Le NPD ne flirte plus avec des appuis de 50% au Québec

À 16 jours du scrutin, les troupes de Thomas Mulcair sont toujours en tête dans la province, mais désormais talonnées par leurs adversaires libéraux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À 16 jours du scrutin, les troupes de Thomas Mulcair sont toujours en tête dans la province, mais désormais talonnées par leurs adversaires libéraux.

Qui l’eût cru ? Les neuf semaines de campagne électorale semblent avoir raison de la vague orange au Québec. À 16 jours du scrutin fatidique, les troupes de Thomas Mulcair sont certes toujours en tête dans la province, mais désormais talonnées par leurs adversaires libéraux. Le niqab, disent plusieurs analystes, n’explique pas tout.

Les coups de sonde de la dernière semaine pointent tous dans la même direction : le NPD ne flirte plus avec des appuis de 50 % au Québec. Il récolte désormais des appuis de l’ordre de 28-30 %, suivi par les libéraux (24 %), les conservateurs (21 %) et les bloquistes (20-24 %). À l’échelle du pays, il semble relégué au troisième rang dans une course qui se dessine de plus en plus comme un duel entre conservateurs et libéraux.

Bruce Anderson, le sondeur de la maison Abacus, refuse d’y voir le seul effet du débat sur le port du niqab aux cérémonies de citoyenneté, que Thomas Muclair a endossé. Selon lui, la question des pipelines est un facteur tout aussi important. Le Bloc québécois, rappelle-t-il, a une position tranchée : il s’oppose à la construction du pipeline Énergie Est, qui traverserait le Québec.

Thomas Mulcair, lui, se dit favorable en principe, mais estime que le processus d’évaluation environnementale actuel n’est pas assez crédible. Le NPD se retrouve coincé, selon M. Anderson. « M. Mulcair n’a l’air ni assez pro-développement, ni assez anti-pipelines. »

Mais il y a aussi, à son avis, une perception générale que le NPD n’est pas assez « ambitieux » dans cette campagne. Le NPD a par exemple renoncé à augmenter les impôts des particuliers, même ceux des plus nantis, et à afficher des déficits. Le NPD est donc en grande partie pris par le carcan budgétaire conservateur. « Traditionnellement, le NPD est le parti pour lequel on votait lorsqu’on estimait que les choses devaient être brassées », dit M. Anderson, qui se demande si tel est encore le cas en 2015.

Une transformation idéologique

Le sondeur Greg Lyle, d’Innovative Research Group, a résumé la situation autrement dans l’hebdomadaire Hill Times : « Les libéraux de Trudeau font à Thomas Mulcair ce que les libéraux de [Kathleen] Wynne en Ontario ont fait à Andrea Horwath [la chef du NPD ontarien, en 2014]. Les libéraux gagnent des votes auprès de ceux qui ont des valeurs de gauche ou de centre-gauche. »

Le chroniqueur politique du Toronto Star, Martin Regg Cohn, abonde dans cette analyse, mais il estime que le NPD s’est auto-infligé la blessure, dans les deux cas. Il rappelle que le NPD ontarien avait rejeté l’expansion du régime public de pensions de vieillesse proposée par Mme Wynne, ou encore l’augmentation des impôts pour subventionner le transport en commun. « Ils sont devenus aussi anti-taxes que les conservateurs », dit-il.

Cette « transformation idéologique » a mal passé auprès de la base militante, à tel point qu’en cours de campagne, une trentaine de sympathisants connus du NPD, dont la militante Judy Rebick, avaient signé une lettre reprochant son virage à la leader du NPD. « Oui, en bout de piste, le NPD a gagné à la dernière élection un siège de plus qu’au précédent scrutin, conclut Martin Regg Cohn, mais ils se sont tellement contorsionnés pour changer d’image qu’ils ont perdu de la crédibilité et qu’ils n’ont pas eu l’air authentiques. »

L’authenticité qui rapporte

Le Devoir a contacté des stratèges de chacun des quatre grands partis fédéraux et la question de l’authenticité a été soulevée par tous les adversaires du NPD pour expliquer son ralentissement au Québec. Du côté bloquiste, on rappelle les critiques passées de M. Mulcair sur les garderies gouvernementales ou encore les sables bitumineux, qu’on n’entend plus aujourd’hui. « Les gens n’aiment pas avoir l’impression d’être floués. »

