Armes, niqab et Sénat à l’ordre du jour

Les quatre chefs qui se sont fait face vendredi soir entourent l’animateur de la soirée. Dans l’ordre: Gilles Duceppe, Justin Trudeau, Pierre Bruneau, Stephen Harper et Thomas Mulcair.
Photo: Joël Lemay La Presse canadienne/Pool Les quatre chefs qui se sont fait face vendredi soir entourent l’animateur de la soirée. Dans l’ordre: Gilles Duceppe, Justin Trudeau, Pierre Bruneau, Stephen Harper et Thomas Mulcair.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a lancé un pavé dans la mare au cours du cinquième et dernier débat des chefs. Il a soutenu que le registre des armes à feu, aboli par le gouvernement conservateur, avait été un « échec » et qu’il s’engageait à ne pas en créer un nouveau s’il était élu premier ministre du Canada.

« Un gouvernement du NPD permettrait au Québec de garder [les informations contenues dans l’ancien registre aboli], mais le registre était un tel échec qu’il n’est pas question de revenir avec un registre », a-t-il lancé. Il s’agit d’un revirement à 180 degrés pour le NPD, car en décembre dernier, M. Mulcair annonçait que porté au pouvoir, il instaurerait un nouveau mécanisme pour « suivre à la trace toutes les armes à feu au Canada », mécanisme qu’il promettait plus léger et moins lourd bureaucratiquement.

Le segment du Face à Face de TVA portant sur la sécurité a donné lieu à de vigoureux échanges entre les quatre chefs invités. Ainsi, le chef libéral Justin Trudeau, qui promet de légaliser la marijuana, s’est fait demander comment il réagirait s’il réalisait qu’un de ses trois enfants fumait du « pot ».

M. Trudeau n’a pas directement répondu à la question. « Comment on réagit quand un jeune vient nous dire qu’il boit avec ses amis derrière l’école ? La réalité, c’est que maintenant, les jeunes trouvent plus facile d’acheter de la marijuana que d’acheter de la bière ou des cigarettes. » Il a soutenu que le Canada est numéro un au chapitre de la consommation du pot par les jeunes. Le chef conservateur, Stephen Harper, a soutenu que par sa politique de prohibition, il « veut décourager l’utilisation de la marijuana par nos enfants et c’est essentiel pour nous comme chefs de donner l’exemple à cet égard. […] Vous vous êtes vanté d’utiliser de la marijuana. Ce n’est pas une position responsable. »

Encore le niqab

Sans surprise, le débat des chefs n’a pas fait l’économie d’un échange sur le port du niqab, moment qui a donné l’occasion aux quatre chefs présents de mieux préciser leurs positions respectives. Stephen Harper a été la cible du plus grand nombre d’attaques sur la question. Thomas Mulcair et Justin Trudeau l’ont accusé d’instrumentaliser le niqab pour prétendre défendre l’égalité des femmes alors que son propre caucus a un bilan en la matière peu reluisant.

« M. Harper, vous avez du cran de venir ici parler de valeurs québécoises, de la défense des droits des femmes. Vous avez plus d’hommes dans votre caucus qui sont anti-avortement qu’il y a de femmes qui portent le niqab au Québec », lui a lancé Justin Trudeau, en le sommant de préciser une fois pour toutes publiquement s’il est pro-choix ou pro-vie. Le chef conservateur n’a pas mordu. « Notre position depuis dix ans, c’est que je n’ai pas l’intention d’ouvrir ce débat. »

Thomas Mulcair lui a toutefois lancé le même genre de reproches, parlant aussi du refus de M. Harper d’ouvrir une enquête sur les 1200 femmes autochtones assassinées ou disparues. « M. Harper a le culot de faire semblant que c’est une question pour lui de droits des femmes », a accusé le chef néodémocrate.

