Le vote stratégique inquiète Mulcair

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, dévoilait sa plateforme électorale vendredi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du NPD, Thomas Mulcair, dévoilait sa plateforme électorale vendredi à Montréal.

Si Stephen Harper devait remporter un mandat minoritaire le 19 octobre prochain, il aura de la difficulté à se maintenir en poste. Du moins s’il n’en tient qu’au NPD. La formation de Thomas Mulcair a rendu publique vendredi sa plateforme électorale dans laquelle il est écrit noir sur blanc que les néodémocrates tenteront de renverser un gouvernement conservateur minoritaire à la première occasion. Des alliances ou une coalition formelle seront envisagées, pour peu qu’elles excluent le Bloc québécois.

« Nous travaillerons de concert avec d’autres partis fédéralistes, dans le cadre d’ententes informelles ou stables, pour mettre un terme à la décennie perdue de Stephen Harper », est-il écrit dans le document. En conférence de presse vendredi à Montréal, le chef Thomas Mulcair a déclaré que « personne dans cette salle, moi le premier, ne serait capable de maintenir en place les conservateurs de Stephen Harper ».

Thomas Mulcair a expliqué que le Bloc québécois serait exclu d’une coalition formelle au même titre qu’il l’avait été en 2008. À l’époque, le chef Gilles Duceppe s’était engagé à appuyer la coalition de Jack Layton et Stéphane Dion sur un certain nombre d’enjeux, mais ne faisait pas partie de l’équipe gouvernementale proposée. Grâce à l’ouverture du NPD au Québec, calcule M. Mulcair, « je suis persuadé que le Bloc québécois ou tout autre parti qui veille aux intérêts du Québec va appuyer le gouvernement du NPD ».

M. Duceppe s’est insurgé de cette mise au ban de son parti. « Au début de la campagne, c’était tout sauf Harper. Maintenant, c’est tout sauf les souverainistes », a-t-il déclaré par communiqué de presse. Il se demande ce que ferait M. Mulcair si les votes bloquistes étaient nécessaires pour renverser un gouvernement minoritaire. « Le chef du NPD préfère maintenir Stephen Harper au pouvoir plutôt que de travailler avec des élus du Québec ? J’ai l’impression que Tom a pris le dessus sur Thomas pour de bon. »

Justin Trudeau, à qui on avait demandé s’il pouvait envisager de travailler en coalition avec Thomas Mulcair, a seulement indiqué qu’« après les élections, s’il y a des propositions, on va toujours écouter ».

 

Vote stratégique

Les derniers sondages, qui placent les conservateurs en tête ou alors en seconde place talonnant les libéraux de Justin Trudeau, confirment que l’hypothèse d’un gouvernement minoritaire dirigé par Stephen Harper est envisageable. Plusieurs analystes prédisent que cette tendance pourrait être très dommageable pour le NPD : les électeurs motivés d’abord par le désir de montrer la porte au Parti conservateur pourraient massivement se rallier derrière le parti le plus susceptible de le défaire, c’est-à-dire le Parti libéral. Un sondage Léger paru dans le Globe and Mail ce vendredi indique qu’au Québec, le PLC et le NPD sont désormais à égalité, à 28 % chacun. Cela représente une dégringolade de presque 20 points pour Thomas Mulcair. Ce dernier a d’ailleurs senti le besoin de profiter de son passage à Montréal « pour parler très directement aux Québécois ».

« Vous serez avec des parents ou de la famille pendant cette longue fin de semaine de l’Action de Grâce. Je vous invite à vous demander ce qui est important pour vous et dans quel genre de pays vous souhaitez vivre. […] Il ne manque qu’une trentaine de sièges au NPD pour y arriver. Il en manque une centaine aux libéraux. Faites le calcul. »

M. Mulcair a choisi d’aller voter par anticipation vendredi, alors que la tradition veut qu’un chef de parti vote le jour J. Est-ce pour inciter les gens à voter tout de suite et ainsi encaisser le vote avant un éventuel déclin, lui a demandé une journaliste ? Nenni, a répondu M. Mulcair. « Tout le contraire. Le NPD a le vent dans les voiles. […] J’irai aujourd’hui dans la circonscription d’Outremont pour la simple et bonne raison que je veux que les gens réalisent qu’ils ont plusieurs jours pour aller marquer leur bulletin. »

De son côté, Stephen Harper, qui dévoilait lui aussi sa plateforme vendredi, a nié que son parti plafonne dans les sondages pour avoir trop priorisé l’austérité. « Nous ne poursuivons pas un programme d’austérité. Nous ne faisons pas, dans notre programme, des coupes », a-t-il dit.