Du côté conservateur, on s’amuse à parler en coulisses de M. Mulcair comme « manquant de sincérité ». Il ne dit peut-être pas une chose et son contraire selon l’auditoire auquel il s’adresse, comme aime le répéter Justin Trudeau, mais on lui reproche de ne pas avoir la même vigueur à défendre ses idées selon l’endroit où il se trouve. « M. Mulcair brouille les eaux quand il sent que ses positions ne sont pas populaires. »

Et puis, chez les conservateurs, on sait que la question du niqab, qu’on associe au « gros bon sens », fait mal au NPD. Le refus de Thomas Mulcair de punir ses quelques candidats ou députés s’étant publiquement dits en désaccord avec lui confirme le malaise. « C’est quoi, l’ADN du NPD sous Thomas Mulcair ? Ça va être quoi, un gouvernement néodémocrate dirigé par lui ? » demande-t-on.

Les libéraux, qui ont pourtant la même position que M. Mulcair sur le niqab, n’ont pas subi les foudres de l’électorat. On explique que c’est parce que « le vote du NPD est plus composé de nationalistes et de souverainistes et ils sont plus attachés à ces questions identitaires-là ». On rappelle aussi que Justin Trudeau a toujours été clair sur ces questions, citant sa sortie contre la charte des valeurs québécoises du Parti québécois.

Au Bloc québécois, on nuance : c’est plutôt que l’électorat francophone a quitté le PLC pour le Parti conservateur et que l’électorat anglophone du NPD lui est revenu. « Ç’a été une joute à sommes nulles pour le PLC, mais ç’a bougé aussi. »

Les néodémocrates tempèrent la situation. Il n’y a pas de panique en la demeure, assure-t-on. « Certains nous mettaient à 54 % dans les intentions de vote ? On savait bien qu’on n’allait pas rester si haut », relativise un stratège. « Au déclenchement de l’élection, on était à 34-35 % et on est à peu près là encore. »

Quant à l’authenticité, on reproche à l’adversaire de faire un procès d’intentions basé sur des non-événements. « M. Mulcair a été ministre de l’Environnement du Québec. Et aujourd’hui, est-ce qu’on exporte de l’eau en vrac ? Non. »

11 commentaires
  • Vincent Leclair - Inscrit 3 octobre 2015 00 h 35

    Partir en avance dans les sondages, un désavantage numérique.

    Partant malheureusement avec une avance dans les sondages et vu comme le Premier ministre en attente par plusieurs observateurs politiques et journalistes, tous les yeux et les tirs ont été porté sur le NPD et plus particulièrement sur son chef.

    Des fois les médias exagéraient clairement, comme lorsque la première journée de la campagne, il n'a pas répondu à aucune question des journalistes. Ce fait banal a pourtant été relayé dans les médias plusieurs jours. On ne dit pas évidement que Mulcair est celui qui et de loin a répondu à plus de questions par la suite.

    Alors, avec Harper, Trudeau et surtout Duceppe qui n'ont pas lâché Mulcair depuis le début de la plus longue campagne électorale jamais fait au pays, quel autre parti aurait pu résister à cette longue campagne de destruction massive envers le NPD?

    Vrai, le chef Tom a ses défauts et ses positions passées sont venues le hanter. Ses adversaires ont réussi à faire passer son expérience comme un défaut. Trudeau qui s'est faufillé et qui n'a aucune expérience est pourtant vu comme une alternative crédible. Il faut le faire quand même! Et Harper a seulement besoin que le vote se divise. Il est maintenant mort de rire.

    Dommage pour un parti qui semble avoir oublié que malgré l'excellent travail à la chambre des communes durant les 4 dernières, une campagne électorale c'est comme les séries éliminatoires au hockey: c'est une nouvelle game.

