Les autochtones du Québec veulent forcer les chefs à s’engager

Le chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, et le chef mohawk de Kahnawake, Joe Norton
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, et le chef mohawk de Kahnawake, Joe Norton

Les autochtones du Québec prendront la rue le 9 octobre pour réclamer que chaque parti politique candidat aux prochaines élections fédérales présente un plan détaillé les concernant. Ils ont ainsi l’intention de se mobiliser en vue des élections fédérales du 19 octobre.

C’est ce que le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a annoncé vendredi, en compagnie du chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, et le chef mohawk de Kahnawake, Joe Norton.

Ils invitent d’ailleurs l’ensemble des autochtones du Canada à leur emboîter le pas lors de ces manifestations.

Sans vouloir dévoiler ses penchants pour l’un ou l’autre des partis en lice, Ghislain Picard a fait un constat négatif des neuf dernières années au pouvoir du Parti conservateur de Stephen Harper. Le règne de Stephen Harper, dit Ghislain Picard, « a commencé avec des compressions de 160 millions dans les budgets consacrés aux langues autochtones et s’est terminé avec le projet de loi 33 », projet sur l’éducation qui a mené à la démission du précédent chef des Premières Nations du Canada, Shawn Atleo. « Le bilan des dix dernières années est désastreux », dit Ghislain Picard, qui déplore aussi le « paternalisme » des conservateurs à l’égard des autochtones.

Les chefs autochtones du Québec considèrent qu’il est urgent de réparer et de restaurer la relation de confiance entre le gouvernement canadien et les Premières Nations. Depuis le rapatriement de la Constitution en 1982, dit Ghislain Picard, pratiquement rien n’a bougé dans les dossiers des affaires autochtones. « Nous sommes des alliés du gouvernement canadien, nous ne sommes pas des sujets », a fait valoir le chef Norton.

Logement, eau potable, revendications territoriales, éducation, santé, les chefs ne veulent pas choisir, dans la longue liste de leurs préoccupations, quelles sont leurs priorités. « Il faudrait 7000 nouveaux logements pour les autochtones du Québec demain matin », laisse entre autres tomber Ghislain Picard.

Sans vouloir ouvertement encourager les membres des Premières Nations à aller voter aux prochaines élections fédérales, les trois chefs ont abondamment parlé de la participation autochtone à la vie citoyenne.

Au début de septembre, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, Perry Bellegarde, avait encouragé les autochtones à voter le 19 octobre. Après avoir tergiversé quant à ses propres intentions de se rendre aux urnes, Bellegarde a finalement dit qu’il irait lui-même voter.

Pas une excuse

« Si on suit les réseaux sociaux, on voit qu’il y a une forte intention de participer aux élections fédérales chez les autochtones », relève M. Picard.

Traditionnellement, le taux de participation des autochtones aux élections fédérales a tourné autour de 40 %, soit plus ou moins 20 points de pourcentage de moins que celui des Canadiens non autochtones. « Le droit de vote nous a été accordé en 1960, relève Joe Norton. On nous l’a imposé. »

Ce faible taux de participation ne devrait justifier en rien l’indifférence des élus canadiens à l’égard des autochtones, soulignent les chefs. « Le Canada est l’un des pays où le niveau de vie est le meilleur au monde, comment peut-on y retrouver des conditions du Tiers-Monde ? », a fait valoir Joe Norton, qui n’a pas exclu le recours au barrage de routes ou de ponts, advenant que les droits autochtones soient bafoués par le prochain gouvernement fédéral.

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