Cotler ne se mêlera pas des discussions au sujet de Maher Arar

Ottawa - Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, a annoncé hier qu'il se retirerait des discussions du cabinet sur l'affaire Maher Arar, ce Canadien déporté en Syrie par les autorités américaines en raison de soupçons de terrorisme.

Avant d'être nommé ministre, M. Cotler, un avocat spécialisé dans la défense des droits de la personne, avait fourni gratuitement des conseils juridiques à M. Arar et à sa famille.

«J'avais soumis la question [...] au conseiller en éthique» du premier ministre, a expliqué Irwin Cotler lors d'un point de presse à Ottawa. «Il m'est revenu en m'affirmant qu'il ne voyait pas de conflit d'intérêts dans mon travail. Pas plus d'ailleurs que je ne voyais moi-même de conflit d'intérêts.»

Le ministre a néanmoins reconnu que son rôle de conseiller juridique pour M. Arar pouvait créer une apparence de conflits d'intérêts. Il a donc écrit au greffier du Conseil privé pour l'informer qu'il se retirait désormais des discussions et de la prise de décisions dans le dossier.

«Après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que la chose prudente à faire était de n'être plus impliqué, de quelque façon que ce soit, à l'égard de ce cas», a déclaré M. Cotler, en précisant qu'il n'avait eu accès à aucun document gouvernemental sur l'affaire.

Maher Arar, un ingénieur d'Ottawa né en Syrie, a été déporté dans son pays natal par les autorités américaines alors qu'il se trouvait à New York, en septembre 2002. Il nie être un «terroriste» et réclame désormais la tenue d'une enquête publique sur le rôle du gouvernement canadien dans sa déportation en Syrie, où il dit avoir été torturé pendant plus d'un an.

M. Arar n'a pas tardé à déplorer le geste du ministre Cotler.

«Si le ministre de la Justice se retire des discussions sur mon cas, qui s'assurera que justice sera rendue pour moi et ma famille?» a demandé l'homme de 33 ans dans un communiqué.

Selon Alex Neve, secrétaire général d'Amnistie internationale au Canada, l'affaire Arar représente «l'une des questions les plus significatives à laquelle font face les Canadiens et leur gouvernement aujourd'hui en matière de justice».

«Il est alarmant et décevant que [Irwin Cotler] ait maintenant décidé de s'abstenir des discussions gouvernementales portant sur la sauvegarde des droits humais dans cette affaire», a-t-il ajouté.

«Que le ministre de la Justice se récuse entièrement de toute discussion dans le dossier nous apparaît comme une abdication de ses responsabilité», a renchéri une porte-parole du Comité d'appui à Maher Arar, Kerry Pither.

Des responsables canadiens et américains ont soutenu, sous le couvert de l'anonymat, qu'ils étaient certains que M. Arar s'était entraîné dans un camp «terroriste» en Afghanistan. La Gendarmerie royale du Canada enquête présentement sur ces informations.

Ottawa a déjà laissé entendre que Washington avait fait une erreur en déportant Maher Arar. Plus tôt cette semaine, le premier ministre canadien Paul Martin et le président américain George W. Bush ont convenu qu'à l'avenir, les deux pays se préviendraient mutuellement avant de déporter l'un de leurs citoyens dans un pays tiers.