  • Palardy RACHEL - Inscrite 3 octobre 2015 03 h 45

    Tom Mulcair l'opportuniste

    Tom Mulcair et les stratèges de son parti se sont trompés sur la question du niquab, ils croyaient que les québécois étaient divisés sur la question, compte tenu de ce qui est arrivé avec la charte de la laïcité à la dernière élection provinciale.
    Ailleurs au Canada ça n'a pas eu le même impact en campagne électorale mais il n'en reste pas moins que les canadiens rejètent à 82% le port du niquab, Mulcair s'est prononcé sans savoir l'opinion des canadiens sur le sujet... Sa spécialité est d'être flou au début sur tous les sujets et voir la réaction , puis après il réagit toujours en pensant 'votes électoraux' et non par principe comme il essaie de le faire croire avec le sujet du niquab. Cette fois il aura été trop vite à prendre position ...

    Rachel Taillon

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 octobre 2015 09 h 00

      Les québécois et les canadiens restent divisés sur la question des accommodements religieux en général. Ils le sont beaucoup moins sur quelques sujets spécifiques comme l'assermentation et le vote à visage découvert. La twist conservatrice, c'est de faire suspecter quiconque voudrait traiter ce sujet dans l'économie de l'État de droit (et non en comptant les appuis) de renier le consensus canadien sur l'égalité hommes/femmes et la laïcité de la vie publique. Pure démagogie. Surtout de la part d'un parti qui s'obstine à ne pas vouloir enquêter sur la disparition des femmes autochtones.

      Si Mulcair a l'air d'être flou, c'est peut-être parce qu'il n'a pas voulu pratiquer le profilage du vote électoral, justement, et y prélever sa pointe de tarte. Ni au moment où un sujet tombe dans l'écuelle, ni après.

      Se placer ainsi sous l'autorité de la charte n'est pas très populaire, ces temps-ci. Bien des gens pensent que les tribunaux ont beaucoup trop d'emprise et que ce devrait être le politique qui règle la vie publique, même à le faire un peu tout croche. C'est en partie pour cela que les appuis du PCC ont monté au Québec : bien des gens ont été frustrés que le gouvernement du PQ ait échoué dans sa tentative éminemmnet politique de briser le pouvoir sans partage présumé de la Charte canadienne. Pendant que Trudeau et Mulcair contemple les Lois, qui ne votent jamais, Harper récolte son butin électoral.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 3 octobre 2015 03 h 47

    Vote stratégique: Bloc Québécois!

    Cette année je prends les élections à cœur. Vraiment.

    Ça reste d'abord un vote anti-Harper, car je ne peux plus le souffrir. J'étais même prête à voter Tom si c'était nécessaire...

    Mais vue la tournure de la campagne, et surtout que je viens d'apprendre pour sa sortie contre la charte de l'homogénéité culturelle des péquistes, maintenant, comme le dirait mon Champion, il ne s'agit plus juste de "se débarrasser d'un 1er ministre" comme Tom ne cesse de le marteler, mais aussi se choisir un 1er ministre! Et je le trouve si drôle et je m'attache tellement a tout ce qui est drôle, que je compte faire des pieds et des mains pour qu'un second Trudeau, beaucoup plus rafraîchissant ( il a quand même étampé un sale conservateur dans un combat de boxe!!! ), dirige notre Beau Pays qu'il semble de loin être celui qui le chérit le mieux ( Duceppe a des devoirs a faire) et qui en a la Vision la plus proche de la mienne.

    Tom me tape sur les nerfs. Tout le long qu'il était à l'opposition, il ne faisait que dire que absolument tout ce que Harper faisait et disait était mal. Sa plus grande réalisation en 4 ans? Abolir la taxe-tampon! Le NPD a libéré la Femme d'un fardeau de 12,35$ par an après un lustre d'acharnement! Wou! Et ça m'irrite quelqu'un qui essaie d'avoir l'air Humain au bout au bout en retenant le nom d'une victime dont il n'a rien a foutre. Bébé-Mort au 1er débat et Soldat-Mort au 2 eme. Ça m'éneeeerve!

    Mais comme je réside à Saguenay, ici les libéraux sont foutus. En plus le candidat ne participera pas au débat de radio X, ce qui est une très mauvaise idée dans le coin. Le dernier sondage donnait Dany Morin du NPD a 40%, mon ex-voisin qui écoutait de la dance music et du techno très tres fort. Je vote donc anti-NPD pour aider le plus possible Justin. Voter rouge est perdre mon vote. Si je vote bloc, je donne plus de fil à retordre à Dany qui m'en a donné pendant mes fins de session.