Réforme démocratique

Si la plateforme électorale dévoilée vendredi réitère toutes les promesses connues faites par le NPD jusqu’à présent, elle contient néanmoins tout un passage nouveau sur la réforme démocratique. Ainsi, on y apprend qu’élu, le NPD s’attaquerait aux nominations partisanes. Il mettrait sur pied un comité de six personnes, choisies conjointement par le gouvernement et l’opposition officielle, dont le mandat serait d’approuver toutes les nominations politiques.

Un gouvernement du NPD interdirait aux députés de demander des honoraires de conférencier, comme Justin Trudeau l’a déjà fait avant qu’il devienne chef du Parti libéral. « Les Canadiens ne devraient pas être obligés de payer pour obtenir le privilège d’entendre leurs représentants élus », est-il écrit.

Un gouvernement néodémocrate interdirait aussi aux parlementaires de siéger à des conseils d’administration et d’y toucher une rémunération, comme l’ont fait plusieurs sénateurs dont les dépenses sont aujourd’hui à l’étude. Le NPD s’engage aussi à instaurer un système de représentation proportionnelle en vue du prochain scrutin fédéral. Le Parti libéral propose de mettre fin au système de vote actuel, mais n’a pas arrêté son choix quant à la formule à préconiser.

Halte aux mammouths !

Un gouvernement de Thomas Mulcair veut mettre un terme à la prolifération des projets de loi budgétaires monstrueux qui modifient des dizaines de lois dans des secteurs aussi variés que la nomination des juges et la protection environnementale. Il donnerait donc le pouvoir au président de la Chambre des communes de scinder les projets de loi trop hétéroclites.

Le NPD assouplirait aussi la Loi sur l’accès à l’information en éliminant tous les frais de production de documents. Il ferait aussi s’appliquer la loi à l’administration du Parlement, au bureau du premier ministre et à ceux des ministres. À l’heure actuelle, il est impossible, par exemple, de faire une demande d’accès pour connaître la nature exacte des dépenses que les députés se font rembourser par le Parlement.

Le NPD promet aussi des sommes pour répondre à la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic. Ainsi, une somme de 5 millions de dollars par année est accordée pour chacune des quatre années d’un mandat pour augmenter le nombre d’inspections ferroviaires. Le NPD prévoit 15 millions pour tenir une enquête publique sur les événements. Et enfin, un gouvernement du NPD s’engagerait à construire une voie ferroviaire pour contourner Lac-Mégantic, en mettant de côté 75 millions à cette fin.

Avec Marie Vastel

30 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 octobre 2015 04 h 19

    Tous ou pas tous

    Alors, Tom laisse de côté les représentants élus par des Bloquistes s'il perd, il ne veut pas s’y affilier. Et s’il gagne, va-t-il nous faire le beau discours qu’il est devenu le premier ministre de tous, peu importe leur allégeance ? Tous ou pas tous, ça dépend de la position.

    Eh ben, mon chers Tomas, tu viens de planter ton dernier clou. Je ne serai pas le seul à faire ce rapprochement en fin de semaine.

    PL

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 10 octobre 2015 14 h 18

      (Tom pousse) un peu loin sa haine viscérale pour les souverainistes qui semble-t-il pour lui, ne sont pas de vrais citoyens.

  • Christian Labrie - Abonné 10 octobre 2015 05 h 27

    Enfin!