M. Harper a martelé, comme Gilles Duceppe, que le port du niqab était inacceptable aux cérémonies de citoyenneté. Il s’agit d’un symbole d’oppression, a affirmé le chef bloquiste. Son rival néodémocrate est alors sorti de ses gonds. « Ce n’est pas en enlevant les droits de cette femme-là, en la privant de sa citoyenneté, que vous allez pouvoir l’aider, nom de Dieu ! »

Stephen Harper n’a pas fléchi. Lorsque Thomas Mulcair a noté que seules deux femmes ont refusé de prêter serment, sur 686 195 cas depuis quatre ans, M. Harper lui a répliqué qu’« un cas, c’est un cas de trop. On ne défend pas des valeurs fondamentales avec des statistiques ».

Quant à la position du chef du NPD — qui lui a coûté des appuis dans les derniers sondages au Québec —, Stephen Harper n’a pas manqué de lui faire remarquer qu’elle ne fait pas non plus l’unanimité au sein de son caucus. « Vous n’êtes même pas capable de convaincre vos propres députés de votre position. »

Signe que le niqab fait partie de la stratégie électorale de M. Harper, dans son laïus de fermeture, le chef conservateur a parlé de l’importance d’avoir plus de Québécois dans son équipe pour protéger la sécurité, l’économie « et les valeurs » du Canada. Jusqu’à présent, son slogan électoral ne comportait que les deux premiers éléments.

Trudeau aussi a tendu la main aux Québécois tentés de voter pour un parti d’opposition en disant que « pour remplacer un premier ministre, on doit choisir un premier ministre » et qu’il fallait pour cela que les Québécois reprennent leur place au sein du Canada.

Gilles Duceppe a tenu le discours contraire, soutenant que le prochain gouvernement serait minoritaire et qu’il était donc judicieux d’envoyer une importante députation bloquiste pour infléchir les décisions qui seraient prises. « Vous pouvez compter sur moi, moi je compte sur vous. »

Mulcair a rappelé dans sa conclusion les dix années de « noirceur » de M. Harper. Plus tôt pendant le débat, il avait rappelé que M. Harper avait, au cours de son dernier mandat, aboli le crédit d’impôt pour les fonds de travailleurs et rehaussé l’âge de la retraite à 67 ans, deux choses qu’il n’avait pas annoncées pendant la campagne électorale de 2011. « Que nous cachez-vous cette fois-ci ? »

Le sort du Sénat a lui aussi donné lieu à de vifs échanges. Stephen Harper, qui s’est fait remettre sur le nez le cas du sénateur Mike Duffy, a répliqué en citant des scandales de ses rivaux. Le scandale des commandites a ainsi réussi à s’immiscer dans le débat des chefs… de 2015.

« Vous faites campagne avec M. [Jean] Chrétien, avec M. [Paul] Martin. Vous devez leur demander, où sont les 40 millions du scandale des commandites ? » a lancé le chef conservateur à Justin Trudeau.

M. Mulcair n’était pas en reste. « Soixante-huit députés du NPD sont devant les tribunaux pour avoir pris près de 3 millions de dollars de fonds de la Chambre des communes pour l’organisation politique. C’est franchement la mentalité du scandale des commandites, d’utiliser des fonds publics pour l’organisation partisane », a lancé M. Harper, au sujet des bureaux satellites que le NPD a mis sur pied à Montréal et Québec en invitant ses députés à verser une part de leurs budgets pour les financer.

Justin Trudeau s’est vanté d’avoir mis fin à la partisanerie du Sénat, en expulsant les sénateurs libéraux de son caucus. Stephen Harper a rappelé qu’il ne nommerait plus de sénateurs, pour laisser la Chambre mourir d’elle-même. « Vous avez régulièrement brisé vos promesses envers les Canadiens. On ne peut pas vous faire confiance », a renvoyé M. Trudeau, rappelant que le chef conservateur avait fait près de 60 nominations sénatoriales.

