Ottawa demande à la GRC d’enquêter sur les fuites aux médias

Les révélations explosives concernant l’intervention du premier ministre Harper dans la sélection de réfugiés syriens feront l’objet d’une enquête de la Gendarmerie royale, a appris Le Devoir.

La haute direction du ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration a demandé au corps policier d’enquêter au sujet de cette fuite émanant de la fonction publique.

« Nous sommes très inquiets d’incidents récents où des renseignements confidentiels ont été transmis à des journalistes, écrit la sous-ministre adjointe Anita Biguzs dans une note de service, dont nous avons obtenu copie. Ces fuites sont contraires à l’éthique et illégales. Ainsi, nous avons contacté la GRC, qui vient de déclencher une enquête. »

Ces fuites mèneraient à l’érosion de la relation de confiance entre le gouvernement et sa fonction publique, soutient-elle, ajoutant qu’elle sont particulièrement préoccupantes dans un contexte électoral. Les coupables feront face à des « conséquences sérieuses », promet Mme Biguzs.

Rappelons que Stephen Harper a été forcé d’expliquer, jeudi, pourquoi son gouvernement a suspendu l’étude de demandes de migrants cherchant à fuir la région en guerre cet été, donnant priorité à certains réfugiés. Les conservateurs voulaient s’assurer d’accueillir les plus vulnérables en toute sécurité, a plaidé Stephen Harper. La nouvelle, ébruitée par le Globe and Mail jeudi matin, avait pourchassé la campagne conservatrice toute la journée.


Le premier ministre sortant et son ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, ont confirmé par la suite que les fonctionnaires ont reçu l’ordre du gouvernement conservateur de donner la priorité aux Syriens membres de minorités religieuses ou ethniques comme les chrétiens, les ismaéliens ou les Kurdes.

«Ils méritent notre protection. (...) Les yazidis, plusieurs groupes chrétiens, des minorités musulmanes qui sont extrêmement mis en danger, persécutés, par l’EI. Le Canada leur doit de reconnaître qu’ils font face à une forme particulière de persécution», déclarait la semaine dernière le ministre Alexander.

Vendredi, Stephen Harper a de nouveau tenté de justifier sa décision, assurant que sa politique de donner la priorité à certains réfugiés syriens «n’est pas de l’exclusion».

Interrogé à savoir s’il a lui-même ordonné qu’on accorde la priorité à certains groupes de Syriens, M. Harper a esquivé la question. «La sélection des réfugiés n’est jamais faite par du personnel politique. C’est fait par des fonctionnaires», a-t-il répondu.

Avec La Presse canadienne

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