Le NPD peut-il renverser la vapeur?

En baisse dans les plus récents sondages, le NPD serait-il en train de rater la plus belle opportunité électorale de son histoire, comme le titrait la semaine dernière le Hill Times ? Ceux qui croient encore aux chances du parti de l’emporter le 19 octobre s’entendent à tout le moins pour dire que pour Thomas Mulcair et ses troupes, le temps presse.

Les différents coups de sonde publiés cette semaine dépeignent tous un portrait semblable, et celui dévoilé vendredi par Le Devoir n’y fait pas exception : le NPD glisse en troisième position à l’échelle nationale, laissant place à ce qui ressemble de plus en plus à une lutte à deux pour le pouvoir. La situation n’est guère plus reluisante au Québec, où le parti voit l’écart le séparant de ses poursuivants rétrécir dangereusement.

Pour Lawrence Martin, du Globe and Mail, le verdict est sans appel : le NPD peut dire au revoir à ses chances de victoire. Comme une équipe de hockey qui s’assoit sur son avance en troisième période, le NPD n’a pas su se maintenir en tête après avoir entamé la campagne électorale au sommet dans les intentions de vote.

Pas de risque, pas de gloire, résume le chroniqueur. Le NPD a selon lui servi du « pablum » aux électeurs, c’est-à-dire des promesses électorales pour la plupart sans saveur. Dans cette élection reposant en grande partie sur la volonté de changement des Canadiens, les néodémocrates n’ont pas été suffisamment convaincants, tandis que les libéraux ont réussi à se démarquer avec leur promesse de repousser l’équilibre budgétaire en 2019.

Le rêve du NPD s’est évaporé parce que la formation politique n’a pas réussi à solidifier ses appuis. Ni ceux de sa base électorale, ni ceux des électeurs qui ont soif de changement, ni ceux du Québec, poursuit Martin. La mauvaise nouvelle, c’est que les tendances sont difficiles à renverser en fin de campagne, conclut-il.

Ian MacDonald, du site iPolitics, n’est pas aussi pessimiste. Il est vrai que les sondages publiés successivement cette semaine montrent que le Parti conservateur et le Parti libéral se détachent du NPD, mais les choses pourraient très bien changer, écrit-il.

Après tout, si la question du changement devait s’avérer aussi déterminante qu’on le dit lors de l’élection, les conservateurs pourraient très bien perdre des appuis à la toute dernière minute au profit des libéraux ou des néodémocrates.

Choisissez l’expression que vous préférez : pour Thomas Mulcair, c’est maintenant ou jamais, ça passe ou ça casse, admet MacDonald. Mais, qui sait, le chef du NPD sera peut-être plus à l’aise maintenant dans le rôle du négligé que dans celui du meneur.

Vent de fraîcheur

Pendant que le NPD en arrache, le PLC surprend. Lundi, lors du débat Munk portant sur la politique étrangère, le chef libéral Justin Trudeau est parvenu à s’imposer là où plusieurs croyaient qu’il trébucherait, observe Tim Harper, dans le Toronto Star.

Trudeau et Mulcair ont tous les deux livré de bonnes performances, dit-il, mais les électeurs retiendront surtout celle du plus jeune chef parce qu’il s’agissait pour lui d’un test beaucoup plus important.

Le débat de lundi a été parsemé de phrases toutes faites et de répliques apprises par coeur, comme c’est toujours le cas lors de tels rendez-vous, mais il a aussi offert des échanges sentis, se réjouit le chroniqueur. Plusieurs arguments sont venus de la tête, mais aussi du coeur, et à ce chapitre, Justin Trudeau a été en mesure de gagner le momentum espéré pour la dernière ligne droite de la campagne électorale.

Dans le Globe and Mail, Margaret Wente explique qu’elle a vu à l’oeuvre un Justin Trudeau passionné et énergique — et non hyperactif comme lors du précédent débat en anglais —, face à un Stephen Harper égal à lui-même et un Thomas Mulcair à plat.

Dans ce genre de confrontation oratoire, il y a le fond, mais il y a aussi la forme, souligne-t-elle. Se mesurant à deux politiciens d’expérience qui veulent présenter aux Canadiens l’image d’un chef d’État, Justin Trudeau a offert une prestation beaucoup plus rafraîchissante. Après dix ans de froideur technocratique imposée par le style Harper, un peu d’enthousiasme et d’émotivité ne font pas de tort, juge Wente.

Les libéraux sont parvenus à se différencier de leurs adversaires en pariant sur des investissements massifs combinés à de « modestes » déficits, mais ce qui les distingue encore davantage du NPD et du PCC, c’est la personnalité de leur chef, avance la chroniqueuse.

Le NPD se retrouve donc face à un parti qui semble pour l’instant remporter la bataille des votes pour le changement. Oui, le niqab a fait mal aux néodémocrates, surtout au Québec, mais les stratèges du NPD doivent aussi se regarder dans le miroir, laisse entendre Richard Warnica dans le National Post.

En tentant de dépeindre Thomas Mulcair comme un politicien calme et posé, et ainsi faire oublier son surnom de « Angry Tom », le NPD s’est peut-être tiré dans le pied. Le parti s’est rapproché du centre de l’échiquier politique pour s’attirer de nouveaux votes, mais cette stratégie aura plutôt été néfaste. Il n’a pas élargi sa base d’appuis, tout en installant le doute parmi ses partisans.

D’ici la fin de la campagne électorale, Thomas Mulcair doit expliquer aux électeurs en quoi son plan est celui du renouveau politique qu’il promet. La tâche ne s’annonce pas facile, mais comme le rappelle Warnica, tout peut arriver. En politique, deux semaines, c’est une éternité.