Québec mettra-t-elle fin au flirt orange?

Annick Papillon fait partie des néodémocrates élus en surfant sur la vague orange de 2011 dans cette forteresse bloquiste. Si son élection l’a prise par surprise, aujourd’hui elle est déterminée à rester.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Annick Papillon fait partie des néodémocrates élus en surfant sur la vague orange de 2011 dans cette forteresse bloquiste. Si son élection l’a prise par surprise, aujourd’hui elle est déterminée à rester.

Après 18 ans de mariage avec le Bloc québécois, la circonscription de Québec a surpris tout le monde en 2011 en sautant dans les bras du Nouveau Parti démocratique. À l’heure du retour aux urnes, on se demande si ce n’était qu’une simple amourette.

En 2011, on s’attendait à ce que la vague orange fasse des ravages un peu partout dans la région. Mais pas à Québec même. En poste depuis six mandats, la bloquiste Christiane Gagnon semblait indélogeable.

Réputée plus à gauche et plus souverainiste que les autres circonscriptions de la région, Québec ne suit pas toujours les vagues. Son équivalent provincial, Taschereau, est d’ailleurs toujours représenté par la péquiste Agnès Maltais, seule élue de son parti dans la région.

Or, la députée sortante, Annick Papillon, pense être là pour de bon. Malgré tout, elle s’étonne encore du coup de tonnerre qui a secoué sa vie en 2011. « J’étais quatrième avec 7 %. Qui aurait cru que j’allais monter à 42 % ? » souligne-t-elle. À l’époque, elle posait ses affiches électorales avec sa mère. Aujourd’hui, elle a des macarons avec son visage dessus.

Son défi est maintenant de prouver qu’elle n’est pas un simple accident de parcours. Comme beaucoup d’élus du NPD au Québec, elle s’est fait reprocher de ne pas avoir été assez présente, combative. Lorsqu’on l’interroge sur son bilan, elle évoque deux grandes victoires. Le maintien du Centre de sauvetage maritime, menacé de fermeture, et la création d’un comité consultatif sur les problèmes de santé des vétérans, deux enjeux sans lien direct avec la circonscription.

Tout faire

« Madame Papillon, je sais qu’elle est très présente à Ottawa. Mais on peut se poser des questions sur sa présence dans la circonscription », observe le candidat du Bloc, Charles Mordret. La principale intéressée réplique avec force. « S’il y a quelqu’un qui s’est donné corps et âme là-dedans, c’est moi », dit-elle en plaidant qu’elle « revenait tout le temps dans la circonscription». Elle ajoute qu’elle a « tout donné », qu’elle s’est même « brûlée ».

Son opposant bloquiste dit vouloir redonner une place de premier plan à la circonscription. « Québec, c’est la capitale nationale ! » lance-t-il avec passion. Ce citoyen du monde qui a longtemps travaillé en Turquie est rentré au Québec dans la foulée du discours de Jean-Martin Aussant sur « la fin de tous les exils ».

« Il y a eu le décès de[Jacques] Parizeau avec l’appel d’Aussant. J’étais à Istanbul. Ça a été un déclic. » Souverainiste de longue date, il est rentré dans le but d’apporter sa contribution au « pays » du Québec.

Ce n’est pas M. Mordret qui fait peur à Annick Papillon, mais bien son adversaire conservateur. « Je suis désolée, mais ce sont les conservateurs qui gagnent des points, dit-elle. C’est le conservateur qui me talonne. »

Pour l’instant, aucun sondage local n’a été rendu public à Québec. Si on se fie à la plateforme Too Close to Call, Mme Papillon aurait une avance confortable à 42 %, suivie du Bloc (20 %), des libéraux (18 %) et du Parti conservateur (17 %).

Le candidat conservateur, Pierre-Thomas Asselin, a décliné les nombreuses demandes d’entrevues du Devoir. Le jeune homme, dont le père est également candidat dans la région (Jean-Pierre Asselin, dans Louis-Hébert), s’est surtout démarqué par sa grande discrétion depuis le début de la campagne (voir l’encadré ci-contre).

Selon Mme Papillon, beaucoup d’électeurs rencontrés sur le terrain hésiteraient même entre le NPD et les conservateurs. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle comprend au phénomène, elle dit que « ce n’est pas étonnant dans le contexte de la région de Québec ».

Alors que les conservateurs présentent un quasi-inconnu, les libéraux, eux, sont représentés dans Québec par l’une des recrues vedettes du parti.

Directeur du Département d’économie de l’Université Laval, Jean-Yves Duclos est à l’avant-plan d’une publicité télé du parti dans laquelle on tente de montrer à quel point Justin Trudeau est bien entouré.

Quand on lui demande pourquoi il n’a pas opté pour une circonscription que les libéraux ont plus de chances de prendre, il rétorque que la question ne se posait pas. « J’ai pris le comté où j’habite avec ma femme et mes enfants. C’est notre comté », dit-il.

Lors de notre rencontre, il distribuait des dépliants à l’entrée d’un supermarché au rabais du secteur de Vanier. Il martèle que le programme libéral est le mieux conçu pour réduire les inégalités. « Dans Québec, il y a une population plus vulnérable. Ce sont des gens qui craignent pour leurs emplois, qui gagnent des revenus modestes. Ils constatent l’augmentation du coût de la vie… »

Interrogé sur ses chances d’être élu, il rappelle que Québec a aussi un passé libéral. « Avant 1984, la circonscription a été surreprésentée sur la scène fédérale avec des gens comme Gilles Lamontagne, Jean Marchand, Louis Saint-Laurent et Wilfrid Laurier, dit-il. Les gens de Québec sont extrêmement ouverts. Ils peuvent changer de parti selon les circonstances. »

Le «candidat mystère» se cache encore

Le candidat conservateur Pierre-Thomas Asselin est étudiant à la maîtrise à l’École d’administration publique (ENAP). Ancien membre de la réserve navale, il a travaillé ces derniers mois pour le bureau du whip à Ottawa. En début de campagne, il avait été baptisé « le candidat mystère » en raison du refus répété du parti de dévoiler des informations de base sur lui. Le Devoir a multiplié les démarches pour s’assurer de lui parler dans le cadre de ce reportage, sans succès.

Les candidats

Pierre-Thomas Asselin — Parti conservateur du Canada

Jean-Yves Duclos — Parti libéral du Canada

Charles Mordret — Bloc québécois

Annick Papillon — Nouveau Parti démocratique

Philippe Riboty — Parti vert