Minoritaire, Harper serait renversé

Stephen Harper était de passage à Etobicoke, en Ontario, pour parler économie.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Stephen Harper était de passage à Etobicoke, en Ontario, pour parler économie.

Les nombreux sondages ne permettent peut-être pas de prédire qui prendra le pouvoir à Ottawa le 19 octobre prochain, mais une certitude se dégage : si Stephen Harper est réélu à la tête d’un gouvernement minoritaire, ses jours seront comptés. Les trois autres chefs promettent de le renverser dès le dépôt de son discours du Trône. Le principal intéressé refuse de spéculer sur ce qui devrait arriver ensuite.

Tour à tour, les chefs du NPD, du Parti libéral et du Bloc québécois ont réitéré mardi qu’il n’était pas question de laisser un gouvernement conservateur minoritaire régner. « Cet homme-là, son temps est révolu. Il est temps de mettre Stephen Harper à la porte et oui, je vais le faire à la première occasion », a lancé Thomas Mulcair. « Il n’y a aucune circonstance où je pourrais l’appuyer ou rester à l’écart pour lui permettre de rester premier ministre », a pour sa part dit Justin Trudeau. En entrevue avec Le Devoir, Gilles Duceppe a renchéri : « Tout à fait. Et ça fait quelques semaines que je l’ai dit déjà. »

Qu’en pense le chef conservateur et que croit-il que le gouverneur général, David Johnston, devrait faire advenant un tel scénario ? Stephen Harper a refusé de s’avancer. « Je ne vais pas spéculer sur les résultats, s’est-il contenté de répondre. Je suis ici pour prôner l’élection d’un gouvernement conservateur. »

Fait à noter, M. Harper n’invite jamais les électeurs à lui confier une majorité comme il l’avait fait sans relâche en 2011. À l’époque, il avait agité l’épouvantail d’une coalition « irresponsable » et « illégitime » entre le Parti libéral et le NPD, comme celle esquissée pendant la crise parlementaire de décembre 2008, pour convaincre les électeurs qu’une majorité « stable » était la seule façon de maintenir les conservateurs au pouvoir.

Ni M. Mulcair ni M. Trudeau ne disent ce qu’ils feraient une fois l’éventuelle minorité conservatrice renversée. Celui ayant récolté le deuxième plus grand nombre de sièges demanderait-il au gouverneur général de lui confier le pouvoir ? Les deux formeraient-ils une coalition pour remplacer Stephen Harper ? Faudrait-il déclencher une élection ? Mystère.

« Je travaille fort pour offrir aux Canadiens un meilleur gouvernement », s’est borné à dire M. Trudeau. « Nous formerons le premier gouvernement néodémocrate de l’Histoire », a prédit M. Mulcair. Le chef du NPD a rappelé que les libéraux avaient finalement tourné le dos à la coalition en 2008-2009. « Notre bilan est d’avoir essayé de travailler avec les autres. Le bilan libéral est de penser qu’ils peuvent tout avoir juste pour eux et renier une entente qui aurait permis de se débarrasser de Stephen Harper », a conclu M. Mulcair.

Le chef bloquiste se plaît à rappeler la lettre que lui et feu Jack Layton et Stephen Harper avaient adressée à la gouverneure générale en 2004 l’invitant à confier le pouvoir à M. Harper si le libéral Paul Martin, tout juste réélu minoritaire, devait perdre un vote de confiance. Un renversement rapide ne devrait « absolument pas » conduire à un autre scrutin, selon M. Duceppe. Le chef bloquiste mise d’ailleurs sur l’éventualité d’un gouvernement minoritaire pour convaincre les Québécois de voter pour sa formation et ainsi lui donner « la balance du pouvoir ».

 

Le risque de l’opposition

Par ailleurs, Stephen Harper en a remis avec une mise en scène semblable à la Poule aux oeufs d’or. Un entrepreneur a été invité à empiler des liasses d’argent censées représenter les hausses d’impôt qu’il subirait si Justin Trudeau était élu premier ministre. « Il y aura moins d’emplois et pour ceux qui ne perdront pas leur emploi, vous aurez un salaire net beaucoup moins élevé », a dit M. Harper.

De son côté, Justin Trudeau s’est adressé aux électeurs de gauche mardi. « Vous avez un choix. Plusieurs choix. Je ne prétendrai pas que vous n’en avez pas. De dire le contraire serait arrogant et une insulte à votre intelligence. Alors je ne vous demande pas de regarder les sondages, mais de regarder notre plateforme. C’est la plateforme la plus progressiste offerte pendant cette élection. »

 

Trudeau en avance

Deux nouveaux sondages rendus publics mardi, signés Ipsos et Ekos, placent les libéraux en avance dans les intentions de vote, à 36 et 37 %, contre 31 % pour les conservateurs et 21 et 24 % pour le NPD. M. Mulcair a invité les électeurs à faire fi de ces chiffres. Il a soutenu qu’à une semaine du vote en 2011, rien ne laissait présager une vague orange au Québec (ce qui est faux, le sondage CROP plaçant Jack Layton en tête ayant été publié à 12 jours du scrutin).

« Les mêmes chroniqueurs, les mêmes commentateurs, les mêmes sympathisants de ces vieux partis, ils nous ont dit la même chose en 2011 que le NPD ne percerait jamais au Québec, ils ont dit la même chose en 2015 quand ils ont dit que le NPD ne formerait jamais le gouvernement en Alberta. Le 19 octobre, regardez-nous aller. »

La citation du jour

«Je ne suis pas "la fille de". J'ai un nom. C'est important de laisser mon père en dehors de mon militantisme.»

Maïté Saganash, fille du candidat néodémocrate Romeo Saganash dans Abitibi–Baie James–Nunavik–Eeyou, qui avait d’abord annoncé sur Twitter avoir voté pour le Bloc québécois.

Sans contrat, Davie invite les candidats à voir le futur ravitailleur

Lévis — À moins d’une semaine des élections, le chantier naval Davie a invité les candidats locaux, mardi, à voir de leurs yeux le navire que l’entreprise veut transformer en ravitailleur pour l’armée canadienne. La campagne électorale, déclenchée le 1er août, a empêché la conclusion du contrat (dont la valeur oscillera entre 200 millions et 400 millions de dollars), mais le gouvernement conservateur a signé le 31 juillet dernier une lettre d’intention qui donne à Davie le mandat d’amorcer les travaux. « Nous avons eu du soutien du gouvernement pour commencer le travail, je ne peux pas donner de chiffres, mais disons que nous avons une très bonne relation avec le gouvernement », a dit le directeur du projet de conversion, Spencer Fraser. Le porte-conteneurs Asterix, qui appartenait à un armateur grec, a été acheté en août dernier par l’entreprise. « On sent qu’il y a de l’électoralisme là-dedans », a lâché le candidat néodémocrate dans Lévis-Bellechasse, Jean-Luc Daigle, à propos de la conférence de presse de mardi. Le NPD dit souhaiter une attribution équitable des contrats. Le candidat bloquiste Antoine Dubé a pour sa part estimé que la valeur du contrat sera faible comparativement aux 33 milliards de contrats navals octroyés ces dernières années aux concurrents de Davie. Le candidat libéral Jacques Turgeon a affirmé que son parti voit d’un bon œil le projet.


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