    Réjouis- toi Gilles, mon amour, je vote finalement pour toi!

    • Cyr Guillaume - Inscrit 4 octobre 2015 02 h 35

      Merci pour le vote au Bloc Québécois, mais ne vous réjouissez pas trop vite, votre cher Trudeau n'a pas encore gagné! Quand à la charte, il n'y à jamais eu aucune tentative d'homogénisaiton et d'uniformation culturelle. Il ne s'agissait strictement que mettre un fin à toute ses dérapes religieuses, avec des balises claires. Bonne journée, madame.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2015 08 h 06

      Voici la vraie façon de voter dans l'instantané. Sans regarder l'histoire, sans considérer ce qui s'est passé ou pas : Un vote à «l'emporte-pièce» quoi ! Ce n'est même pas un vote émotif.

      PL

  • Jacques Lapointe - Abonné 3 octobre 2015 18 h 07

    Pas assez clair sur certains sujets

    Tomas Mulcair c'est calé en étant pour le pipe-line Une grande majorité sont contre. Il a voulu gagner des votes dans l'ouest , mais avec ce comportement il va en perdre dans l'est-il devrait savoir que le réchauffement climatique apporte des sécheresses tornades , destruction, morts. Comment ignorer cela Le niqab et aussi le hijab ont en veut pas. On c'est débarrassé de cela ,ces démonstrations religieuses dans les années 60, et on a pas envie de voir réapparaître ces signes aujourd'hui. Quand on va dans un autre pays on essaie de s'acclimater aux coutumes locales et non d'essayer d'imposer les notre au pays d'acceuil. Pour ceux qui espère apporter la Sharia ici, ils sont mieux d'oublier cela.Jacques Lapointe abonné.

  • Colette Pagé - Inscrite 4 octobre 2015 10 h 04

    Voter pour un parti fédéralistes c'est s'affaiblir collectivement ! (Partie 1)

    Depuis 10 ans, le gouvernement Harper a été une véritable catastrophe. Que ce soit la culture, la science, l’environnement, les droits de la personne, l’éthique et la transparence, l’accès à l’information, les institutions et le processus démocratique, tout a été méprisé et nos valeurs piétinées. Au plan international, il en prendra un minimum de dix ans selon Louise Arbour, ex-procureur du Tribunal pénal international, pour que le Canada retrouve sa réputation.

    Il y a donc urgence de se débarrasser de Stephen qui désormais avec la crise du niqab et de façon machiavélique rêvet l'habit du grand défenseur des femmes. Un leurre et une tromperie. Une pelure de bananes posé stratégiquement sous les pieds du chef du NPD qui continue à glisser dans les sondages.

    Dans ce contexte, se pose à nouveau le dilemne du vote stratégique : Faut-il voter Bloc ou NPD ?

    Pour certains, voter Bloc risquerait de profiter au Parti conservateur alors que pour d’autres dont le politilogue Denis Monière avant de battre le Gouvernement sortant, le vote des électeurs québécois devrait servir à exprimer de façon authentique leurs convictions. Quand nos actions sont en cohérence avec nos valeurs, ne deviennent-elles pas notre propre récompense ?

    Il faut garder en mémoire qu’en 2011, c’est le Canada sans le Québec qui a élu une majorité conservatrice. Ce choix devrait nous convaincre que le vote stratégique québécois pèse peu lourd dans la balance canadienne.

    Pour le vote de 2015, ne faudrait-il pas s’inspirer du poète Claude Péloquin en adaptant ses paroles au contexte : “Vous n’êtes pas tannés de mourir, (de vous faire organiser), bandes de caves ? C’est assez ! (La parenthèse est de nous)

    En 2015, laissons le Canada élire le parti de son choix. En d’autres mots, si le Canada qui aime le Québec que durant les référendums souhaite se débarasser du gouvernement Harper qu’il le fasse. Mais, cette fois, sans le Québec !

    Cette décision des électeurs québécois du Québec