Thomas Mulcair a de son côté de nouveau promis d’abolir le Sénat, en convainquant les provinces — y compris le Québec. Impossible, a rétorqué Gilles Duceppe. Les négociations constitutionnelles ont déjà démontré qu’elles ne menaient pas à un consensus. « Finissons-en, ça ne mène nulle part ces discussions-là. » « Impossible n’est pas français », lui a rétorqué un Thomas Mulcair optimiste.

La Syrie encore au menu

L’intervention militaire en Syrie a permis de constater les positions bien campées de chaque chef. M. Duceppe s’est rangé dans le camp de Stephen Harper. « Il faut intervenir. On pourrait bien arriver avec un bouquet de fleurs et un sac de provisions en disant qu’on vient aider les réfugiés, je ne pense pas que vous serez bien reçus par les fanatiques islamistes. »

Le chef libéral a soutenu qu’il fallait plutôt former les troupes locales pour qu’elles-mêmes mènent les combats sur le terrain. « Parce que [la participation des] armées occidentales, ça finit toujours par empirer la situation », a soutenu M. Trudeau. Quand M. Duceppe a voulu parler de la diminution de l’aide humanitaire par Jean Chrétien, M. Trudeau a lancé : « Ben, c’est une leçon d’histoire, mon amour ! »

M. Mulcair s’est joint au débat en soutenant que « ce n’est pas en ajoutant plus de bombes qu’on va rendre le monde plus sécuritaire ». « Vous avez une position idéologique, mais ce n’est pas approprié dans le monde réel », a rétorqué M. Harper.

Cartes erronées

Des centaines, voire des milliers de cartes d’information de l’électeur erronées ont été postées aux Yukonnais, selon CBC. Les cartes indiquaient dans certains cas des bureaux de vote à des centaines de kilomètres du domicile des électeurs. Le problème ne serait pas limité à ce territoire, a reconnu Élections Canada, qui met ces erreurs sur le compte de la complexité du processus d’information en campagne électorale. Le Devoir
10 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 3 octobre 2015 02 h 13

    " Tu donnes une petite poff a papa, mon amour!.."

    Qu'est-ce qu'ils cherchent a mon Justin TVA???

    Depuis quand le modérateur fait remarquer au candidat qu'il n'a pas répondu clairement à la question et la repose???

    Les modérateurs passeraient leur temps à intervenir s'ils procédaient ainsi chaque fois qu'un chef tente d'éluder une question.

    Moi, je me suis dit bonne mére! "Diffuseur d'Émotions"!!! C'est quoi encore cette question à la noix ultra personnelle jouant sur le pathos des cancres! Et il l'a réitérée!..

    Les débats au Québec avantagent Gilles. Pour avoir vécu en Angleterre, au Mexique et en Italie assez longtemps pour bien me débrouiller dans chacune de ces langues, il reste que trouvais que je perdais 80% de mon talent rhétorique lorsque je n'étais pas dans ma langue maternelle.

    TVA avaient l'air ravis, eux! " Ah Gilles, il connaît vraiment ses dossiers, il pourrait être premier ministre, il est toujours dans le coup!"

    Franchement, même moi j'ai pensé à y donner mon vote avant d'être reconquise par mon amour, mais il connaît SES dossiers ouais surtout. La satanée caisse de dépôt que nul ne comprend ce que ça signifie de si grave concrètement si on pige dedans, l'Arabie Saoudite, le Kosovo, ça, il aime en jaser du Kosovo, des vieux dossiers des années 2000; bien envoyé pour les cours d'histoire, mon amour! Et côté ce qui se passe au Moyen-Orient: des frappes qui touchent des civils et ne viendront jamais à bout de l'EI vu qu'il la font grossir chaque jour par leur présence; pour protéger les pétrolières américaines; ben sur ça, il n'a pas trop l'air dans le coup pour un protecteur de la veuve et de l'orphelin! Je crains même que si PK nous fait un Pays, l'armée québécoise ira là-bas pour faire comme au Kosovo. Heye, c'est car ton sapristi de Kosovo n'a rien à voir avec la Guerre au Moyen-Orient!