    Enfin un engagement ferme pour de la démocratie! Cet dimension du programme fait que le NPD obtiendra mon vote. Car à part cela, la différence entre les néodémocrates et les libéraux ne tient pas à grand chose.
    J'appuie les réformes ici proposées. Tant qu'à une éventuelle coalition entre libéraux et le NPD pour renverser un gouvernement conservateur minoritaire, cela ne serait possible que si le total de leurs sièges constitue une majorité. Ce n'était pas le cas en 2008, ils avaient besoin de l'appuie du bloc québécois, ce qui était plus difficile à accepter pour le ROC. C'est pourquoi je ne voterais pas pour le bloc. Si tout les électeurs qui ne veulent plus des conservateurs votaient pour le candidat le plus susceptible de battre ceux-ci, en se basant sur les prévisions de certains sites comme "to close to call", les conservateurs pourraient n'obtenir qu'une cinquantaine de sièges.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2015 19 h 34

      Est-ce que vous avez déjà joué au hockey sans casque protecteur ?

  • Normand Carrier - Inscrit 10 octobre 2015 07 h 22

    Quant le vote stratégique faisait l'affaire de Mulcair ......

    Lors de la campagne de 2011 , lorsque l'effet JACK , JACK , JACK faisait en sorte que les électeurs Québécois votent NPD comme des moutons de Panurge pour battre Harler , le vote stratégique était une bénédiction .... Cela incluait quelques dizaine de poteaux que Mulcair avait sorti des cours du soir a Concordia et McGill et dont la plupart furent élus sans même faire campagne ...

    Lorsqu'en début de campagne le NPD menait dans les sondages au niveau national et au Québec et qu'une foule d'électeurs votaient stratégique pour battre Harper , tout était comme dans le meilleur des mondes car cela servait Thomas Mulcair .... Maintenant qu'une parti de son électorat , pour battre Harper , balance vers le PLC qui est le seul a avoir une chance sérieuse de battre Harper , Mulcair s'inquiète du vote stratégique ... Ah bin .....

    C'est ce qu'on appelle un retournement ou un impondérable comme tous les partis en subissent ... Chacun son tour comme dirait l'autre et ainsi va la vie politique avec ses hauts et ses bas ......

    • André Hamel - Abonné 10 octobre 2015 12 h 40

      N'est-ce pas là le ennième retournement de cet arriviste de carrière ? Cet homme, au cours de sa vie, a défendu tout et son contraire. Faisant l'apologie de Margaret Thatcher un jour, dirigeant un parti social-démocrate (du moins se prétendant tel) le lendemain. Condamnant comme anti-démocratique l'appui des syndicats au PQ un jour, se réjouissant aujourd'hui du fait que certains syndicats l'appuient. Autorisant les déversements d'égout lorsqu'il était ministre de l'environnement du Québec, déchirant maintenant sa chemise sur la place publique à propos du déversement prévu bientôt par la ville de Montréal.

      Sans compter ses attaques contre la loi 101 lorsqu'il était avocat pour le parti Alliance-Québec.

      Quelle crédibilité a cet homme ? Je vous le demande.

      André Hamel

  • Jacques Boulanger - Inscrit 10 octobre 2015 07 h 56

    Le fameux vote stratégique

    Voilà que le NPD craint un vote stratégique des Canadians, lui qui au contraire, au Québec, tablait sur ce vote. Grandeur et misère de la politicaillerie.

    Par ailleurs, s'il y avait coalition entre le NDP et Liberals, il est clair que les Liberals mèneraient la barque parce qu'au mieux, le NDP ne fera qu'une 3e place, plaçant ainsi Justin en position de force. Alors le raisonnement des Canadians est fort simple : tant qu'à voter pour une éventuelle coalition menée par le LPC, aussi bien voter tout de go LPC ! On évitera ainsi un gouvernement tiraillé de «coalisés».

  • François Dugal - Inscrit 10 octobre 2015 07 h 58

    Parler "directement"

    Monsieur Mulcair veut "parler directement aux québécois"; est-ce à dire que lorsqu'il parle "normalement", il s'adresse indirectement aux dits québécois?
    Dans un autre ordre d'idées, les québécois qui votent pour le Bloc sont des citoyens canadiens qui désirent être représentés à Ottawa au meilleur de leurs intérêts. Les exclure d'office est, selon plusieurs, un grave manquement de sens démocratique.