiffrait à 1,08 milliard de dollars, en 2013-2014.

Les trois partis s’entendent pour dire que l’indépendance de la société d’État devra être protégée. Thomas Mulcair et Justin Trudeau s’engagent à cette fin à revoir le processus de nominations au conseil d’administration, où d’anciens donateurs conservateurs s’étaient taillé une place ces dernières années.

Les chefs néodémocrate et libéral promettent en outre de consolider la protection des langues officielles au Canada et de revoir les plans en vigueur, afin de s’assurer qu’ils portent réellement leurs fruits.

Les trois rivaux de Stephen Harper promettent par ailleurs de bonifier le budget du Conseil des arts. Le Bloc québécois souhaite qu’il atteigne 300 millions de dollars. Justin Trudeau s’engage à le doubler en 2017-2018, avec une enveloppe de 360 millions. Quant à Téléfilm Canada, Gilles Duceppe voudrait que son financement passe de 100 à 150 millions. Justin Trudeau promet l’ajout de 25 millions annuellement à Téléfilm Canada et à l’Office national du film (ONF). Thomas Mulcair promet 60 millions sur quatre ans que se partageraient le Conseil des arts, Téléfilm et l’ONF.

Néodémocrates et bloquistes souhaitent instaurer l’étalement des revenus pour les artistes, afin qu’ils puissent alléger leurs impôts en répartissant un gain financier sur plusieurs années — deux à cinq ans pour le NPD, cinq pour le Bloc.

Sur la scène internationale, les libéraux corrigeraient les compressions des conservateurs aux programmes PromArt et Routes commerciales pour aider, avec 25 millions par année, la promotion de la culture québécoise et canadienne à l’étranger. Les néodémocrates ramèneraient un poste d’agent culturel dans les ambassades canadiennes. Les bloquistes proposent un programme de 20 millions pour la promotion de tournées à l’étranger.

Quelques idées uniques

 

Les libéraux promettent par ailleurs de ressusciter le Programme de contestation judiciaire, aboli par Stephen Harper en 2006 et qui finançait les poursuites de groupes minoritaires contestant certaines décisions des gouvernements.

Les néodémocrates créeraient un Fonds de 10 millions de dollars pour la création, diffusion et promotion d’arts numériques, en marge du 150e anniversaire du Canada.

Gilles Duceppe réclamerait pour sa part que l’achat de livres soit exempté de TPS. Quant aux musiciens, le Bloc veut maintenir le quota de musique francophone sur les ondes de radios françaises à 65 %. Et Gilles Duceppe souhaite revoir les redevances versées pour l’achat de musique en ligne.

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