    C'est Justin qui a raison, donnons des formations et de l'aide humanitaire, je trouve ça loin d'être fou.

    Tu ne seras pas élu dans ma région, mais ce ne sera pas ma faute, mon amour!

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 4 octobre 2015 12 h 20

      Attention !!! Faut pas confondre "Caisse de dépôt" (les investisseurs des pensions du RRQ, au provincial) et "Caisse d'assurance-emploi" (cotisations au fédéral devant servir à compenser les gens qui ont perdu leur emploi récemment).

      Et la Caisse d'assurance-emploi, si le fédéral pige dedans, ça devient une sorte d'impôt supplémentaire sur les salariés, donc c'est comme si un salaire était plus imposable qu'une autre sorte de revenu (profit sur des dépôts à terme, vente de maison, etc). Le pire, ce sont les gens obligés de cotiser mais dont le travail rentre jamais dans les conditions pour recevoir l'argent : ces gens-là payent le maximum d'« impôt supplémentaire ».

  • Michel Fontaine - Abonné 3 octobre 2015 08 h 14

    La question du niquab, un leurre politique

    Harper et Duceppe continuent d'instrumentaliser de façon opportuniste et politiquement malhonnête la question du port du niquab et le pire c'est ....que, selon les derniers sondages, nous leur donnons raison de le faire. Et le 20 octobre au matin, nous crierons notre déception de voir réélu le gouvernement Harper dont plus de 75% des québécois et deux tiers des canadiens ne veulent plus.

  • Josée Duplessis - Abonnée 3 octobre 2015 08 h 32

    Réintègrer le Canada? Encore un Quebec we love you!!!!
    GAng d'hypocrites. Vous nous méprisez quand vous voulez et vous nous ignorez .
    Nous ne sommes pas tous des imbéciles.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 octobre 2015 08 h 31

      Voulez-vous dire que les autres, les fédéralistes, sont tous des imbéciles ? Ou encore que ne pas en être est une condition préalable pour être souverainiste ?

  • Lina Trudel - Abonnée 3 octobre 2015 10 h 20

    Le NPD et le Devoir

    Ce n'est peut-être pas autant le niqab qui a plombé la campagne du NPD que le traitement peu favorable que lui réserve, en général, les médias.
    Le Devoir a tendance à minimiser les positions et les performances souvent remarquables de T. Mulcair. C'est particulièrement frappant dans le cadre de cette analyse du débat diffusé à TVA.
    Quant à La Presse, son parti-pris en faveur du Parti Libéral crève les yeux. La chronique de V. Marissal, sur le débat d'hier, en est un autre exemple frappant. Il faut aussi déplorer le fait que le jupon libéral de bon nombre de chroniqueurs et d'animateurs, à Radio-Canada, dépasse souvent plus que légèrement.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 3 octobre 2015 18 h 56

      Les médias vous laissent justement le droit de parole, comme ici sur le droit d'expression de ce forum.

      Alors allez-y Mme Trudel, expliquez aux citoyens les erreurs de jugement des chroniqueurs pourtant très chevronnés du Devoir et de La Presse.

      Alors vous remettrez le NPD à la place qu'il mériterait si ce n'était des médias.

  • P. Raymond - Inscrit 3 octobre 2015 10 h 22

    Un débat, quel débat?

    Un spectacle organisé par un média privé qui évite soigneusement d’inviter une femme ayant l’étoffe d’une chef d’État digne de ce nom dans cette course pour le pouvoir fédéral, la seule apte à diriger sainement ce qui reste de démocratie dans le RdC.
    Heureusement qu’ici au Québec nous avons pu jouir de la présence d’un chef ayant l’étoffe d’un vrai chef d’État. Un chef où transparaît le désir sincère de représenter les citoyens, le peuple, les aspirations de ceux qui l’habitent ce territoire.